‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 137 sur 343 · A. H. N. Inq. de V-'. Libro de actos, leufajo i, fol. lO · texte numérisé non relu

A. H. N. Inq. de V-'. Libro de actos, leufajo i, fol. lO

4. A. H. N. Inq. de N'a. Lei^ajo i, Libro de actos G, f. 199 sq. « Informacion rezebida por este sanclo olTicio sobre la posession immémorial que ay de que el 1

ce sont menus détails, mais qui attestent que l'Inquisition, partout présente, remplissait la cité de ses créatures. Elle avait ses fournisseurs en titre, ses médecins, ses avocats, ses gardiens, ses prisons; autour d'elle, une clientèle formidable s'agitait. L'Inquisition était le ressort secret de la vie publique à \alencia. Organisation municipale, corporations professionn-^lles, congrégations et collèges religieux, il semblait que ces créations projirement valenciennes dussent opposer une longue résistance aux tentatives d'absorption qui se produisaient du côté de Madrid. Toutes elles avaient, pour les soutenir, une tradition bien établie, des serviteurs dévoués, et cet orgueil de la petite patrie qui fait souvent se survivre à elles-mêmes des institutions périmées. Leur façade était rassurante et majestueuse. Pourtant quelques lézardes commençaient à s'y montrer. L'inaction est un signe de faiblesse. Or, à la fin du seizième siècle, l'activité était ce qui manqviait le plus à Valencia : on y répétait machinalement des gestes appris, on ne dépensait aucune initiative à en essayer de nouveaux. Sauf en religion, où la forte volonté du Patriarche ranima les organismes fatigués, aucune création nouvelle ne se produit. A quoi s'occupe la municipalité? Elle reconstruit un pont emporté par la crue, elle perce quelque porte nouvelle dans le mur d'enceinte, elle pourvoit au service de la voirie: c'est bien, assurément, mais c'était empêcher la décadence, ce n'était pas, comme il aurait fallu, assurer de nouveaux progrès. Quant aux corps de métier, ils se sont constitués en grand nombre au quinzième siècle et au seizième, mais il y eut dès lors im ralentissement sensible, et si l'on voit encore apparaître des corporations nouvelles, par exemple celle des artificiers et celle des vanniers, cet accroissement sera compensé par la disparition de quelques autres, que les changements de la mode rendront désormais inutiles, tels que celle des chapineros ou celle des parcheminiers. Pareille stagnation eut mis en éveil l'observateur pers-

pariadero de la Inqon entre en el almodin y saque cada dia un saco de (ngo lucrte y cada seniana un caiz de trigo candeal. »

picace ; un autre symptôme, plus grave, 1 eût inquiété, parce qu'il révélait une atonie incurable de l'espiit public. Vers le début du dix-septième siècle, on se désinléiessa si complètement à \ alencia de la gestion des affaires communes, qu'on renonça à en désigner par élection les responsables. On eut recours, pour les choisir, à un tirage au sort, désigné sous le nom de insaculaciôn, parce que les noms des personnes aptes à la charge étaient inscrits sur autant de billets dans un « sac » ou bourse à cet effet. Dès les Cortès tenues à Monzon, en 15^6, le Tiers-Etat réclama au roi la pratique de V insaculaciôn, mais le roi se refusa à retirer à ses sujets les droits électoraux, d'ailleurs restreints, que les privilèges antérieurs leur reconnaissaient. En j633, ^ alencia obtint pour son malheur ce qui lui avait été refusé pour son bien : le tirage au sort des charges et offices fut officiellement autorisé, mais il fut en même temps réglementé. Le visa du roi fut lendu obligatoire pour la liste des personnes dont le nom était mis dans le sac, et cette liste se raccourcit de plus en plus. C'en était fini de l'indépendance administrative aussi bien que de lautonomie politique : les représentants de la cité n'étaient plus que des figurants dans le cortège royal.

