‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 149 sur 343 · IbiiL, 290, 2g3, etc.. etc · texte numérisé non relu

IbiiL, 290, 2g3, etc.. etc

Il en résulta que, protégée par les représentants de la cité, la littérature exerça à son tour, sur la cité, une sorte de protection. 11 n'arriva plus dans ^ alencia un événement d'importance qu'elle n'y fût mêlée, soit pour en rehausser l'éclat, soit pour en perpétuer la mémoire. Le poète et l'historien devinrent les auxiliaires indispensahles de toutes les manifestations collectives. Sans eux, sans les strophes de l'un et les chroniques de l'autre, la fête n'aurait pas été complète. Le roi d'Espagne venait-il pour quelques jours à Yalencia.*^ on ne le recevait pas seulement avec des arcs de triomphe et des illuminations, on avait soin encore de disposer en bonne place des octaves galamment tournées, qui exprimaient l'allégresse populaire. Souvenons-nous de la collaboration de Rey de Artieda aux strophes adressées en guise de bienvenue à Philippe II et à ses enfants. Plus la visite royale empruntait d'importance aux événements, plus on multipliait les hommages. Pour Philippe III, lorsqu'il vint se marier à ^alencia, ce fut une vraie folie. Lope de Vega lui-même était accouru de Madrid pour renforcer le contingent local. Quel déluge d'épithalames ! Quelle avalanche d'idylles ! Gaspar Aguilar composa un poème en quatre chants; Carlos Boyl ne voulut pas faire moins et Guillén de Castro se mit en frais d'une comédie allégorique, La MargarUa preciosa. A tous les coins de rue, dans toutes les librairies, chantées par les aveugles ou élégamment imprimées, stances et hyperboles accablaient de leur emphase les passants les plus rassis.

Les rois ne passaient point souvent par A alencia. On ne manquait pas pour cela de héros à célébrer; le ciel en fournissait à défaut de la terre. Plusieurs Valenciens méritèrent, au début du dix-septième siècle, d'être canonisés ou béatifiés; et, en même temps qu à ces nouvelles recrues, le cardinal de Ribera prétendit qu'on rendît des honneurs exceptionnels aux vétérans de l'armée céleste. De là une série de solennités religieuses, oii tous les moyens étaient mis en œuvre, même les plus profanes, pour surexciter l'enthousiasme de la foule. Des hérauts annonçaient la fête plusieurs jours à l'avance ; ils donnaient la

LV COMEDIA. 4o3

liste des prix ofTciis à la paroisse, au couvent, à la corporation, aux particuliers qui construiraient pour la procession le reposoir le plus fl&uri, le char le mieux orné', et c'était alors une émulation enfiévrée pour surpasser par quelque invention merveilleuse les tentatives du voisin. Un trait seulement était commun à presque tous les concurrents : c'était de faire appel au concours des poètes. Au-dessus des chars, sur une banderole, de chaque côté des autels, dans des cartouches ou des écussons, des poésies s'étalaient en lettres ornées. Que de svdjliHté se dépensa à ces bouts-rimés! On s'épuisait à imaginer des rébus, des énigmes, des hiéroglyphes; on eût dit que les impénétrables mystères du gongorisme pouvaient seuls s'accorder avec les tortueuses combinaisons d'une architecture déjà churrigueresque.

Retenons-le : si les pouvoirs publics avaient l'ait une place à la littérature dans leurs préoccupations, la littérature à son tour s'était intimement mêlée à la vie publique. La tour d'ivoire, où le poète s'isole farouchement, n'avait pas de place dans l'enceinte de la cité. L'écrivain, à ^ alencia, travaillait pour la foule et sous le regard de la foule; et c'est peut-être bien pour cela qu'il y a eu en ce temps-là, sur les rives du Turia, plus de rimeurs que de poètes.

