‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 172 sur 343 · B. A. E., XLIII, 128 a · texte numérisé non relu

B. A. E., XLIII, 128 a

01 0 L AUX DRAMATIQUE A VALEXCIA.

Parmi les sectateurs valenciens de la comedia, Us sont deux, Târrega et Aguilar, qui par la date de leur naissance forment à leurs compatriotes une sorte d'avant-garde. Supposé qu'à A alencia une voie nouvelle ait été ouverte au théâtre national, ce sont eux seuls qui ont pu en tracer la direction, en aplanir les accidents. Il ne s'agit plus maintenant de déterminer la nuance particulière de leur talent, mais, puisque les écrits destinés à la scène mettent en œuvre un ensemble de procédés, puisque, au temps de Târrega et d' Aguilar, ces procédés se sont, en Espagne, fixés sous une forme longtemps immuable, ne peut-on pas préciser la part qu'ils ont prise à cette élaboration.^

Les événements, à cette époque, se sont précipités. Un seul recours paraît valable, celui de la chronologie. Il faudrait, pour bien faire, remettre à leur place dans la chaîne des temps non pas seulement la personne de Târrega et celle d Aguilar, mais chacune de leurs œuvres, celles aussi de leurs contemporains. De l'une à l'autre, dans la lignée ainsi reconstituée, on suivrait les progrès confus qui ont préparé le règne de la comedia.

Le malheur, c'est qu'une pareille entreprise est aujouid hui impossible et qu'on n'entrevoit même pas qu'elle doive un jour être menée à terme. Dans la production ininterrompue et jaillissante du théâtre espagnol, c'était un mince incident que la naissance d'une œuvre nouvelle. Abandonnée trop souvent par l'autevH', comme ces enfants qu'une main anonyme déposait dans un tour à la porte des couvents, nous étonnerons-nous qu'elle ne nous apporte pas avec elle tous les détails que notre curiosité désire .i^ Le cas de Târrega est particulièrement déconcertant : nous n'avons pas sur ses pièces un seul renseignement qui ne soit postérieur à sa mort. Comment donc allons-nous classer les dix comedias qu il nous a léguées? Une seule porte en elle des signes révélateurs, El prado de Valencia. Il y est question

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du célèbre corsaire anglais Drake et de son expédition en quête d'un passage vers le Nord : cela nous reporte à l'année i58G. D'autre part, l'action de la pièce se déroule, tandis qu'une épidémie de peste faisait peser une sorte d'interdit sin- la côte orientale d'Espagne; or, c'est en 1088 et iSSg que le fléau ravagea la Catalogne et un peu aussi la région de Valencia. Il est donc probable que la comedia date de 1089, l'année même où Lope de Vega séjournait à Valencia. Le tournoi dont elle contient une brillante description, n'eut certainement pas lieu avant le i/i septembre 1090, puisqu'il fut organisé à l'occasion du mariage de Dona Lucrecia de Moncada avec D. Francisco Palafoix, seigneur d'Ariza; encore faut-il noter qu'entre le tournoi et la relation du récit l'un des jouteurs, D. Juan Pardo de la Casta, avait eu le temps de mourir, comme le texte même le donne à entendre. Il n'est pas assuré cependant que El prado soit postérieur à ce tournoi; la narration de Târrega ne fait pas corps avec la pièce, comme les allusions à Drake et à la peste; sur cet ornement postiche, qui a pu être ajouté à la veille d'une reprise pour donner à l'œuvre un faux air de nouveauté, on ne saurait juger de l'ensemble qui doit être reporté, jusqu'à preuve du contraire, à l'année 1089.

C'est à peu près tout. Un manuscrit de La sangre leal de los montaneses de Navarra, qui est conservé à la Bibliothèque Nationale de Madrid, porte à la fin une indication fort précise. « Achevé le 27 octobre 1600' ». Mais la date s'applique à la copie, non à la composition de la comedia. Tout au plus peut-on penser, puisqu'on en établissait un double, que la pièce était en cours de représentation et que, par conséquent, elle avait été mise à la scène depuis peu. Au total, deux pièces sur dix dont nous savons ou nous soupçonnons la date.

Sur Aguilar, les renseignements n'abondent pas davantage. Toutefois il vivait encore tandis qu'on imprimait ses pièces, et par là il est plus aisé de suivre les étapes de son labeur. Une pièce, qui est d'ailleurs perdue, El crisol de la verdad'^, fut

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