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CHAPITRE VIII

L'apparition de la comedia.

I. La litlérature à Vnhnria. — Les pouvoirs publics protecteurs de la littérature et la littérature associée à la vie publique. — Comment la littérature s'organise : concours poétiques et académies. — Caractères principaux de cette littérature : improvisation, aménité, surabondance.

II. Comment la comedia s'est constituée à Valencia. — Eléments empruntés au théâtre populaire. — Eléments empruntés à la tragédie. — L'action personnelle de Lope de Vega : ses deux séjours à Valencia (1588-89 ^^ •^99)> influence persistante qu'il y a exercée.

111. Le triomphe de la comedia. — Organisation matérielle : la Olivera, les Santets, les troupes comiques. — Publication des comedias valenciennes : les Doze comedias et le Norte de la poesca espahola. — Théorie de la comedia par Rlcardo de Turia et Carlos Boyl.

(( Il ne manque rien à Valencia de ce qui fait l'agrément et le bonheur d'une cité » : ainsi s'exprime, au début du dixseptième siècle, un romancier plus enthousiaste que scrupuleux*. La littérature contribuait pour sa part à la félicité de cet Eden. A Valencia, il n'y eut entre la littérature et la société ni divorce ni même désaccord. Elles se pénétrèrent l'une l'aulie. Si la littérature ne peut jamais faire abstraction de la société contemporaine, cette fois il arriva que la société ne put pas davantage se passer d'elle.

Ce ne sont point là phrases en l'air. La littérature émargea au budget de Valencia et rien ne marqua mieux la place qu'elle tenait désormais dans la vie publique. Dès iBSg, Père Antoni

1. C'est le plagiaire Juan Marti. Cf. Lujàn de Sayavedra, Gucmàn, II, 3, 8. B. A. E., /|2o'J : « Ni le faltan... en suma ninguna de cuantas cosas hacen uua ciudad regalada y felicisima. »

liOO l'art dramatique a valencia.

Beuter recevait des jurais, le i""^ février, une subvention de loo livres pour la publication de son livre Cvonica de las anti- (juituts e co/t(jaista de la Chilat de Valencia, qu'il s'engageait à imprimer pour le premier mai de la même année. En i5/i4, le i"' décembre, Beuter reçoit une nouvelle subvention de 5o ducats ; il s'agissait cette fois de publier, « en un volume et en castillan », la « Cbronique » publiée antérieurement (( en deux parties' », et l'auteur promettait de procéder à l'impression dans le courant d'avril i5/i5"-. Enfin, le 29 décembre i55o, Beuter se voyait attribuer pour la troisième fois un subside de 2 5 livres, qui viendra compléter un subside déjà voté de 60 livres, soit au total 85 livres; l'ouvrage, à vrai dire, la Segunda parte de la Coronica gênerai, y especialmente de Aragon, Caihaluna y Valencia était déjà imprimé, mais l'imprimeur, qui n'avait pas été payé de ses travaux, avait fait saisir l'édition, et les jurats intervenaient fort à point pour mettre en liberté un ouvrage qui, rédigé en castillan, devait célébrer dans la péninsule entière la gloire de \alencia^. Le livre est alors une force dont tout le monde comprend la valeur : en 161 1, F « Histoire de la Cité et du Royaume de

1. Mon. Cons., no 78 : « ... que lo honorable en anthon roiz, niercader, clauari cornu de la dita ciutal en lo présent e corrent any, donc e pague cinquanta ducats valents cinquanta dos Hures y deu sous moneda reais de V^alencia al Reuerent mre père anthoni, mre en sacra theoloçia, los (juals son per la cronica de valencia que aquell ha de fer imprimir, la quai dita cronica esta huy en dos parts e aquella ha de fer en hun bolurn en leniçua castellana. » Il semble rcsuker de ce texte qu'avant de publier en castillan la Primera parte de la coronica gênerai de toda Espana, y especialmente del reino de Valencia, Beuter avait publié en valencien non pas une seule partie, comme on l'a cru jusqu'à présent, mais bien f/ewj? parties de sa « Chronique ».

2. En fait, il y eut du retard; l'ordonnancement de la subvention est du 23 décembre i54J>-

3. Tous les documents sur la publication des différents ouvrages de Beuter se trouvent à VArchiro del Ai/untamiento dans les Manuals de Conseils. Je copie les titres et les dates sur les documents, bien qu'ils ne soient pas toujours d'accord avec les mentions portées sur les volumes eux-mêmes^ Il semble notamment résulter de nos documents que le premier ouvrage de Beuter, (jui porte la date de i538, n'a été réellement publié qu'un an plus tard. Cf. Cirot, Les Histoires générales d'Espagne entre Alphonse X et Philippe H, Bordeaux-Paris, 1905, 92 et i49-

LA COMEDIA. /Joi

\ alencia », que Gaspar Escolano, le savant curé de l'église Saint-Etienne, avait laborieusement compilée, fut imprimée aux frais de la Députa tion générale, et comme à Valencia les pouvoirs publics, même lorsqu'ils voulaient faire grand, ne perdaient pas le sens de l'économie, on dressa des états minutieux de la dépense par lesquels nous pouvons suivre dans le détail, à trois siècles de distance, l'élaboration du volume*.

Les assemblées valenciennes savaient obéir à d'autres suggestions que celles de la vanité ; la preuve en est dans l'aide matérielle et morale qu'elles accordèrent pendant plus d'un demi-siècle à la famille des Mey. Joan Mey, afin qu'il n'abandonnât pas Valencia pour Murcie, reçut en lo^Q une pension de i5 livres, qui fut portée à 20 livres deux ans plus tard et qui, sans cesse augmentée, passa d'abord à sa veuve et en i58i à son fils Pedro Patricio'^. Si l'on veut un autre exemple de la fidélité avec laquelle les jurats maintenaient leur protection aux serviteurs des bonnes lettres, qu'on se souvienne des gratifications qu'ils ont versées à Gaspar Aguilar. En iSgg, 4oo réaux castillans pour orner d'inscriptions poétiques les arcs de triomphe sur le passage du cortège royal; en 1099, seconde subvention de 20 livres pour publier le poème des Fiestas nupciales; en 1608, 95 livres pour la représentation de la comedia Scui Luis Bertràn et, la même année, i.ooo réaux castillans pour l'impression de la dite comedia; enfin, en 1G19, 25 livres pour le concours poétique en l'honneur de saint Thomas de \illanueva, voilà, à notre connaissance, ce qu'un seul poète a reçu du seul trésor municipal. Ces jurats, qui soutiennent et subventionnent les écrivains ou même les imprimeurs, reconnaissent, au nom de leurs mandants, l'importance, désormais incontestée, de la littérature. Ils font de cette tard venue, dont l'utilité jusque-là n'avait pas été unanimement comprise, la plus belle parure et comme la régulatrice de la vie publique.

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