La religion elle-même, quoiqu'elle parût à l'abri de fluctuations extérieures, ressentait le contre-coup de ces ébranlements. Un mal la menaçait que la force coalisée de ses congrégations et de ses confréries n'arrivait pas à supprimer. Il ne s'agit pas de lislamisme, ennemi connu et traditionnel, qui ne désarmait pas et songeait encore, en i525, à ouvrir de nouvelles mosquées', mais que l'on savait irréductible et auquel on ne voyait plus d autres remèdes à appliquer que 1 expulsion en masse. Le danger, plus subtil et inquiétant, venait maintenant de la religion réformée. On a tôt fait de dire que le protestantisme ne prit pas racine dans la péninsule. En fait, pour ne parler que de \ alencia, il inquiéta vivement 1 Inquisition. Un

I. A. H. N. Inq. de Va. Causas. Lea^ajo 7)2, n" 3.ô. « AIjania y jurados de la moreria de Valencia por la edificaciùn de una nueva mezquita. No hay rcsoluciôn. »

LA COMEDI.V. 37.5

(les premiers adhérents paraît avoir élé un noble de grande race, D. Miguel Centelles, coninnandeur de 1 ordre de Montesa, f[ue rinquisilion retint plus de trois années dans ses cachots*. Terrible captivité! Le prisonnier, pour en tromper la longueur, écrivit au charbon, sur une planche, des stances au crucifiement de Jésus; il les mit au net dès que son geôlier lui eut accordé quelques feuillets de papier, et l'on y retrouve, sous les maladresses de 1 expression et les incertitudes de sa grosse écriture, les angoisses qui déchiraient son âme. En vain, la famille des Centelles employait son crédit à obtenir l'absolution de l'accusé. Il fallut faire une enquête en Sardaigne où les propos incriminés avaient été tenus, et comme si l'univers entier était conjuié contre ce malheureux, une goélette barbaresque se saisit, durant la traversée, des documents de l'enquête que l'on retrouva, privés de leurs sceaux et tronqués, après une longue attente. Cependant l'opinion publique s'émouvait : qu'était-ce donc que ce luthéranisme qui provoquait de si grands crimes.*^ Des Français en avaient apporté le virus. En vain, on multipliait contre eux les autos de fe: mais ni ces manifestations publiques ni l'internement dans les prisons ou les monastères n'avaient d'efficacité-. En vain le Patriarche d'Antioche s'avisa de lutter contre eux par le même moyen

1. A. H. N. Inq. de V«. Causas, lesçajo 3o, n" 9. Causa par herejia (luteraiiismo) contra don Miguel Centellas, romendador de Montesa, vez» de Valenr/a. Denunriado 2ii ma 1/0 iJ6y. Absiieifo de la instancia â 8 Julio lo-jo. — Cf. dans les lettres de l'Inquisition celle du lO septembre i.ôGSeldu 11 avril 1670. Ce Miçuel Centelles (ou Centeilas), qui déclare, en juillet 1067, être âgé de Irente-ciuq ou trente-six ans, était fils de D. Onofre Centelles et de Da Castellana de Marlorell. Cf. mon édit. du Prado de Valencia, de Gaspar Mercader, XXVIII, n. 2.

2. A. H. N. Inq. de Va. Registre de las cartas de la In([. de \'a a la S'a gênerai Inq. Lettre du 3o octobre i565 : « Uestos dos autos de la fe (jue ullimaniente se hau becho en esta ciudad, e enlendido la poca enmienda {|ue en estos franceses luteranos se muestra porque ni por tenerlos en las carceles perpétuas ni en los monesterios no se conore dellos emienda... » Cf. cependant cette autre lettre : « Despues que se celebro el ulfio autbo de la fe an venido algunos franceses a confessar a este S'o offic» spontaneamente sus errores lutheranos sin ser llamados ni notados en los libros desta inquion... V. S. sea servido mandar lo que mas coavinga hacer con los taies acerca de las pcnitencji'as, abjurariones y conHscacion de bienes. »

qu'ils employaient pour leur propagande et qui était de transcrire en langue vulgaire les formules inintelligibles des textes sacrés; en vain il fit imprimer en v'alencien et répandre un Catéchisme^ où les vérités essentielles de la foi sont exposées sous une forme volontairement élémentaire. Jusqu~à l'année 1622, on trouve dans les archives de l'Inquisition des traces de la lutte qu'elle soutint. Par où l'on voit que l'Eglise catholique, comme l'édifice municipal et corporatif, se sentait, elle aussi, moins assurée d une solidité qui jusque-là n'avait fait doute pour personne.