Cette littérature ne se contentait pas d'intervenir partout et là même où son intervention n'était ni prévue ni indispensable; il lui fallait encore une organisation'. Car c'est un trait marquant de la société valencienne, à cette époque, de ne pas abandonner les entreprises d'utilité générale à la fantaisie ou à l'incertitude des initiatives individuelles ; on embrigade les bonnes volontés; les assemblées, les comités, les corps de métier sont les artisans de tous les progrès, les agents de toutes les réformes. A l'instar de l'administration communale ou du

1 . On trouvera des dessins représentant ces reposoirs et ces chars dans le livre de Juan Baulista de Valda, Soleinnes Fiesfas que célébré Valencia à la Inmaculuda Concepciôn delà Virgen Maria, Valencia, i663. La date du livre est un peu tardive, mais l'usage des chars et des reposoirs remontait beaucoup plus haut.

4o4 l'art dramatique a valencia.

commerce, la littérature s'organisa, elle qui est la plus souple, la plus indisciplinée des créations de l'esprit humain. Elle prit la forme corporative, puisque aussi bien tout, à Valencia, finissait ou commençait par la corporation. Elle supprima l'individu ou, du moins, elle le subordonna au groupe. Dans le travail littéraire, elle retint l'œuvre et négligea l'écrivain.

Feuilletez une bibliographie valencienne. Bientôt vous vous apercevrez que parmi les livres qui relèvent de la littérature, bien rares sont ceux qui portent un nom d'auteur. Les recueils anonymes forment la majorité, et on y a réuni les œuvres de nombreux collaborateurs. Informez-vous des circonstances oij ces anthologies ont vu le jour, et vous découvrirez que ce mode insolite de publication correspondait, dans la Valencia de l'année iGoo, à une réalité. Le caprice des éditeurs n'y est pour rien. Les livres affectent la forme collective, parce que les auteurs travaillent collectivement. Et si vous poussez à bout votre enquête, vous vous persuaderez que les deux modes prévus, rituels en quelque sorte, selon lesquels l'activité des écrivains s'exerçait, c'était, d'une part, le concours, d'autre part, ï académie.

Comme il y avait des joutes et des jeux du faquin oij des prix récompensaient l'habileté du cavalier, de même des tournois littéraires étaient organisés oii le vainqueur ceignait une couronne. Cet usage remontait loin à Valencia. Le premier livre qui ait été imprimé dans la péninsule, Les ohres a trohes... de lahors de la sacral issima verge Maria (i/i~4), est un recueil des poésies composées pour les jeux floraux de ce temps-là. Mais au dix-septième siècle ces concours se multiplièrent extraordinairement : entre 1600 et iCaS, il y en eut six au moins qui fournirent la matière d un volume, et d'autres, en grand nombre, furent ou bien publiés dans des ouvrages plus étendus, par exemple dans le Prado de Valencia, ou bien abandonnés au sort fâcheux qui guette les poésies demeurées manuscrites. Ces concours de poésie, de même que les joutes, étaient organisés soit par des particuliers, soit par des collectivités, telles que Conseil de la cité ou Congrégation religieuse.

LA COMEDIA. 4o5

L'organisateur, quel qu'il fût, annonçait le programme du concours. Le plus souvent, on indiquait d avance les thèmes à traiter et même le rythme dans lequel il fallait les traiter. Quiconque prétendit, en i6o2, adresser des louanges à saint Raymond de Penafort, devait obligatoirement fournir cinq redondillas sur la navigation de saint Raymond, quatre stances à la terre du sépulcre de saint Raymond, un sonnet à l'ange qui réveilla saint Raymond. Un juge était choisi pour présider le combat, — grand seigneur teinté de belles lettres ou poète en renom. Après la récitation de diverses pièces, il prenait à son tour la parole pour lire le vejanien et la sentence. Le vejanien était comme les considérants de la sentence; sous une forme narquoise, il appréciait le talent des concurrents, leur prodiguait les fleurs, mais leur faisait sentir les épines. La sentence attribuait aux plus dignes des prix qui consistaient en gants ambrés, bourses, bijoux en or fin ou en métal bruni, etc., etc. Après quoi, il ne restait plus aux lauréats qu'à attendre que la foule ratifiât les décisions du juge et qu'un mécène généreux fît imprimer leur chef-d'œuvre ^

Ces concours poétiques, ou justas poéticas, recevaient quelquefois en Espagne le nom d' « académies ». Lope de Vega raconte dans sa correspondance une « académie », qui se tint chez le comte de Saldana, en i6i i, pour commémorer le décès de la reine Marguerite d'Autriche"'. Il est évident qu'une académie de ce genre disparaissait avec l'occasion dont elle était née. La différence qui la séparait du a concours », c'est qu'elle ne comportait ni palmarès, ni distribution de prix. Mais à côté

