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Bulletin hispanique, VIII, SgS

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vivre et la passion d écrire, il convenait qu'en fin de compte l'idéal triomphât de la réalité. Le 26 juillet 1628, Aguilar fut enterré gratis el pvo Deo par le clergé de la paroisse Saint- André ^ qui sans 1 espoir du moindre casuel accompagna la dépouille mortelle du plus Yalencien des poètes.

Si malgré les bourrasques il n'a pas cessé d'aimer les lettres, sa ferveur ne s'est pas manifestée uniquement ni même principalement au théâtre. Ses confrères en poésie ne semblent pas lui avoir été cléments, à en croire cette boutade qui, un beau jour, lui échappa : « Que la poésie serait donc belle, s'il n'y avait les poètes"! ». Pourtant ils nous ont parlé de lui avec bienveillance et la plupart, surtout les Valenciens, ont loué de préférence ses œuvres lyriques. Târrega l'a qualifié de « Colonne de la poésie^ », et Jeronimo Martînez de la Vega assure que pour ses vers élégants il a mérité le surnom de « divin ^ ». Contemporain de Lope de Vega, né presque à la même heure que lui, il présente un cas exactement contraire : Lope, dramaturge dans l âme, a cultivé avec ténacité les autres genres poétiques sans réussir d'ailleurs à y accroître sa réputation ; Aguilar, porté plutôt vers les effusions sentimentales ou les narrations rimées, s'est appliqué obstinément à l'art dramatique. Seulement, tandis que la postérité remettait les choses au point en ce qui concerne Lope et le classait à sa vraie place, elle a enrôlé, à titre définitif, parmi les dramaturges, Aguilar que la mauvaise chance, après sa mort, continuait à ne pas épargner.

1. Archives de l'église Saint-André, à Valencia, Libro vacional de 1O23, f. 195 V. « Dit dia [2G juillet] sotcrrarem en lo uas de les aies [animes] gratis et.pro Deo a Gaspar Aguilar ciutada; anaren tots los résidents. »

2. Dans le vejamen du concours poétique en l'honneur de saint Louis Bertrân (1608) : « Que linda cosa séria | si se pudiese tener | sin Poetas la Poesia ». A rapprocher de ces vers dans la loa de El gran palriurca : « Yo fui en un tiempo Poeta, | y mi Musa fue imbidiada | sin causa, porque la imbidia | robres hiere, que no gramas. »

3. Dans le vejamen des Justus poéticus hechas à devociùn de D. B. Catalan de Valeriola.

4. Jeronimo Martinez de la Vega, Fieslas à Santo Thomas de Villanneva : « Gaspar Aguilar, poeta valenciano, honra sin duda de la poesia espaîïola, pues entre los de esta edad mereciô por sus gallardos versos renombre de divino ».

LA CÔMEDIA. /ig^

Cette erreur d'appréciation tient d'abord à ce que les œuvres lyriques de Aguilar sont dispersées dans plusieurs recueils, manuscrits ou imprimés. Sans en dresser ici le catalogue complet, il est aisé d'y marquer plusieurs courants d'inspiration. Les unes sont humoristiques et légères : sa collaboration au Cancionero de los I\'octurnos appartient presque entièrement à cette veine, telle la « Satire contre les pêcheurs à la ligne » ou le (( Sonnet au miroir d une dame », et il y faudrait joindre quelques poésies inédites, par exemple les (( Couplets au son qu'on tire de la farine », que l'on peut lire à Madrid dans un manuscrit de la Bibliothèque privée du Roi. Tout l'agrément en pareil cas tient aux broderies que le poète dessine sur un sujet d ailleurs insignifiant. Peut-être doit-il à cette facilité toujours prête d avoir écrit pour ses comedias des loas dont plusieurs ont un tour agréable ou surprenant, telle au début de La venganza honrosa la « loa applaudie de la langue* » ou encore, au début de El mercader amante, la loa qui conte, d'après Boccace, une aventure renouvelée des « Oies du frère Philippe ». Dans les poésies mythologiques, les beautés de la légende ont leur valeur propre, indépendamment du poète ; celui-ci ne les crée pas, il les met seulement en plein relief, et c'est ce que Aguilar a fait, à deux reprises au moins, avec une sûreté, une splendeur et une aisance incomparables. Sa « Légende de Endymion et de la Lune » imite peut-être par la conception d'ensemble et par quelques-uns de ses traits la (( Légende d'Actéon », telle que Louis Barahona de Soto l'a contée : elle n'en reste pas moins profondément originale. Et la « Légende de Jupiter et d'Europe », insérée dans El prado de Valenria, de Gaspar Mercader, est probablement le joyau de ce prétendu roman, qui n'est à vrai dire qu'une anthologie.

