Llorente, II, 368, note
dramatiques? Question à peu près insoluble dans l'état actuel de nos connaissances. Les documents conservés ne parlent pas la même langue que nous. Pour eux, le mot representacio, dont ils se montrent prodigues, désigne aussi bien un tableau vivant qu'un drame régulièrement construit, et des historiens, comme Serrano Cailete, qui n'ont pas tenu compte de cette double acception du mot, ont proclamé que l'on avait vu à ^alencia un épanouissement surabondant de pièces religieuses, autant de pièces que de roques. Il faut rabattre de cet enthousiasme. Sans doute, au commencement du seizième siècle, il ne subsistait plus de roques muettes, de roques d'ofi la simple pantomime était elle-même proscrite et dont les personnages, qu'ils fussent des statues ou des êtres humains, restaient figés dans une immobilité marmoréenne; sur toutes, il y avait un mouvement scénique, mais ce mouvement était parfois d'ordre inférieur, ébats chorégraphiques réglés par la musique plutôt qu'évolution de personnages selon les péripéties d'une intrigue. C'était, par exemple, le cas en iSiy* pour le char de saint Vincent, pour lequel on embauchait uniquement des musiciens et des danseurs. Il est vrai qu'aux chars et à leur figuration il convient dans un dénombrement exact d'ajouter des personnages qui, pour cheminer à pied, n'en formaient pas moins des groupes indépendants, par exemple les Prophètes, les Patriarches de l'Ancienne Loi, ou encore le vieux Noé — le populaire Agiielo del colomet — suivi de ses fils ; ces misleris a peu, comme les appellent les documents anciens, étaient susceptibles eux aussi déjouer une pièce ou même plusieurs, et en fait ils en ont joué. N'importe : s'il serait absurde d'affirmer qu'aucune pièce ne fût jouée en dehors des trois qui nous sont parvenues, il le serait presque également de supposer qu à chacune des roques qui eurent place, à un moment ou à l'autre, dans le cortège, correspondait un scénario, dont le malheur des temps a seul empêché la conservation.
I. Carboneres, 87, n. « Item e pagat an frances alut^ia, musich, per si e perçois los qui han enlreueuijfut en la representacio del luisteri de San Vicent axi de musichs coni dels (|ui ballen L. 1, S. X.
Qu'ils soient les débris d une riche floraison dramatique ou les produits uniques d'une inspiration un peu pauvre, les trois mystères de Saint Christophe, d'Adam et Eve et du Roi Hérode ont été pendant longtemps à Valencia le spectacle traditionnel de la Fête-Dieu. Au dix-septième siècle, leur faveur connut une éclipse : la mode alors régnante des autos sacramentales, mithéologiques, mi-dramatiques, l'influence des dramaturges valenciens de ce temps, et la présence des troupes comiques, qui importaient à \alencia les usages étrangers, décidèrent les organisateurs de la Fête-Dieu à faire jouer des autos selon la formule de Lope et de Calderon ; aux roques allégoriques on ajouta deux roques, dites de les representacions^ , qui étaient simplement une scène vide, apte à abriter n'importe quel spectacle, aussi bien El Hidalgo celestial. de Lope de Vega, que El Caljullero de la ardiente espada, que le comédien Morales se chargea de représenter en lOii"-. Cependant lart nouveau et savant, celui des écrivains de métier et des acteurs de profession, ne triompha point des ceuvres traditionnelles et populaires. De celles-ci on gardait pieusement dans les archives de la cité un texte, établi par Antonio Coix, et sur cet archétype Joseph Gomar, au mois de mars 1672, exécuta une copie à l'usage de Vicente Tomâs, qui remplaçait feu Joseph del Castillo dans la charge de ministril municipal. Cette copie nous a été conservée'^ : destinée à un musicien, établie en vue de la représentation annuelle, elle porte de nombreuses indications musicales et scéniques. Les airs à chanter, les travestissements à revêtir, les jeux de scène à observer, jusqu aux attitudes à prendre, tout y est indiqué avec d'autant plus de soin que peut-être bien notre manuscrit a été copié à un moment où les mystères traditionnels, supplantés par les autos, n'avaient pas été représentés depuis de longues années et qu'il s'agissait, pour les exécutants, non pas seulement de continuer, mais de retrouver la tradition. L'indication novanient introduit, qui