‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 168 sur 343 · IbicL, XLIII, 129 c · texte numérisé non relu

IbicL, XLIII, 129 c

LA CÔMEDIA . OU

entre la forme et le fond qu'il doit d'être resté toujours intelligible.

L'expression la plus claire est-elle toujours la plus naturelle? Aguilar n'en doutait pas, et son style témoigne dans les moindres détails de 1 horreur du convenu. Lui, le lauréat de tant de jeux floraux, il n'a pas craint de s'insurger contre les artifices de langage que la mode imposait autour de lui. Ecoutez un rimeur amoureux dans ses divagations ; il lui faut, pour tracer le portrait de sa belle, plus de rubis, de perles, de diamants, de jaspe ou de corail que la création n'en a jamais produit; il ne s'aperçoit pas, le malheureux, qu'à comparer le visage aimé à tant d'objets précieux, il l'assimile tout simplement à la boutique d'un joaillier* ! Il se peut qu'Aguilar n'ait pas toujours évité ces élégances factices et banales dont il dénonçait si bien le ridicule. Il y a, pour ne pas citer d'autres exemples, à 1 acte second de El gran pafriarca une chanson oii les Nymphes du fleuve Jucar déploient une chevelure blonde — plus belle que l'or du Potosi ! — et laissent couler des gouttelettes d eau — qui semblent un déluge de perles ! Il suffît que la meilleure part du trésor soit pure des alliages suspects, et c est le cas pour notre poète. Il fait dire à ses personnages précisément ce qu'on attendait, non seulement en rapport avec leur caractère, mais encore en rapport avec la situation. A peine pourrait-on lui reprocher un rien de coquetterie ; il est trop correct quelquefois et trop rigoureusement châtié, mais toujours il reste assez souple pour que la libre allure du dialogue n'en soit pas compromise.

Est-ce à dire qu'il s'exprimera continuellement du même ton ? Au contraire, il appropriera son style aux divers mouvements du cœur humain. Selon la situation et le personnage, il sera tendre ou pathétique, verbeux ou concis. Un badinage comme El mercader amante s'élève sans effort en quelques passages au ton de la tragédie. Lisez la scène oii Belisario, pris au piège qu'il a lui-même tendu, s'imagine qu'Astolfo lui a ravi le

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