Cf. la scène i de l'acte I à la fin
« Maucilla. Por quien se hazen las fiestas? quien las mueue'? CoNDE. Por una hermosa Dama rica y moya,
Isabel...
Marc. Que me cuentas?
CoNDE. De Sisfura,
A (uxien liasla i-l nienor scruir procura, n
LE PSEUDO-CLASSICISMË. 3o3
En fait de prénom, le seul qui nous échappe c'est celui de Marcilla.
La popularité des amants rayonna promplemenl en Espagne. Antonio SenSn à Calatayud, Bartolomé de Villalba y Estana à Xérica, Jeronimo de Gueita à Alcala de llenares composèrent ou imprimèrent, dans la seconde moitié du seizième siècle, des œuvres fort diverses par l'inspiration ou par la langue (Seron écrivait en latin), mais consacrées, au moins en partie, à la gloire du couple légendaire*. Chose surprenante, Teruel et ses habitants tardèrent à entrer dans le chœur. Si l'on met à part la chronique de Pedro de Albenlosa, il faut attendre, pour trouver sur les Amants une œuvre sortie du terroir, jusqu'à l'année iGiG et jusqu'à l'épopée tragique de Jean Yagiie de Salas, laquelle ne compte pas moins de sept cent vingt-deux pages. A cette date, on montrait déjà. à Teruel, aux étrangers de passage, sinon les trop fameuses u momies » aujourd'hui exposées à la curiosité publique, du moins la sépulture des deux amants, exhibition dont un journal de voyage du roi Philippe m, en iSgg, a conservé le souvenir^. Mais à Valencia on s'empressait plus activement à célébrer la gloire de Marcilla et d'Isabel. Témoin la tragédie de Rey de Artieda; témoin aussi le poème de Yagûe de Salas qui, composé, il est vrai, à Teruel, fut imprimé et publié à Valencia. Jusqu'au miheu du dix-huitième siècle, l'on trouve des témoignages de la prédilection avec laquelle les Valenciens s'intéressaient à l'épisode des Amants. N'est-elle pas attestée par ces feuilles volantes, ces pliegos de cordel qu'on imprima chez eux en 1708? Ce sont deux romances qui relatent, l'un sur le mode tragique, lautie d'un ton burlesque, les aventures de Marcilla, tandis que sur la terre d'Afrique, en guerroyant contre les pirates, il
1. Cf. Los A manies de Teruel. Antonio Seron y su Siloa à Cinlia, precedida de un prùlogo de Doming-o Gascon y Guinibao, seguida de la traducciôn castellana y de la Biblio<j;Tafia de los Amantes. Madrid, 1907.
2. Relaciones hislôricas de los siglos XV[ ij XVI f. Publicalas la Sociedad de Bibliôfilos Espanoles, Madrid, 1896. Voir la Jornada de su Majestad Felipe III y Alteza la Injanta Doîïa Isabel, desde Madrid, à casarse..., 2G0.
'So\ L ART DUAMATIQUE A VALENCIA.