1. Dans ces j'iisf as, les prix récompensaient plus souvent la naissance que le talent. Croyons-en Maluenda dans son Biireo de las Musas del Turia, Valencia, i63i, 81-82 (B. N. M, — R. l\'Ô2-i) : « En las justas, 6 iojuslas, por mejor dezir, solo dan premio al que tiene mas autoridad, aunque los versos sean humildes; y à vezes premian â quien no ha hecho versos en su vida. » A quoi la Muse de Belardo réplique : « Yo os daré un remedio para que escriuays en las justas poéticas, se^ura de que aueys de tener premio : no os firmeys « La Musa « de Lisdauro », sino « El Almirante de Caslilla » ô « El Duque de Alba « ; y con hazer lo que dig-o tened por cierto el primer premio ; que no se miran ya los versos, sino quien es el que los ha hecho. w

a. Barrera, Naeoa biografia de Lope de Vecfa, 176.

/io6 l'art dramatique a valencia.

de ces institutions éphémères, il y eut à Valencia des académies permanentes, avec des statuts, un bureau, des annales, qui assuraient la continuité de leuis travaux. Sur ce point comme sur tant d'autres, ^ alencia se laissa devancer par Madrid. C est d'Italie qu'arriva dans le dernier quart du seizième siècle la mode des académies. Ce fut cependant à Madrid, et non à 1 étape de Valencia, que fut fondée dès i585, au témoignage de Juan Rufo, l'auteur de la Aiistriada, l'Académie Imitatoria, et de beaux esprits s'y réunirent, tel Lupercio Leonardo de Argensola, qui s'y affublait du pseudonyme de Bârharo^. Il se peut, d'ailleurs, que Valencia ait pris modèle sur Barcelone. Une académie y avait existé dès i5ii; elle tenait des réunions hebdomadaires, et le souvenir nous en a été conservé dans un livre fort rare, dont l'auteur, Martin de Ibarra, propagea en Catalogne les théories de Nebrija sur la langue latine"". L'Académie valencienne des « Nocturnes » inaugura ses travaux le [\ octobre 1091 et les continua jusqu'au i3 avril ioq/j, c'est-à-dire pendant trois années scolaires; les vacances intercalées entre chaque année duraient environ six mois, d'avril à octobre. Les académiciens étaient au nombre de dix à la première séance et ils arrivèrent à être quarante et un ; il y eut, en outre, cinq associés dont le nom figure sur les registres, mais qui ne semblent pas avoir pris leur part de la tâche commune. La constitution reposait tout entière sur le pouvoir despotique que Ion avait attribué au président. C est chez celui-ci, qui était D. Bernardo Catalan de Valeriola, que les réunions se tenaient; c'est lui qui choisissait le bureau de l'Académie où prenaient place, en outre de lui-même, un « conseiller » inamoAnble et un « lecteur » qui changeait à chaque séance; c'est lui qui imposait aux académiciens, pour la séance suivante, les sujets à traiter; c'est lui qui accordait ou refusait l'autorisation de lire en séance les poésies non inscrites à l'ordre du jour.

1. Juan-Aatonio Pellicer y Saforcada, Ensayo de unn biblioteca de traductores espaZo/es. Preccden varias noficias, p. 3 des Noticias .

2. Cf. Gallardo, n» 2006, et Menéndez y Pelayo, Antolojîa de poetas livicos castellanos, XIII, 3o.

Sur un seul point sa dictature souffrait une limite ; pour admettre un nouvel académicien ou exclure un académicien déjà admis, il fallait que tous les académiciens votassent ad aurem, mais comme l'oreille qui recueillait ces votes était celle du président, on voit qu'ici encore il pouvait largement influer sur la décision.

