‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 138 sur 343 · B. N. M. Cane, de los A'ocUirnos, t. II, f. 5 v · texte numérisé non relu

B. N. M. Cane, de los A'ocUirnos, t. II, f. 5 v

2. Patr., minutes de Pedro Juan de Tuesta, 12 sept. i6i3. Cette esclave s'appelait Cidria. Les négresses de Gaspar Mercader qui avaient quinze ans de plus (pic Cidria, étaient évaluées 100 livres chacune, soit i.5o5 réaux castillans.

378 l'art dramatiqlf: a valencia.

ques bons sujets, qui s'élevaient péniblement clans la hiérarchie sociale : on vit un nègre, fils d'esclaves, recevoir la prêtrise et chanter la messe en toute solennité dans un monastère de Valencia*. Les Morisques avaieut plus d'indépendance, mais ils étaient généralement haïs. Leur nombre les rendait redoutables : ils peuplaient à eux seuls 453 villages, entretenaient 28.072 foyers, formaient une masse de Ôo.ooo combattants qui, avec les femmes, les enfants, les vieillards arrivaient au total de 300.000 âmes. Depuis que, en 1025, on les avait obligés à recevoir le baptême, leur sincérité religieuse avait toujours inspiré des doutes. Le peuple surtout les détestait parce qu'ils se montraient entièrement dociles à la noblesse, aux côtés de laquelle ils avaient combattu lors des Germanies, et dont ils assuraient la richesse par leur ingéniosité et leur application aux travaux agricoles. Contre eux, toutes les accusations étaient bonnes, et les principales portaient sur leurs mœurs.

On allait répétant à \ alencia que le péché de chair ne se commettait pas seulement entre fidèles d'une même religion. Les nobles, friands d'un régal défendu, s opposaient à ce que les règles rigides de la morale chrétienne prévalussent chez les Morisques. De la confusion qui résultait de la rivalité des deux disciplines, l'Inquisition afiîrme qu'ils profitèrent largement. ^ oyez par exemple, en i56(3, D. Cristobal Centelles- : il rôdait sans cesse autour des villages peuplés de Morisques, et on découvrit qu'il y avait perpétré des incestes en quantité innombrable, d abord avec une mère et ses deux filles, puis avec deux sa'urs, enfin avec deux autres soeurs et leur nièce. Ajoutez à cela que, capable par sa vigueur de supporter mille carêmes, il avait pourtant mangé de la viande un jour de jeûne.

1. B. N. P. Ms. csp. 147, 63/ : « A 29 ilel mes de Juny dit ant [i552]... canta Misa en lo monastir de Senta Catharina de Sena un capel'a net^re nat en la présent ciutat de Valencia, Hll de pares nes^res y esclaus de Malheu Ros, lo quai se deya Mosseu Jaunie Ros. 0

2. A. H. N. Inq. de Va. Registre de las cartas à la S'» Inquisiciùn gênerai, lettre du 18 janvier i56-j. Cf. aussi la lettre du 9 avril i56g.

L Inquisition, en lui infligeant six mois de claustration dans un monastère, fit montre de mansuétude. Elle lui défendit pour l'avenir d'entrer dans aucun village morisque et d'adresser la parole ou seulement une œillade à aucune Morisque du beau sexe : mais sa vertu, fortifiée par la pénitence, résista-t-elle à la tentation?

Ce qui est certain, c'est que d autres y succombèrent, et sous une forme abjecte. Rien de plus honteux, à en croire les dossiers secrets de l Inquisition, que les mœuis valenciennes dans la seconde moitié du seizième siècle : l'inceste, la sodomie, la bestialité étaient devenus pratiques habituelles, non point particulières à quelques égarés, mais largement répandues dans toutes les classes de la société, au point que le Saint-Office de \ alencia réclamait pour lui, à cause de leur fréquence, le droit de juger sur place, sans en référer à Madrid, ces crimes contre nature*.

Cette débauche, répandue à travers la cité, ne faisait pas tort à la débauche réglementée et légale. Confinées jusqu'au quatorzième siècle dans le Parfit, dont la célébrité rivalisait avec celle du Compas sévillan, les prostituées s'étaient répandues progressivement hors de cette enceinte ; elles avaient peuplé à lest de la ville le quartier de la Olivera, où les jeunes gens des écoles, les troupes d acteurs et le monde interlope que les uns et les autres traînent à leur suite, entretenaient une animation et un trouble propices aux amours d'occasion. La masse austère de l'Université dominait ce tumulte, — bizarrement encadrée, d'un côté par le théâtre, de l'autre par le fameux Bordellet dels Nègres. Cependant la prostitution conservait au Partit ses assises et son organisation officielle. En carême, le jusficia crimiiial xeiWsi'ii à ce que tous les pensionnaires du Parfit

I. A H. N. Inq. de V'a. Rcijistvo de carias de la Inq. de F« à [a Sta Inq., lettre du 3 nov. i564 : « l'^n esta tierra se frequeatan dos otros delitos grauissimos, y cl vno y mas vsado es incesto con dos y très hermanas y con madré e liija, porque despues que se hizo el autho de la fe he rezibido quatro o cinco testificaciones destos delictos y creo se debe platicar tanto como en otras partes vna simple t'ornicarion. Los otros delitos son el vno peccado contra natura de sodomia y el otro de bestialidad con brutos... »

38o l'art dramatique a valencia.

assistassent en corporation à des sermons et à des exercices édifiants. Etait-ce le désir de se sanctifier? était-ce l'attrait d'une compagnie peu farouche? Le fait est qu'il y avait foule dans l'église et que le prestige du justicia, qui surveillait la cérémonie, était quelquefois exposé à de rudes épreuves*.

Tant d'excès n'éjouisaient pas l'humeur brutale des ^ alenciens. Les rixes succédaient aux orgies, les journées de bataille aux nuits de fête. La noblesse surtout, égarée par le préjugé du point d'honneur, mettait flamberge au vent à tout propos et hors de propos. Il suffisait d'une parole malsonnante, d'un regard sournois, non pas même d'une injure, mais de lapparence d'une injure pour que guerre s'ensuivît entre gentilshommes. Les rencontres à main armée, les duels, étaient aussi fréquents que dans les comedias. Seulement, les épées n'étaient pas mouchetées, le sang coulait, un corps s'affaissait. Ainsi mourut, en 1617, sur la place de la Seu, en pleme ville et en plein midi, le gentil poète D. Carlos Boyl; peut-êtie comprit-il alors qu à trop adorer les dames, comme il en faisait profession, on s'attire la haine des jaloux. De noble à roturier, on ne faisait pas tant de façons : un pauvre miséreux à demiidiot eilleura un jour de la main la^ queue du cheval sur lequel paradait D. Gaspar Mercader. D. Gaspar lança sa dague sur le manant; il le manqua et s'en trouva encore plus irrité. L'ayant rejoint à vive allure, il lui porla un coup d'épée dans le dos, et comme le malheureux implorait le pardon, il lui taillada encore la tête du tranchant de l'épée"^. Et voilà quelques-unes des gentillesses dont à ^ alencia on avait le spectacle en pleine rue !

On ne se fût pas ému de pareilles peccadilles, si elles n'eussent point eu comme un prolongement dans des actes de véritable brigandage. ^ alencia et sa banlieue n'étaient point sûres : on y détroussait les voyageurs, on y violait les filles, les couvents eux-mêmes n'étaient pas respectés; partout le

Page 1