prétendait conquérir à la fois la fortune et sa belle. Rien de plus insipide que ces nariations ^ ; elles ont cependant le mérite de nous prouver. à la fois que, deux siècles après leur entrée dans la littérature valencienne, les Amants de ïeruel n'y étaient pas encore oubliés, et que cette survivance de leur mémoiie ils la devaient, non aux auteurs locaux, mais à la comedia que Pérez de Montalvàn leur avait consacrée vers i635. Rey de Artieda n'est donc pas allé cliercher bien loin le sujet qu'il devait traiter dans sa tragédie. Il la pris autour de lui, à \ alencia même, où, dès 1062, la légende des Amants était acclimatée. Mais il y a plus : il n'est pas impossible que ce sujet, tout légendaire qu il fût, ait emprunté à certains faits locaux un caractère d'authenticité. Lisons, en effet, Escolano et sa (( Première Décade de l'Histoire de \ alencia » ; elle rapporte, dans la seconde partie, une curieuse anecdote, dont on ne sait comment elle a échappé si longtemps à l'attention des érudits, celle des Amants de Bicorbe. En voici la traduction :
«... Elle n'est pas moins surprenante, l'aventure qui est arrivée, dans le village de Bicorbe, à deux amants Morisques. A la même époque, habitait à Bicorbe un noble jeune homme, qui s'appelait Vincent Alamir et qui était le fils du balle. II était très épris d'une Morisque du villag-e de Benedrix, qui appartient à la même baronnie; elle se nommait Alabra, elle était la plus belle entre toutes les Morlsques du royaume, et elle l'aimait d'un amour non moins ardent. Au moment où leur tendresse était à son comble, le bnile de Bicorbe décida de marier son fils avec la fille d'un certain Malaqui, domicilié dans ce même village de Benedrix. Quelqu'un qui s'était trouvé présent à l'heure de la décision en informa la Morisque, et la brusque émotion qu'elK' en reçut la saisit au point qu'elle tomba morte. (Jela se passait dans la malinée. L'aprèsmidi, tandis que le Curé revenait d'enterrer la jeune fille, il trouva le
1. lielticion : Los Ainanles de Ternel, Del Doctor Do.i Juan Ferez de Montalvàn... A la fin : En Valencia en la Impventa de Aguslin Laborda, Aho 1^58. — Le second romance est intitulé : Relacion burlesca de los Amantes de Teruel. A la fin se trouve l'indication de l'imprimeur, sans date; mais il est évident — la typographie elle-même le prouve — que les deux romances font la paire. Domingo Gascon a eu connaissance du second de ces romances, qu'il date à tort de i8i4; mais, comme tous les bibliographes, il a ignoré le premier. On les trouvera tous les deux à la IJ. N. L. (i3, NN i().^)3, g l\o c\ l\i).
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jeune homme, fort isi'norant du sort de celle qu'il avait aimée si profondément et jouant du luth sur le pas de la porte pour faire une diversion à la contrainte que son père lui avait imposécen le fiançant à une autre. Pour le mettre au courant, le Curé lui dit : « Holà, Vincent, ne savez- « vous pas que la jeune fille est morte et enterrée? « Le jeune liomme tomba mort de saisissement. Le bruit en arriva jusqu'à la mère de celle qui était morte à Benedrix, et sur-le-champ elle fut victime du même trépas : telle était la force des sentiments que tous les trois avaient éprouvés '. »
L'analogie avec la légende des Amants de Teiuel est frappante : de part et d'autre, le mariage de l'être aimé avec un tiers suffît à causer la moit des amants. Peu importe cpie l'amant meure avant ou après lamante, et que le mariage funeste soit seulement projeté ou déjà consommé. Nous n'en sentons pas moins planer au-dessus de ces victimes de la destinée 1 Uj'ipi; inexorable du drame antique. On ne peut guère douter qu il y ait un fond de vérité dans l'anecdote d'Escolano. Aucun détail ne manque au récit qu'il nous donne, ni le nom des personnages, ni celui des villages. Bicorbe, que les Arabes appelaient Buguerp. Benedrix et Quesa étaient les trois agglomérations principales de la baronnie de Bicorbe et comté du Castella, à dix lieues de Aalencia, sur les confins d'x^yora. Et notons, ici, une singulière coïncidence : ce D. Tomâs de Vilanova. auquel Artieda a dédié Los Amantes, était précisément héritier présomptif de la baronnie. — mayorazgo y lecjitimo sucesor en las haronlas de Bicorp y Oaesa, etc.. — ; c'est Artieda lui-même qui nous l'apprend à la première page de son livre.
Dans la narration d'Escolano, il y a pourtant un Irait qui sent la légende : c'est le tableau du jeune homme jouant du luth devant sa demeure au moment même où Ton portait en terre la maîtresse de son cœur. Il y a ici un contraste qui semble imaginé à plaisir et qui n'est peut-être qu'une réminiscence. Hien de plus fréquent, dans la littérature romanesque, que