‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 151 sur 343 · Aguilar, Fiestas de San Luis Bertrân, 3i8 et · texte numérisé non relu

Aguilar, Fiestas de San Luis Bertrân, 3i8 et

Ai4

cia d'autant mieux que depuis longtemps il s y essayait à trouver sa forme définitive.

Ni les pièces de Timoneda et de Lope de Rueda ne sont des comédies parfaites, ni celles de Iley de Artieda et de \irués ne sont des tragédies achevées. Cependant, malgré tout ce qu'il y avait en elles d'incertitude et de confusion, il apparaît sans peine que ce sont des œuvres dissemblables, rivales et, sur la plupart des points, opposées. Il n'est pas difficile, et on l'a vu plus haut, de relever des traits comiques dans Los Amantes ou jusque dans les sombres horreurs de La infelice Marcela, de même qu'on peut discerner, dans les intrigues les plus saugrenues du libraire valencien ou de son ami le comédien, des intentions qui vont au delà de la simple farce. Mais il n'est pas prouvé que ces dissonances, ils les aient introduites, dans leurs élucubrations, de propos délibéré, par l'effet d'une doctrine d'art soigneusement mûrie et rigoureusement appliquée. Le mélange semble être le résultat de leur inexpérience plutôt que de leur volonté; dans cette enfance de l'art dramatique, les auteurs ne se rendaient pas un compte très exact de la nature des sentiments qu'ils allaient éveiller chez leur auditoire. Passe encore s'il s'agissait des sentiments extrêmes, la folle gaieté ou la terreur; mais pour les nuances intermédiaires on hésitait, on tâtonnait, et finalement on essayait d'un trait qui nous paraît, après trois siècles, ou burlesque ou sinistre, en tous cas contradictoire avec le contexte, et qui n'est que mal approprié à son objet. i\i Timoneda et Lope de Rueda, d'une part, ni Rey de Artieda et Virués, d'autre part, n'ont poursuivi la même fin, ni même une fin analogue. Loin de là, le désir de faire autre chose que leurs prédécesseurs a été le mobile principal de A irués et d' Artieda dans leur entreprise dramatique. Eux-mêmes nous 1 ont assez répété pour que nous les en croyions; et après eux, d accord avec eux, nous constaterons qu'au règne de la comédie ou de ce qui voulait être la comédie avait succédé le règne de la tragédie ou de ce qui voulait être la tragédie.

Laquelle des deux allait l'emporter.^ Il aurait pu, comme en

LA COMEDIA. 4l5

France, se produire une difTérenciation croissante, chacune d'elles se purgeant de ses impuretés, développant ses forces particulières, et se fixant enfin après s'être réalisée. Ce fut le contraire qui arriva. Un genre nouveau naquit de la fusion des deux autres, genre inédit et vivace, gloire et originalité de la littérature espagnole, la comedia enfin, puisque c'en est désormais le véritable nom. Il se constitua par des emprunts mais, comme pour sauvegarder son indépendance, il emprunta librement ; il eut un créancier préféré, et ce fut la tragédie telle que l'avaient faite Gueva à Séville, Artieda et Virués à Valencia, Aigensola à Saragosse, — mais cela ne l'empêcha point de recueillir et de fixer les traditions plus anciennes du théâtre espagnol, celles de Lope de Rueda en qui Cervantes saluait l'ancêtre de la comedia, celles aussi de Timoneda qui a rendu plus efficace, en la fortifiant, l'influence de Lope de Rueda. La comedia, grande besogneuse, ne laissa rien perdre et s'assimila tout ce que la mort n'avait pas détruit. Elle naquit, comme tous les organismes nouveaux, de la ruine de ceux qui avaient existé avant elle; et pour déterminer son originalité, il convient de dresser un état des héritages qu'elle a recueillis.

Au genre populaire, à la technique inventée par ceux qui recherchaient les applaudissements de la foule* à l'exclusion de ceux des doctes, la comedia doit en premier lieu le mouvement dramatique et cette liberté d'allures qui ont fait d'elle pour les tenants du classicisme un sujet de scandale. Il est bien vrai que la tragédie, sous la forme qu'elle avait prise en Espagne, s'était afTranchie dans une large mesure de la tutelle des Anciens; mais jusque dans ses moments de révolte, elle se préoccupait des modèles consacrés par la tradition, elle ratiocinait sur eux dans des « arts poétiques » qui nous révèlent les préoccupations dogmatiques des auteurs. Considérons à cet égard l'attitude du plus révolutionnaire des poètes tragi-

Page 1