La cruel Casamlru, prôlogo
3. Elisa Dido, Acto ciiarto. (Remarquer cwa/'/o, et non quarto; encore une orthooraphe inspirée d'iterrera.)
Si c'est nn métier d écrire et de rimer, ^ irués en avait appris les secrets.
La liberté de son inspiration ne s'en trouvait pas entravée. Il se distingue, au contraire, par l'ampleur et labondance de son style. La j^ériode poétique se déroule, copieuse et nourrie, lancée d une main si vigoureuse qu'elle ne s'arrête pas toujours en temps voulu. Au troisième acte d'.l//7« y«/7*050 , Xanto résume en ces termes l'histoire du héros de la pièce :
Este es aquel que con las fieras séantes
de los incultos montes Iperboreos
i del aspcro Caucaso fragoso
i de las fri£»'idissinias riberas
de los elados intratables mares
i del furioso Tanais sobervio,
discurrio por Ungria i Austria i Bosna
i todas las riberas del Danubio,
i en Servia i Tracia, Acaya i Macedonia
i en Tesalia, talando i destruyendo
cual rayo celestial, o como el fueço
mas fuerte i n'o'uroso del infierno,
i aquel que fue ocasion que en una sola
batalla, que con Ecio en Francia tuvo
sobre Tolosa junlo al cran Garona
quedassen en los campos catalanes
dozientas mil personas deg-olladas. (Jorn. III.)
Les épithètes s'accumulent, les propositions s'ajoutent les unes aux autres : c'est d'une somptuosité éblouissante et criarde. Dans la même pièce Attila, en proie à la folie, débite un monologue qui remplit dix-neuf grandes pages : ce délire verbal est comme la rançon de la puissance.
Ce style fougueux évite la monotonie. La vigueur et quelquefois la brutalité en sont les traits habituels, mais il sait à loccasion trouver des accents tendres ou langoureux. Ce qui le caractérise, c'est moins la force que le lyrisme. ^ irués célèbre les émotions ou les peines de ses héros comme si elles étaient siennes, et c'est à la fois la beauté et la faiblesse de son style. Tous ses personnages font trop de couplets; ils en débitent impitoyablement à la moindre occasion et, dans leur désir de s épancher, ils tombent parfois dans le mauvais goût.
Tersilo, grièvement blessé et désireux de mourir au plus vite, s'adresse au sang que la blessure laisse échapper et l'adjure de couler à flots :
Sali, sangre, que ya no ai pena que contrapese a la gloria de la causa de essa abundante corriente, no cesse vuestro correr...*.
Voilà bien des aff^aires, et ce Tersilo s'occupe trop de lui. L'art du dialogue, qui met dans la bouche de chacun des paroles appropriées à son caractère et à la situation, n'était pas encore trouvé. Lope de Rueda et Timoneda s'étaient eff^acés devant leurs personnages, mais ils n'avaient jjoint su s'élever au-dessus d'une naïve simplicité. Virués, plus abondant, mais trop personnel, transporte sur la scène ses intempérances de poète lyrique. Entre ces deux extrêmes il restait à créer un style qui se pliât aux exigences dramatiques sans rien abdiquer de ses qualités littéraires.
Si on veut absolument chercher à l'œuvre dramatique de Virués un terme de comparaison, on le trouvera dans le drame romantique. Ces pièces farouches, invraisemblables et parfois ridicules, sur lesquelles est jetée, comme un manteau éclatant sur un corps difforme, la parure de la poésie, annoncent les drames d'un \ictor Hugo. Gardons-nous de forcer le rapprochement. Car, qu'a donc tenté Virués? Qu'a-t-il cru qu'il faisait? Il s'est figuré qu'il allait restaurer sur la scène espagnole tout ce qui dans l'art antique pouvait encore être sauvé. Or, il est arrivé que lui qui se réclame des traditions de l'art ti'agique, il nous donne fort peu l'impression de la tragédie. Artieda, plus indépendant, est aussi plus pathétique, parce qu'il a mieux pénétré l'esprit des modèles classiques. Il garde, en outre, cette supériorité d'avoir fait connaître, par la représentation et par l'impression, sa tragédie de Los Amantes lors-