I. Cette loa débute : « El retintin de las aves | resonaba por los montes, | y con las arpadas leag-uas | formabaa sonoras voces. » Il convient de relever ces « arpadas lenguas » ; la même expression se retrouve dans le Quijote, I, ii (collection Clàsicos castellanos, I, 71, 9) et elle était déjà dans la Célestine, où il se peut que Cervantes et Aguilar l'aient prise chacun de son côté. (Aucto ix : « (, Quién nioslrô â las picaças e papagayos ymiten nuestra propia habla con sus liarpadas lengiias, nuestro organo e boz, sino esta? » )

Si les poésies mythologiques ont parfois une allure épique, il semble qu'Aguilar ait franchement visé à l'épopée dans ses trois poèmes, les « Fêtes nuptiales » (1099), les « Fêtes de saint Louis Beltrân » (1608), V « Expulsion des Mores d'Espagne » (16 10). Ce sont des œuvres de longue haleine, divisées les deux premières en quatre chants et en Imit la dernière, laquelle ne compte pas moins de 067 octaves. Elles représentent des édifices réguliers, coquets, construits sans négligence par un ouviier attentif; il n'y manque que les fondements, je veux dire un sujet capable de soutenir l'édifice. Toutes, elles sont inspirées de l'actualité, et d'une actualité dont le poète n'a pas su dégager l'intérêt durable. Triste destinée pour des poèmes d être ravalés au rang dune chronique, que les historiens consultent avec défiance, et que les lettrés renvoient aux historiens! Le fond manque, non pas les faits dont l'exposé n'est que trop minutieux, mais 1 idée, qu il faudrait substantielle pour qu'elle conservât sa valeur, même si d'aventure les faits n'avaient pas existé. La forme qui est souvent admirable d'harmonie et de richesse, qui est belle toujours à force de pureté et de maîtrise, a sombré dans le même naufrage; et c'est en définitive une grande leçon d'esthétique que la ruine de ces palais bâtis sur le sable.

Les comedias d'Aguilar se ressentent de la vie qu'il a menée. Cette origine roturière qui a pesé sur lui et l'a maintenu dans; la misère, — cette vocation impérative qui a fait de lui un homme de lettres à une époque et dans une ville où il n'y en avait point, — ces deux traits se sont imprimés dans ses comedias, les ont marquées entre toutes, de telle sorte qu'aucun dramaturge à Valencia n'a laissé transparaître davantage sa personnalité.

L'humilité de sa naissance et de ses goûts a influé en premier lieu sur le choix des sujets qu'il a traités. Comme d'autres" vont, pour les faire revivre, vers les actions mémorables, il a préféré quant à lui des épisodes que la renommée n'avait point publiés. Il avait écrit, à ce qu'il semble, un total de treize corne-

