‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 153 sur 343 · Cf. Exemplar poélico, III, 637 sq. e 694 sq · texte numérisé non relu

Cf. Exemplar poélico, III, 637 sq. e 694 sq

LA COMEDIA. /j 1 -

le choix de ses modèles une double sélection : dune part, elle ne s'attache qu'à ceux dont l'essence n'est point vulgaire; d'autre part, elle ne retient d'eux que les passions par où s'exprime non l'individu passager, mais l'homme éternel. Plus ou moins consciemment, avec plus ou moins de bonheur, les Rey de Artieda et les \ irués ont tendu à élever leurs personnages à la hauteur de cette conception. Qui ne voit que sur ce point la comedia, dès qu'elle a eu conscience d'ellemême, leur a faussé compagnie;* Ce qu'elle scrute quant à elle, ce n'est pas le fonds immuïible de l'âme humaine, mais les accidents parmi lesquels les pauvres humains se débattent : elle est comédie de mœurs ou comédie d'intrigues; elle ne va presque jamais au delà. Or, je veux bien que le goût des intrigues imprévues, la comedia ait pu le prendre au contact de certains poètes tragiques, tel Virués, qui allaient, dans leur goût de la complication, jusqu'à compromettre la dignité de leur art. Mais de peinture des mœurs, s il y en a dans deux ou trois tragédies espagnoles, c'est timidement, dans des épisodes d'arrière-plan, pour combler une lacune et non de propos délibéré ; en réalité, il ne pouvait pas y en avoir, puisque les mœurs, étant transitoires et changeantes, s'opposent à la prétention, propre à la tragédie, de travailler pour l'éternité. Lope de Rueda, Timoneda, leurs disciples, leurs successeurs ont été en ceci les inspirateurs de la comedia. Si la comedia forme pour nous le tableau le plus complet, le plus vivant de la société espagnole au début du dix-septième siècle, l'honneur en revient à Lope de \ega et à ses rivaux, mais l'initiative, confuse encore et gauchement proposée, en remonte au moins jusqu'à Lope de Rueda et à ses imitateurs. La comedia ne s'est pas seulement approprié des vues d'ensemble, mais des personnages. Car elle a eu ses personnages attitrés, des types sinon convenus, du moins traditionnels et dont la tradition remonte au delà d'elle. Deux d'entre eux, le galdn et la dama, le jeune premier et la dame de ses pensées, appartiennent à la tragédie aussi bien qu'à la comédie : Sigura, dans Los Amantes, porte dans la liste des personnages l'étiquette

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de dama, et si Marcilla est qualifié de cahallero, il tient déjà du galdn tel qu'on le verra jdIus tard. En réalité, le galdn et la dama représentent deux types éternels et la comedia a pu les emprunter à tant de créanciers qu'il serait vain de rechercher auquel. Mais il est un autre masque très caractéristique de la comedia dont la paternité est moins incertaine. Le gracioso ou houlfon qui égayé de ses lazzi tout essai dramatique à 1 âge d'or du théâtre espagnol, le gracioso dont la silhouette plaisante se reconnaît de loin, est-ce bien Lope de Yega qui l'a engendré ? Lui-même s'en est vanté dans la dédicace de la FrancesiUa^. Mais, en vérité, ces revendications de priorité, dont les dramaturges espagnols ont encombré leurs écrits, ne leur portent pas bonheur ; il n'en est pas une qui ne puisse être contestée. Celle-ci, comme les autres, paraît fausse. Car, jusque dans la tragédie, avec ce mépris des règles et catégories, qui est décidément le trait le plus constant de l'art espagnol, le gracioso essaye quelques plaisanteries : Perafàn, poète et musicien au service de Marcilla, se serait appelé gracioso si Los Amantes étaient signés de Lope de Vega. Faut-il cependant oul)licr le simple de Lope de Rueda et de Timoneda? Je sais toute la différence qui sépare ce type de lourdaud du pimpan et piquant personnage qui se campe si fièrement dans les comedias de Tirso de Molina. Mais ceci est sorti de cela. La fantaisie chatoyante du gracioso s'est essayée d'abord dans les gauches incartades du simple. Faisons honneur aux dramaturges popidaires de i56o de la gaieté et de l'entrain que les graciosos de l'année iCoo répandront dans les pièces de la nouvelle école, quand bien même ces derniers, trop affinés ou diserts, n'auraient pas été reconnus sans peine par leurs propres pères.

On pourrait, si c'en était ici le lieu, pousser plus loin cette analyse comparée de la farce primitive et de la comedia de la bonne époque. Réduite aux traits qu'on vient de voir, ell suffît pour affirmer que de l'une à l'autre il n'y a point eu solu tion de continuité. Il est bien vrai que les temps de Lope d

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