Lea^ séances, qui plus tard eurent lieu au milieu de la journée, se tenaient d'abord à la tombée de la nuit, et de là prirent nom l'Académie et les académiciens ; tous les surnoms choisis par eux ont, en effet, du rapport avec la nuit : « Silence », « Crainte », « Repos », c( Songe », a Ténèbres », etc., etc. Chaque séance (il y en eut au total 88) comprenait ordinairement la récitation d'une dizaine de poésies, composées par autant d'académiciens, et la lecture d'un discours en prose qui avait été préparé par le a lecteur » en exercice. Les sujets étaient singulièrement mêlés, aussi mêlés que l'Académie ellemême où voisinaient grands seigneurs et roturiers, prêtres et soldats. La niaiserie dominait, et il serait facile de s'égayer sur les redondillas de Francisco Desplugues a à un cure-dent que sa belle lui avait donné » ou sur les stances de Jaime Orts (( aux chiens qui, en se rencontrant, se sentent aussitôt sous la queue ». La casuistique amoureuse a fourni, comme il était à prévoir, l'apport le plus important; et ce sont d'ingénieuses complications, de subtiles inventions pour renouveler une matière déjà bien usée. Une dame a fixé au ciel de son lit le portrait de son amoureux : cela mérite une série de redondillas . Quel est le plus infortuné, de l'amoureux qui n'ose pas se déclarer par respect de sa dame, ou de celui qui, pour s'être déclaré, a indisposé la belle? Grave question, à laquelle le chanoine Târrega, très renseigné, à ce qu'il paraît, par ouï-dire sinon par expérience, donne une réponse fortement motivée et gentiment exprimée. Ces discussions platoniciennes ne suffisaient pas aux académiciens : les fredaines, les escapades provoquaient leur inspiration. Ils ont chanté la dame qui, dans une aventure nocturne, donna le ruban de sa chevelure à son amoureux pour qu'il ajoutât un échelon à la classique échelle de corde, et

4o8 l'art dramatique a valencia.

quelques-uns parmi eux, tels Fernando Pretel et surtout Jaîme Orts, s'étaient fait une spécialité de la grivoiserie la moins discrète. L'audace libertine de certaines poésies n'empêchait pas qu'on leur juxtaposât des poésies sacrées, traductions ou gloses des psaumes liturgiques, épisodes ou commentaires du Nouveau Testament, et à côté de cette section religieuse d'autres poésies, en assez grand nombre, s'inspiraient de modèles illustres choisis dans l'antiquité, en Italie et en Espagne. A l'antiquité on emprunte quelques odes d'Horace que l'on traduit en castillan, on lui emprunte surtout des anecdotes mythologiques. L'Italie fournit peu de chose, à peine quelques imitations de Pétrarque et surtout de lArloste. La littérature nationale est davantage mise à contribution : Târrega, dans une « glose », donne la parole à Xuno Rasura, gouverneur des infants de Lara, et de VAmacUs de Gaula il extrait le sujet d'un romance; d autres s'exercent à des variations sur des thèmes empruntés à Garcilaso, et Gaspar Mercader, qui était un fervent admirateur d'Ercilla, reprend à son compte les infortunes de Tegualda. Peut-être ces poésies de noble allure sont-elles parmi les mieux étudiées du recueil. Il n'empêche que l'intérêt du Cancionero réside ailleurs, je veux dire dans la peinture des mœurs valenciennes, qui nous y sont complaisamment représentées, vues peut-être par le petit côté, mais avec une abondance et une précision qui sauvent de la ruine ces trois énormes volumes. Les laborieuses fantaisies des académiciens sont fanées depuis longtemps ; mais il reste, toujours fraîche et intacte, la gerbe de traits piquants qu'ils ont saisis sur le vif.

Après lés (( Nocturnes », les « Adorants » : de cette nouvelle académie, Carlos Boyl nous a lui-même raconté les origines. Il était follement amoureux de la belle Ménandre, dont la couleur préférée était le fauve. Pour mieux la servir et pour inciter les autres hommes à bien servir leur dame, il groupa, non certes toutes les victimes du mal d'aimer, mais une élite choisie parmi elles. Ces recrues s'engagèrent à porter en sautoir un ruban de couleur fauve ; leur association prenait dès lors l'apparence d'un ordre de chevalerie, et les statuts lui confirmé-