(lias. Parmi elles, il y en a quatre : Las amenidades del sonar, El cahallero del Sacratnento, El crisol de la verdad, No son los reeelos celos, dont le litre seul nous est parvenu. Sur les neuf autres, deux seulement, leur sujet étant emprunté à l'histoire, sortent de cette teinte grise, douce à l'œil et jamais criarde, qui plaisait à Aguilar. «La gitane mélancolique» (La gitana melaneôlica) est, comme El cercode Rodas, de Târrega, une intrigue d amoiïr combinée avec les péripéties d'un siège. La ville assiégée, c'est Jérusalem, et l'assiégeant, c'est l'empereur Titus. Sa fille naturelle, Irène, prisonnière des Juifs, doit être immolée par le grand-prêtre dans le temple de Salomon ; elle est sauvée par celui qu'elle aime, le Romain Numa, qui de son côté était tombé aux mains des ennemis et dont elle n'avait pas supporté l'éloignement sans une profonde mélancolie. Pièce étrange, animée d'un mouvement véritable, quoiqu'un peu désordonné, et que peut-être nous goûterions mieux si elle portait un autre litre ! Mais quoi ! on dirait qu'Aguilar a voulu jusque sur l'étiquette rabaisser la majesté de ses protagonistes. « Les amants de Cartilage » (Los amantes de Curiago) se donnent pour ce qu'ils sont, une reprise de ce vieux sujet des amours de Sophonisbe et de Masinissa que Le Trissin*, Antoine de Montchré-

I. La tragédie du Trissiu, qui fut en Italie la première tragédie régulière, date de i5i5. Aguilar en a-t-il eu connaissance? C'est possible, mais il n'en a pas tiré profit. Le premier acte de la comedia pose la question suivante : des deux personnages, Syphax et Masinissa, qui briguent la main de Sophonisbe, lequel épousera-t-elle? Et à la fin de l'acte, si la question est résolue en faveur de Syphax, le mariage cependant n'est pas encore consommé. Au contraire, dans la tragédie, l'action commence au moment où Syphax, dûment marié à Sophonisbe, va subir une nouvelle attaque des Romains, renforcés par l'armée de Masinissa. On voit par là que la pièce espagnole s'étend sur un plus grand nombre d'événements que la pièce italienne. — Aguilar n'est pas seulement plus complet, il est en outre plus agissant. Chez lui, Sophonisbe assiste au comba, où Syphax reçoit une blessure mortelle, et nous la voyons en pleine mêlée tiraillée entre sa pitié pour ce blessé et son amour pour Masinissa. Chez le Trissin, un messager vient conter à Sophonisbe la capture de Syphax par les ennemis. Les deux pièces diffèrent autant par l'inspiration générale que dans les détails. — Aguilar s'est surtout inspiré de Ocampo et aussi des romances. Il est remarquable que ses deux pièces historiques se rencontrent avec des romances (B. A. E., X, 3oo, La presa de Jérusalem por Tito, el 871, Muerte de Sofonisbu, esposa de Masùiisa).

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lien et Mairet portèrent de leur côté sur la scène italienne et française. Les Chroniques d'Espagne, en particulier celle de Florian de Ocampo*, avaient conté tout au long cette histoire, que Tite-Live leur avait révélée, et Aguilar n'avait qu'à se laisser conduire. Sa comedia montre, en trois parties, d^'abord Sophonisbe donnée comme épouse par le Sénat carthaginois à Syphax, quoiqu'elle aime Masinissa, — puis Masinissa avec l'aide des Romains triomphant de Syphax, lui arrachant Sophonisbe et forcé à son tour de la céder à Scipion, — Sophonisbe enfin échappant par la mort à la honte d'être traînée derrière le char du triomphateur. Voilà dans le théâtre d'Aguilar tout l'apport de l'histoire. Non qu'il manquât de connaissances. Il a donné dans Los amantes de savants détails sur les machines de guerre, sur « ces béliers métalliques dont le va-et-vient était redoutable » ; il a transposé avec élégance en l'appliquant à l'expédition de Masinissa contre Syphax le fameux veni, vidi, vici'^. Mais il ne lui plaisait pas d'étaler son érudition.

Ses autres pièces, d'intrigue plus ou moins romanesque,^ mettent parfois en scène des ducs ou des comtes, des princesl ou des marquis; ce sont des seigneurs de fantaisie. L'héroïsme traditionnel, celui dont les générations se content les prouesses] n'était pas le fait d'Aguilar.