Telle était la vie publique à ^ alencia vers l'année 1600. C est une situation mixte, intermédiaire entre le régime de la séparation et celui de la fusion, entre l'autonomie d'hier et la centralisation de demain. On est déjà castillan de langage, on l'est peut-être de cœur, comme tendrait à le prouver cette procession de la ^ ierge patronale du Puig qui se déroula en i588 pour attirer sur YInvencUde Armada les bénédictions du Dieu des Valenciens"^. Mais à cette collaboration de la Castille et de \ alencia, il manque encore la garantie de la tradition ; et n'est-ce pas sur la communauté des traditions que se fonde surtout le sentiment de la patrie?

1. De ce très curieux petit livre intitulé : Carlilld ij breii insiruclio de la dortrina Chrisfitina, Valencia, i.")7i, il existe un exemplaire, probablement unique, dans la bibliolbèque Serrano Morales. Une élés^ante et très fidèle réimpression en a été faite, en 1897, sous les auspices du cardinal D. Ciriaco Sancha, archevèiue de Valencia, par les soins de D. J. E. Serrano Morales et du maître imprimeur Federico Domenech y Cerver. II est à remarquer qu'un Valencien, Federico Furiô Cerioi, publia, vers la même époque que cette Cartilla, un traité sur la nécessité de mettre en lang"ue vulgaire les textes sacrés : Bononia, sire de libris sacris converlendis in vernaculam Ungnam libri duo. L'ouvrasse figure à l'index expurgatoire de 16^0.

2. La procession se déroula depuis le monastère du Puig-, qui est à une (juinzaine de kilomètres au nord de N'alencia, jusqu'à la cité, où la statue miraculeuse de la Vierge du Puig, patronne du royaume valencien, reçut des honneurs extraordinaires. Le Patriarche D. Juan de Ribera suivit la procession pieds nus.

Il n'y avait donc plus à Valencia, au début du dix-septième siècle, d'indépendance véritable. Les Valenciens s'en remettaient de la gestion de leurs affaires publiques au roi lui-même ou aux fonctionnaires qui le représentaient. Ils conservaient, quant à eux, toute la liberté de leur esprit pour d'autres occupations, moins sérieuses on plus agréables. N'ayant plus rien à faire d'utile, ni qui s'impose à eux immédiatement, ils vont profiter de leurs loisirs.

Cette molle oisiveté s'accompagnera de quelque désordre. Valencia n'était pas alors la populeuse cité d'aujourd'liui ; le royaume valencien, sur toute son étendue, ne comptait guère plus de /ioo.ooo habitants vers l'année 1600. Mais, s'il y avait de grands déserts dans cette contrée, à d'autres endroits la population se pressait, d'autant plus turbulente qu'elle était moins homogène. A côté des vieux-chrétiens, catholiques de père en fils, et qui étaient environ 200.000, il y avait des esclaves nègres, médiocrement nombreux, mais étroitement mêlés à la vie des familles dans lesquelles ils remplissaient l'office de domestiques. En i63i, au moment de sa mort, le comte de Buîiol, D. Gaspar Mercader, avait à son service deux négresses de trente à trente-cinq ans. En 1692, le fameux médecin Jaime Salât employait un nègre, si connu dans Valencia que, sa mort étant survenue, le chanoine Târrega lui composa une épitaphe en vers castillans*. Nègres et négresses faisaient 1 objet d'un trafic : une robuste négresse de dix-neuf ans, bien en forme et laborieuse, valait en i6i3 1.700 réaux de Castille'. Parfois, l'affranchissement était accordé à quel-

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