LA COMEDIA. /^OQ

rent ce caractère. Mais elle était aussi une académie : les membres s'appelaient « Adorants » et le président (c'était Boyl luimême) s'appelait a Adorateur ». Celui-ci était assisté de deux (( préteurs » et d'un « secrétaire ». Les séances se tenaient dans la soirée du lundi. Chacune d'elles comprenait un discours en prose par l'Adorateur, un panégyrique de l'Adorateur par le secrétaire, puis un sonnet et des tercets à la louange du même personnage par les prêtevu's; les Adorants lisaient ensuite les élucubrations qu'ils avaient préparées sur des sujets désignés à l'avance. Les statuts de l'Académie concernent aussi bien la conduite privée des académiciens que la tenue de leurs assemblées. Nul ne sera admis s'il ne justifie qu'il est noble et s'il ne s'engage à porter l'insigne de son affiliation. Une fois admis, l'académicien devra s'attendrir nuit et jour dans l'adoration de sa dame, à laquelle il demeurera immuablement fidèle sans se dépiter d un refus, sans s'enorgueillir d'une faveur. Il ne reprochera jamais à un autre Adorant d'être pour lui un rival, car c'est un privilège des Adorants d'étendre indistinctement leur culte à tous les objets qui en sont dignes. En voyage, l'académicien ira chaque dimanche se poster auprès des monastères à l'heure de la messe des élégantes, et à la sortie il fixera son choix sur l'une d'elles; il la suivra jusqu'à son logis, faisant ensuite le guet sous sa fenêtre et s'imposant à elle à force de prévenances. Enfin, il ne pourra ni manquer à trois séances consécutives ni assister à une séance en spectateur muet sans s'exposer aux plus terribles châtiments, tels que la réprimande ou la radiation. Faut-il après cela regretter que le Cancionero des Adorants ne nous soit point parvenu? Il semble que l'on n'ait jamais pris la peine de le former, et le procès-verbal de la première séance, tel que Carlos Boyl nous l'a transmis, suffît à épuiser notre curiosité. Les Adorants ont conservé les fadeurs des poésies des Nocturnes; ils en ont laissé perdre le pittoresque.

L'Académie des Adorants avait certainement cessé de vivre en 1600, au moment où Carlos Boyl en divulgua les règlements. Elle ne semble pas avoir été imitée avant 1616. A cette

4io l'art dramatique a valencia.

date, Guillén de Castro, se souvenant du rôle brillant qu'il avait tenu parmi les Nocturnes sous le surnom de Secreto, revenant au surplus de Naples où vers 1610 la Academia de los Ociosos avait été fondée à l'instigation de Lupercio Leonardo de Argensola*, voulut ranimer à Valencia une tradition déjà morte. Il organisa en conséquence une Académie des « Montagnards du Parnasse ». Yagiie de Salas, le verbeux poète de Teruel, y prit séance et choisit le surnom académique de Pindaiiro ; il lut à ses confrères un résumé de son poème des Amants de Teruel, et sans doute apprécièrent-ils le bonheur d'échapper à la lecture de l'œuvre entière. Cette Académie, dissoute depuis longtemps, se reconstitua en 1698 lors du mariage de D. Juan Pardo de la Casta, et dans le Mémorial' qu'elle rédigea à cette occasion elle nota fièrement qu'un de ses membres, témoin de la renaissance de 1698, assistait déjà aux séances de 161 6. Cet académicien imjjénitent s'appelait D. Pedro Vallterra; il avait huit ans en 1616 et quatre-vingt-dix ans en 1698; félicitons-le à la fois de sa précocité et de sa longévité.

Au cours du dix-septième siècle, bien d'autres académies se formèrent et disparurent à Valencia, notamment la Academia del Alcdzar, fondée en 1681 et célèbre pour avoir publié, la première en Espagne, un volume d' « Eloges funèbres » à la mémoire de Calderon (i685). Il n'y a pas lieu de raconter ici leur histoire. Aussi bien, au temps même des Nocturnes et des Adorants, d'autres groupements travaillaient et produisaient. Car, à côté de celte littérature de fantaisie, qui tint une place de beaucoup la plus importante dans l'admiration des Valenciens, on vit se développer une littérature didactique : l'histoire, la médecine, le droit, la religion en furent la matière, et les auteurs, qui étaient spécialistes, appartenaient tous à un collège ou congrégation, en sorte qu'ici aussi, quoique sous une forme un peu différente, l'esprit corporatif apparaît dans

Page 1