Les sentiments héroïques ne lui conviennent pas beaucou] plus que les actions héroïques. L'honneur, dont les exigences tyranniques se manifestaient sans contrainte dans le théâtre de Târrega, se rapetisse, s'humilie chez Aguilar, et sans cesser d'être ce qu il doit être, je veux dire le respect que l'homme bien né se porte à lui-même et impose à autrui, û s'affirme le moins souvent possible. Ne nous laissons pas égarer par le titre d'une de ses comedias, « L'honneur vengé » (La venganza honrosa); il s'agit d'un mari que son épouse a abandonné pour suivre au loin un amant; la faute, dans ce cas, est si gros-

1. Crônica gênerai de EspaTiu, libro v", cap. xxxvij, f. 819, édil. de Médina, i553.

2. Los amantes de Cartago, II : « Los carneros de mêlai | con su importuao vaiven ». — « Llegô, peleô y venciô. »

sière qu'il n'y a pas deux façons de la juger. Mais ce sentiment plus complexe et non moins impérieux, cette fierté chevaleresque cjui exalte et magnifie les initiés, cet honneur qui a son code aux raffinements subtils, ses traditions compliquées, ses rites et ses mystères, celui-là n'inspire pas Aguilar, sans doute parce que l'idée n'en était pas très claire à sa cervelle plébéienne. A peine se laisse-t-il entrevoir dans quelques axiomes rapidement énoncés*.

L'amour prendra-t-il la place que l'honneur laisse libre? Si les personnages féminins sont ceux qui se prêtent le mieux à la peinture de la passion, Aguilar allait être ici arrêté dès le principe : il connaissait mal la femme, ou du moins il n'a pas su la représenter dans toute la richesse de sa psychologie. Voyez, dans La venganza honrosa, Porcia, la femme adultère ; aucune nuance, aucun progrès dans les sentiments; dès le début, elle se montre ce qu elle sera à la fin, très tendre à son amant, franchement hostile à son époux. Ailleurs, dans Los amanles de Carlago, Sophonisbe, sur le point d'épouser Syphax, quelle hait férocement, prend congé de son père par ces paroles hautaines : « Je ne veux pas en cette occasion, bien que j'aille à la mort, recevoir, mon père, ta bénédiction, parce que l'attendrissement pourrait se glisser dans mon cœur"^. » S'attendrir! voilà une faiblesse interdite aux héroïnes d'Aguilar ! Elles sont immuables comme des blocs, insensibles comme des roches. Peuvent-elles après cela représenter à nos yeux les nuances innombrables de la passion.^ L'amour chez elles naît brusquement, sans préparation, sans symptôme précurseur, et à peine né, il monte au paroxysme. Torcato et Amatilde, au second acte de Los amantes de Cartago, Norandino et Emilia, au troisième acte de La venganza honrosa, tombent subitement amou-

I 1. Celui-ci, par exemple, que l'honneur, une fois perdu, ne peut se recouvrer i que de la main de celui qui l'a ravi (B. A. E., XLIII, jyi b), ou cet autre qu'un

homme d'honneur, quand il doit la vie à autrui, c'est comme s'il ne l'avait plus

{i/ji'd., 172 a).

2. « No quiero en esta ocasion, | aunque voy, padre, à morir, | recibir tu

bendicion, | porque me puede infundir | terneza en el corazôn. »

OOO L ART DRAMATIQUE A VALENClA.

reux par une attirance irrésistible : peu importe qu'à ce moment Xorandino se dissimule sous Ihabit d'un maçon ; l'instinct qui pousse Emilia vers lui n'est dupe d'aucun déguisement. Par une étrange contradiction, cet amour n'échappe pas, malgré sa brutalité, à 1 empire de la volonté. Un personnage a beau être épris, il trouvera en lui assez de force pour maîtriser sa passion. Sophonisbe, aussi longtemps qu'elle est mariée à Sypliax, repousse, quoiqu'elle l'aime, les avances de Masinissa; mais avertie, tandis qu elle s'entretient avec lui, de la mort de Sypbax, elle laisse sur-le-champ éclater sa tendresse avec autant d'énergie qu'elle en mettait à la contenir. Chez elle et ses pareilles, la volonté règne en maîtresse ; 1 amour souffle où il lui plaît, mais il ne se laisse voir qu'avec l'assentiment de ses victimes.

