‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 135 sur 343 · la parte, col · texte numérisé non relu

la parte, col

2. De Regimine Urbis et Regni Valentiœ, Valencia, i654-5G. 2 vol. Seconde édition revue et modifiée en un vol., Lyon, 1GG7, in-fol.

toutes les faiblesses coalisées. La vie valencienne, qui reproduit à tous les degrés le modèle que ses magistrats municipaux lui donnaient, lepose tout entière sur le princij)e d'association; du haut en bas de 1 échelle, dans 1 administration, dans le commerce, dans lEglise, on forme des groupements nouveaux, on continue et on renforce ceux qui existaient déjà.

Les bureaux des différentes administrations, qui ne sont plus aujourd'hui des organismes mais des rouages, avaient à \ alencia une véritable personnalité. Ils prenaient la forme d assemblées. C'étaient de petites républiques dans la grande; et je ne dis pas que quelque confusion ne résultât d un pareil émiettement de l autorité, mais l'indépendance locale n'en était que mieux garantie. Le service des contributions était aux mains des Calorce Pvohomens del Qailament, qui veillaient à l'amortissement de la dette et à la perception des taxes. Pour les travaux publics, qui consistaient surtout dans l'entretien du mur d'enceinte, la Fabrica de Murs y \ ails s'en chargeait grâce aux ressources qu elle tirait d une taxe de 1 1 denieis sur chaque mesure de blé; en iSgo, elle se compléta par la Fabrica Nova del Riiî. qui restaurait ou reconstruisait après les crues ponts et parapets du fleuve et pavait la dépense grâce à une taxe de 2 deniers par livre de viande. Le commerce, principalement le commerce maritime, était régi par le «Consulat», établi à Valencia dès 1288 et progressivement amplifié jusqu'à comprendre deux consuls, des juges d'appel et des commerçants jurés. Enfin, les fonds publics et privés étaient gérés par une banque municipale, la Tailla de Cambis, dont la première institution remonte à l'année i/i07> mais qui, réorganisée et élargie en i5i7, faisait profiter aussi bien lés finances de la communauté que celles des particuliers de l'expérience professionnelle de ses administrateurs.

Ces groupements avaient entre eux ce trait commun qu'ils étaient au service de la collectivité. D'autres associations servaient des intérêts privés : c'étaient les corporations. Il y en avait deux catégories, analogues par l'organisation et l'objet, distinctes par le nom et le prestige : d'une part les collèges, qui

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avaient d abord réuni les notaires, les chirurgiens, les médecins, et auxquels s'ajoutèrent au seizième siècle les libraires, puis tous ceux qui prétendaient exercer un art plutôt qu un métier; d'autre part, les corporations, qui, en face de l'aristocratie industrielle et commerçante des collèges, représentaient la masse des travailleurs manuels. Ces associations s'étaient constituées d'abord dans un dessein de piété et de charité; le nom même de cofraria et de almoyna qu'elles portaient, indique suffisamment quelles étaient à la fois des confréries dévotes et des sociétés de secours mutuels. Mais à partir du quinzième siècle, elles devinrent surtout professionnelles. Un comité de prohomania en assumait la direction. Une maison commune, portant sur un écusson de pierre les armes de la société, servait à chaque office de lieu de réunion et de centre d approvisionnement. Une bannière, qui précédait le cortège, était, en cas de manifestation extérieure, le signe de ralliement; un tambourin et un hautbois (donzaina) ouvraient bruyamment la marche. Rien ne manquait à ces corporations de ce qui pouvait assurer leur prospérité et leur puissance; il arriva même qu'on les trouva un jour trop prospères et trop puissantes ; l'excès de leur luxe, les abus de leur autorité furent au dix-huitième siècle les arguments qu'on invoqua pour les détruire*.

On voit par cette rapide énumération quel réseau serré d'assemblées et de corporations s'était lentement formé à \ alencia et y maintenait, en face des progrès de la centralisation, les prérogatives de l'esprit local. Il faut bien croire que les avantages de l association s'imposaient à tous vers la fin du seizième siècle, puisque l Eglise elle-même s'en prévalut. La Contre-Réforme fut menée à bien, à ^ alencia, par un prélat d'origine andalouse et de la naissance la plus noble quoique illégitime. Le cardinal D. Juan de Ribera, patriarche d Antioche, occupa plus de quarante années le siège archiépiscopal (lÔfig-iGii); il réunit dans ses mains la crosse de l'archevêque et l'épée du

I. Cf. Luis Trainoyeres Blasco, Instlluciones gremiales : su origen ij orgnnizaciôn en Val enri a, Y alencia, 1889. — Marqués de Cruilles, Los Gremios dej Vulencid, memoria sobre su origen, vicisitudes y organisation. Valencia, 1883,,

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vice-roi. Il usa de la violence le jour où il fit expulser les Morisques : lamentable conclusion de son épiscopat, désastre qui piécijîita sa mort et troubla sa fin de visions diaboliques*. Mais la persuasion avait été pendant trente-cinq ans la seule arme qu'il se fût permise, et pour persuader plus sûrement, il n avait pas trouvé de meilleur moyen que de réformer les congrégations existantes, d'en créer une nouvelle, d'en établir sur les rives du Tuiia qui n'y avaient pas encore été admises. Il fonda le u Collège de Corpus Cbristi » (et le nom de ce collège est significatif), oi^i il groupa six <x collégiens » perpétuels, vingt-quatre collégiens à temps, secondés par un personnel d'environ quatre-vingts serfs de Dieu. D autre part, il appela à lui un grand nombre de religieux déchaux, auxquels il accorda sa confiance à cause de la rigidité de leur règle. Les capucins surtout, parce qu'ils poussaient à l'extrême limite laustérité monacale, eurent sa faveur : en quatre ans, il établit pour eux sept couvents nouveaux. Joignez à cela les carmes, les franciscains, les augustins, puis du côté des femmes les augustines. Dans chacun de ces ordres, il eut l'habileté de susciter des vocations dont l'ascétisme émerveilla une époque plus blasée que la nôtre sur ce chapitre, le dominicain Fr. Luis Bertrân, le franciscain Fr. Nicolas Pastor, le carme Fr. Fiancisco del Nino Jésus, le minime Fr. Gaspar Bono; on comprend qu'aidé par de tels ministres., le patriarche ait exercé une influence profonde sur son troupeau valencien.

Pour les rebelles, s'il y en avait, l'Inquisition veillait. Au point de vue religieux, l'Inquisition valencienne avait beaucoup perdu de son importance ; elle s'est peu souciée des Morisques et ce n'est pas elle qui songea à les expulser. Elle n'était plus qu'une administration, tracassière et procédurière, plus jalouse de ses privilèges à mesure qu'elle les sentait moins justifiés, à la fois soucieuse de vivre en paix avec le pouvoir"^ et

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