Ibid., 5i, n. i
vait d'Italie; le 23 juin i5oi, elle fit son entrée à Valencia, où elle allait exercer la vice-royauté. A cause d'elle, on ne fit, le jour de la Fête-Dieu, qu'une très modeste procession, et on différa jusqu'à ce qu'elle fût arrivée, c'est-à-dire jusqu'au dimanche après la saint Jean, la promenade des enlramesos^ . Vingt-cinq années plus tard, l'ajournement fut de plus longue durée, puisque la cérémonie n'eut lieu que le i8 octobre. A la date traditionnelle, l'Eglise valencienne était en deuil, cette année-là, par suite d'un sacrilège : des Mores étaient venus des montagnes d'Espadan pour voler dans l'église, au village de Xinxes, le saint-ciboire, et les chanoines de la Seu avaient décidé, en expiation, que les fêtes du Corpus seraient suspendues aussi longtemps que les espèces consacrées n'auraient pas été reprises aux infidèles"-. Tant il est vrai que la Fête-Dieu, par sa popularité, 'était celle dont la suppression manifestait le mieux un deuil public.
Cette popularité avait été grande dès l'origine; les chars et attributs du cortège étaient devenus si familiers au peuple valencien que l'on pouvait, sans le déconcerter, les évoquer par de rapides allusions dans le langage courant. Ainsi faisait, vers 1^70, maître Jacme Roig dans son Spill o Libre de les Doues : à l'en croire, une Valencienne de ce temps, lorsqu'elle s'avisait de qualifier son époux de « suppôt de Satan », lui disait, moins clairement mais non moins brutalement, qu'il était un échappé de la roca diahlera, c'est-à-dire du char qui à la procession représentait l'Enfer ^ Plus tard, lorsque ces âges de foi naïve et totale furent passés, on ne se déprit pas à A alencia de cet engouement, mais on lui donna une forme plus critique : toute une littérature se produisit et se développa pour retracer l'histoire de la procession, pour en interpréter les symboles. Le mouvement d'érudition suscité au dix-huitième siècle par les Rodriguez, par les Ximeno, par les Cerdâ, par les