Cet amour domestiqué trouve sa forme parfaite dans le mariage; et c'est ici qu'éclate l'honnêteté foncière d'Aguilar. A ses yeux, le mariage suffit à tout, même à faire naître l'amour : « Une honnête femme, a-t-il écrit, aime parce qu elle est mariée, mais elle ne se marie point parce qu elle aime*. » Nul n'a été plus convaincu que lui de la puissance, de la sainteté de l'institution matrimoniale : et si à son origine des intrigues et des compétitions malpropres, dont il a retracé quelques-unes, s agitent trop souvent, elle n impose pas moins le respect à ceux qui l'ont une fois subie. Dans l'aventure de Sophonisbe, Aguilar ne s est pas appliqué à démonter les ressorts psychologiques d une intrigue qui, malgré les efforts de tant de dramaturges et d historiens, reste au fond passablement obscure; il a été surtout intéressé par le destin réservé à la femme coupable. Or, la faute de celle-ci c est d'avoir subi à contre-cœur le mariage avec Syphax, mais la foi qu'elle lui a donnée, elle ne la viole pas, elle se borne, dès qu'il est mort, à se jeter dans les bras que Massinissa lui a tendus. Aguilar n'en approuve pas moins les duretés de Scipion envers elle;

I. La fuerza ciel interés, I : « porque la mujer honrada | quiei-e por

eslar casada, | mas no por querer se casa. »

LV COMEDIA. OOI

par 1 intention, sinon en fait, elle a péché et cela la condamne. Que si rinfidélité a été consommée, si l'épouse adultère s'est obstinée et complue dans son égarement, une mort ignominieuse sera le seul châtiment digne d'elle. Une pièce entière, La venganza honrosa, a pour objet principal de démontrer celte thèse impitoyable. On y voit une jeune fille, Porcia, mariée contre son gré avec le duc Norandino. Sous le déguisement d'un mendiant, Astolfo, dont elle est aimée et qu'elle a toujours aimé, pénètre jusqu'à elle : ils concertent un enlèvement, qu'ils exécutent à la première occasion. Le mari outragé se venge en assassinant sa femme, et l'on voit le père de la victime approuver cette brutale vengeance. Aguilar aurait-il donc éprouvé, en écrivant sa pièce, cette folie de l'héroïsme qui est si contagieuse sur la terre castillane.'^ Nullement. Le père de Porcia, ce Titan de la vertu, symbolise l'inviolabilité de la foi conjugale, Norandino en est le vengeur, et tous deux, par leur exemple, prêchent une leçon de morale domestique. La pièce, dans l'ensemble, n'a rien d'une tragédie; elle prétend, au contraire, montrer le sort habituellement réservé aux épouses infidèles : c est tout au plus un drame bourgeois.

Il y a dans le théâtre d'AguUar une part de satire. Le citadin [)aisible et honnête qu'il était, bien assis dans la pratique de toutes les vertus, ne se privait pas de regarder d un œil railleur les vices, les ridicules ou les abus de son entourage. Il était tout prêt à reconnaître à la noblesse un grand rôle, celui de donner l'exemple^; mais, en fait, il la voyait empressée à faire le mal plutôt que le bien, et, dans ce cas, elle lui semblait particulièrement dangereuse. Ne nous laissons pas éblouir par d€s mérites usurpés. « S'il est bien d'être le fils de quelqu'un, il est encore mieux d'être le fils de ses œuvres-. » Cette fière maxime, qui oppose la lichesse acquise à la noblesse héritée, résume exactement la pensée d'Aguilar; et sa pièce El mercader amante ne fait d'un certain côté que la développer. Le

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