‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 179 sur 343 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

La vie et les œuvres de D. Guillén de Castro.

I. Uhomme. — Période valoncieiine de sr vie (iGOq-iOo?). — Période errante

(i6o3-i6i8). — Période madrilène (lôig-itiSr).

II. Le drainai urge. — Richesse et variété de son inspiration. — Pièces inspirées par des épiso'des de la vie contemporaine. — Pièces empruntées à riiistoire : histoire religieuse, — histoire profane, — histoire ancienne et mylholoa^ie.

III. Le dramaturge (suite). — Influences qu'il a subies : influence des dramaturg-es contemporains, — influence italienne, — influence espagnole : la Ccmqnisia de Ultramar et les Nueve lihros de las Hàvidas, — Cervantes,

— le Romancero.

IV. Le poète. — Jugements contradictoires portés sur lui. — Leur diversité s'explique par les contrastes qui se marquent dans son œuvre. — Castro et la comedia. — Complexité des intrig'ues. — Insuffisance de la psycholoçfie.

— Le culte de l'honneur et la peinture des mœurs. — Le style : mélange de préciosité et de spontanéité.

Son théâtre après sa mort.

Ni Târrega ni Aguilar n'ont borné leur horizon aux murailles [qui encerclaient A alencia. Ils ont voyagé l'un et l'autre; ils ont pris contact avec les docteurs de Salamanque, avec les beaux esprits de la capitale. Ils appartiennent cependant à la catégorie un peu dépréciée des grands bommes de province ; aux yeux de leurs contemporains comme aux nôtres, leur fortune est liée à celle de leur cité. Il en va autrement de D. Guillén de Castro. Si on le rattache d'ordinaire au groupe poétique du Turia, il le dépasse en réalité dans toutes les directions par la puissance de son génie, par l'histoire de sa vie, par les progrès d'une renommée qui s'est étendue en dehors même des limites de la péninsule. Il n'est pas une célébrité de Valencia, il est une gloire de l'Espagne.

S'il naqiiil valencien, ses aïeux paternels ne Tétaient pas. Son grand-père. D. Beltrân de Castro, qui était né à Moya, dans Factuelle province de Cuenca, vint habiter \alencia aux environs de i538; il s'y fit délivrer des lettres de naturalisation, le ^9 octobre iSAy. Dun mariage avec Doîia Juana Palafox, qui appartenait à la famille des seigneurs d'Ariza, D. Beltrân eut deux fdles et un fils. Le fils, D. Francisco de Castro y Palafox, se maria, le "ilx octobre i568, à léglise Saint- Martin, avec une A alencienne de bonne lignée, Dona Castellana Bellvis, et de cette union notre poète n'allaft pas tarder à naître : il fut baptisé, le 4 novembre iSÔQ, à l'église Saint- Martin*, et sur les fonts oij il fut tenu par son grand-père maternel, D. Guillén Bellvis, et par sa grand'mère paternelle, Dona Juana Palafox, il reçut les prénoms de Joan-Guillén"^.

Guillén ne resta pas seul au foyer paternel. Deux frères lui arrivèrent promptement, et plus tard une sœur, Madeleine, qu^il chérissait tendrement. En 1620, alors qu'ils étaient tous deux au déclin de la vie, il voulut, quoique fort éloigné d être riche, lui faire donation d'une rente qu il devait à la générosité du duc d Osuna, « attendu, déclare l'acte notarié, que j ai reçu d'elle beaucoup de bien et que je lui dois beaucoup

1. Archives de Saint-Martin. Libro segundo de baulismos, f. l\(^o. — Les actes de baptême des frères et de la sœur de Guillén se trouvent à l'église Saint-Etienne.

2. Tableau généalogique (les noms des épouses sont en italique) :

D. Beltrân de Castro D"^ Juana Palafoœ

D» Isabel D. Francisco Da Margarita

Z)« Castellana Bellvis f 1597

D. Guillén D. Juan D. Francisco Da Magdalena

iSôg-iôSi 1570-'.'' 1572-1629 1.578-1O29

LA COMEDIV. 5 /il

d'obligation*. » Elait-il sensible à la séduction d'une femme irrésistible P Les contemporains ont épuisé pour elle leurs louanges les plus délicates, et en fin connaisseur, le poète Boyl la déclarait en lOoo « si belle qu'elle est l'honneur des Castro et l'étonnemenl du monde"-. » Vers la même époque, elle épousa D. Melclior de Figuerola y Borja dont elle eut quatre enfants ; mais sa félicité domestique fut perdue par les méfaits de cette coquetterie dont une jolie femme se défend d'autant moins qu elle sent la vieillesse approcher. En février 1G29, pour se faire un faux chignon, elle acheta à l'Hôpital la chevelure d'une indigente qui venait d'y mourir; bientôt se déclara la maladie dont la propriétaire du chignon était morte et elle en mourut à son tour, le 20 février^. Trois jours auparavant, son mari avait succombé au même mal, et le 6 mars, la funèbre liste allait s'augmenter d'une victime imprévue en la personne d'un religieux, le propre frère de Madeleine, Fr. Francisco de Castro, poète à ses moments, examinateur adjoint de théologie à l'Université et qualificateur du trdjunal de 1 Inquisition.

L'enfance de Guillén se déroula dans la paix du foyer familial. Au début de l'année 1670, ses parents vinrent habiter sur le territoire de la ])aroisse Saint-Etienne, qui était avec celle de Saint-Nicolas la plus aristociatique des églises valenciennes. On ne sait rien de la discipline intellectuelle qui lui fut imposée dans ses premières années. Il y a lieu de croire qu'il ne fut pas abandonné à lui-même ; il a trop souvent insisté dans ses pièces sur les soins que la jeunesse réclame, pour qu'on ne voie pas dans cet éloge d'une éducation vigilante le résultat de son expérience personnelle. Il s'est même complu à l'acte premier de El perfecto caballero à tracer le programme qui convient pour former un honnête homme. La noblesse de la race et la noblesse du cœur, voilà ce qu'il faut avant tout sau-

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