‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 118 sur 343 · No ha de ser pues dau(;ar lodo. » (II, i · texte numérisé non relu

No ha de ser pues dau(;ar lodo. » (II, i

3lO LAUT DUAMATIQUE A VALENCIA.

leurs. Autour de ces scènes essentielles se groupent, dans chaque acte, quelques autres (de trois à cinqj, de longueur fort inégale. Le passage de 1 une à 1 autre est marqué moins par les entrées et les sorties des personnages que par le changement du sujet. En réalité, cette tragédie est découpée en petites scènes dont chacune est une action.

La véritable originalité d Artieda ne réside ni dans l'invention du sujet, ni dans la disposition de sa pièce ; nous la trouverons plutôt dans la conception qu'il s'était formée de la tragédie. Entre Los Amantes et les autres drames pseudo-classiques de la même époque, il y a surtout une différence de méthode. Les émules de Rey de Artieda, méconnaissant la véritable nature de la tragédie, cherchaient le plus souvent 1 "intérêt dans des complications surajoutées à l'intrigue. Lui, au contrau'e, concentrant davantage son effort, creusait jusqu à rencontrer la source vive du pathétique, et ainsi, chez lui, la tragédie redevenait vraiment tragique. Par suite, il a mis l'intérêt là où l'on n'avait pas coutume de le mettre : dans l'étude même de 1 âme des personnages. C est autour d'eux, autour de leurs pensées ou de leurs sentiments que l'action se développe. Les caractères et le dénouement ne sont pas déterminés par les événements. Le drame naît de la passion intérieure, et le jaillissement de cette passion suffu-a à provoquer les péripéties.

De parti pris, l'auteur a éliminé tout ce qui aurait pu égarer dans d'autres directions l'attention des spectateurs. S'il ne pouvait, dans une tragédie, supprimer les violences ou les brutalités, il mettait autant de soin à en adoucir que d'autres à en accroître 1 horreur. Lorsque MarciUa rentre à Teruel, il n'accourt pas chez Sigura pour la surprendre inopinément. Elle est d'abord avertie par un messager de l'arrivée de son amant; elle le revoit ensuite, mais en public, de sorte que leur commune émotion est obligée de se contenir; à la troisième fois seulement ils peuvent à loisir exprimer leur douleur. Tout ce qui était fortuit, accidentel, extérieur étant écarté, il n'y a

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plus en face l'une de l'autre que deux ànies douloureuses. Pour la même raison, Arlieda proscrit les tableaux sanglants ou funèbres. La légende des Amants de Teruel comportait deux épisodes qui auraient produit à la scène une profonde impression : d'une part, la mort de Marcilla dans la chambre de celle qui lui a été ravie; d'autre part, la mort de Sigura étreignant le cadavre de Marcilla. Artieda n'a admis ni l'un ni l'autre. La mort des deux amants importe moins, à son gré, que les sentiments dans lesquels ils vont à la mort; et ces sentiments nous les connaissons par deux longs monologues (IH, 2 ; IV, 3). C'est à ces derniers qu'Artieda a donné tous ses soins; du reste, il s'en est tiré comme il a pu, et plutôt mal que bien. Il a mis en récits ce qu'il ne mettait pas en action. Le trépas de Marcilla est raconté par la suivante Eufrasia , celui de Sigura par son propre mari ; et l'on ne sait ce qu'il y a de plus déplaisant, de cette suivante qui révèle des secrets d'alcôve surpris à travers une porte, ou de ce mari qui proclame sa lamentable mésaventure. Le moyen de comédie (la soubrette aux aguets à la serrure) par lequel l'auteur a éludé la. grande scène tragique, la première rencontre des époux dans l'alcôve où Marcilla est embusqué, est pire que le mal qu'il voulait sans doute éviter. Peut-être son génie n'était-il point de taille à aborder une telle scène; du moins cette timidité monlre-t-elle lidée qu'il se faisait de l'art, plaisir de l'esprit et non vain spectacle pour les sens ou pour les yeux.

Ce qui du moins est plus digne de la tragédie et ce qui constitue encore une certaine originalité aux Amantes, c'est que les personnages ne sont pas sous la dépendance des événements, mais qu'ils luttent contre ceux-ci et se refusent à en subir l'inexorable loi. Sans doute, la fatalité les poursuit, mais ils finiront par lui échapper dans la mort. Lhie feinieté d'àme, toujours supérieure aux circonstances, apparaît chez les deux personnages de Marcilla et d'ïsabel de Sigura, les seuls qui comptent dans la pièce. Celui d'ïsabel, en particulier, plus nuancé, plus subtil, olfre une assez riche matière psychologique. Parfois, elle montre une énergie qui touche à la brutalité (par

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exemple, lorsqu'elle aide son mari à transporter au dehors le cadavre de Marcilla) ; et parfois aussi elle fait preuve d'une retenue, d'un empire sur elle-même qui pourrait, si nous n'y prenions garde, nous donner le change sur ses véritables sentiments ^ Ce qui fait, malgré des taches et des inconséquences que nous ne chercherons pas à nier, la beauté de ce caractère, c'est l'efTort vraiment dramatique pour concilier le devoir et la passion; et ce qui en fait aussi pour nous l'originalité, c'est une certaine outrance, très castillane et mystiquç, qui raffine volontiers la passion :

Quitte cette obscure prison, ô mon âme; dis-moi ce qui t'en empêche. Me diras-tu que lès chagrins dont mon cœur est rempli sont efficaces pour accroître ton tourment? En ce cas, reste au fond de moi-même-.

A ce moment, 1 enterrement de Marcilla passe sous les fenêtres de la pièce où Sigura se lamente. Elle s'adresse au mort comme s il pouvait 1 entendre : « Pour avoir voulu m'embrasser, pour cette chose légère cpu'est un baiser, tu meurs, ô mon amant, et celle qui te la refusé n'a fait que son devoir. Mais si je t'ai résisté tant que tu comptais parmi les vivants, je puis maintenant céder à un mort. Oui, je te le donnerai, ce baiser, non pas tel que tu me le demandais, car l'heure en est passée, mais à l'église, devant le maître-autel, en la yglesia, an le el altar. )) Tout entière à son étrange pensée, elle s'étonne à peine de l'apparition d un spectre qui la revêt d'une mante. L'âme pleine dune résolution joyeuse, elle se hâte vers l'église sceller son mariage avec le cadavre de Marcilla.

1. Voyez, entre autres passag'es, le ijrand dialogue entre elle et Marcilla, 11,2.

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