‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 162 sur 343 · I. Bulletin hispanique, VIII · texte numérisé non relu

I. Bulletin hispanique, VIII

cun un héritage grevé de charges. Gaspar n'avait point su se prémunir contre la misère par un mariage avantageux. En vrai poète, il avait cru que 1 amour suffit à faire le bonheur, et il avait épousé en cachette, le i6 avril 158", la fille d'un tailleur, Louise Pcralta. Il obtint que l'Eglise consacrât son union sans publier les bans habituels : dans une enquête, dont le dossier nous est parvenu*, des témoins déposèrent que la disproportion de fortune entre les fiancés provoquait, de la part d'Aguilar le père, une opposition irréductible. Louise Peralta récompensa l'acharnement matrimonial de Gaspar en lui donnant au moins sept enfants, dont deux au plus survécurent à leur père. Cette abondante progéniture, il fallut la nourrir : la tâche était supérieure non pas à la bonne volonté, mais aux forces du poète. Une enquête judiciaire de 1618 provoque sur son compte, de la part des témoins, un refrain invariable : « il a peu de ressources, déclare l'un, et beaucoup d'enfants » ; (( les ressources lui manquent, ajoute l'autre, et les capitaux^ ». Rêveur incorrigible, il croyait qu'avec un sonnet on donne la becquée à de jeunes bouches ! Il ne capitula point sous les coups du sort. Redressant sa taille, que le poids des années et des malheurs ne réussit pas à courber, le front découvert, grave sous ses cheveux blancs qui se font rares, au menton la barbiche rugueuse d'un vieux brave, aux tempes et sur les joues des rides douloureuses, m.ais avec deux grands yeux, loyaux, confiants, où se lit une énergie tranquille, tel enfin que Juan Ribalta l'a peint, ce poète mourut comme un preux au service de sa Dame. Un épithalame par lequel il avait célébré le mariage de son maître, le duc de Gandia, déplut à ceux à qui il devait plaire. Ce fut pour lui un coup mortel. Cette âme, sur laquelle l'adversité n'avait point eu de prise, ne supporta point que la pureté de son inspiration fut seulement mise en question. Dans le duel que s'étaient livré en elle la nécessité de

1. Arch. du Palais archiépiscopal, Libro de licencias matrimoniales, an- ^née i.'JSy. — Le mariage eut lieu à l'église Saint-Etienne. Libre de desposoris...

de S. Esteve, vol. I, f. 149 v.

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