KAC-SIMILÉ DE LA SIGNATURE DE CASTRO SLR SON TESTAMENT
Les tabellions qui commencèrent, dès le 2 août, à dresser l'habituel inventaire après décès, trouvèrent un misérable mobilier. Les vêtements étaient de moins piètre qualité, car le défunt aimait la parure et se défendait avec sa vaillance habi-
1. Cela n'empêcha point Maria Salgado de se remarier, dès le i5 avril 1682, avec Nicolas de Mitarte, comptable de Sa jMajesté. Devenue veuve pour la seconde fois, entre i635 et i638, elle épousa, en troisièmes noces, D. Fabiân de Contreras.
tuelle contre les outrages du temps. Mais la seule, la véritable richesse de cette demeure, c'était le génie du poète. La mort l'avait ravi, la postérité allait en recueillir l'héritage.
Que la renommée posthume de Castro repose toujours sur des considérants très solides, il est permis d'en douter. On l'a loué de confiance, et avec d'autant plus de chaleur qu'on ne tenait pas à y aller voir. Ses comedias nous sont connues tout juste par trois ou quatre exemplaires, disséminés dans les pays les plus divers. Et, d'aulre part, il en a tant écrit, avec une si redoutable abondance et un enthousiasme si débordant! iNéanmoins cette richesse, qui décourageait les bonnes volontés, accroissait la réputation du dramaturge. C'est un mérite d'avoir beaucoup produit, lors même que le résultat ne correspondrait pas toujours à l'efTort, et à mesure que la vie de Castro est mieux connue, la persévérance de son labeur paraît d'autant plus remarquable qu'il la pomsuivi à travers bien des vicissitudes. Quelle différence entre son cas et celui d'un Tirso de Molina ! D'un côté, l'abri sûr dune cellule, où la pensée, affranchie de toute préoccupation, se concentre tour, à tour ou se déploie sans autre objet que de s'exprimer com-J plètement. De l'autre côté, l'incertitude du lendemain, l'esprit,] tiraillé par des soucis discordants, les heures de travail pénible-J ment conquises sur des besognes vulgaires.
A cette rude école, Castro est redevable d'avoir élargi lej champ de ses observations. Tant de spectacles ont frappé ses yeux qu'il en a forcément retenu quelque chose, et bien que] les entraînements de son imagination lui aient souvent fait] perdre le contact avec la réalité, il y a pourtant quelques-unes: de ses pièces qui, jusque dans la disposition de leurs péripéties, semblent reproduire, sans altération, le train ordinaire dej l'existence. Il se peut même que pour deux d'entre elles rexis-| tence qui a servi de modèle soit celle de Castro en personne.
LA COMEDI.V. 5G3
Une tradition ancienne veut qu'il ait fait allusion à ses propres aventures dans sa comedia a Les mal mariés de Valencia )), Los mal casados de Valencia. On y voit deux ménages désunis, un mari qui néglige sa femme pour une maîtresse qu'il ose intioduire, sous un déguisement de page, dans le domicile conjugal; et d'autre part, un mari qui prétend consoler au détriment de la sienne l'épouse délaissée. Il n'y a rien là qui n'ait pu se produire dans l'intérieur de Castro. L'humeur acariâtre et fantasque du maître de céans autorise les hypothèses les plus défavorables à la paix de son foyer.
« Le Solliciteur indigent », Pretender coii pobreza, même si la pièce ne s'applique pas exactement au cas de D. Guillén, met à la scène un épisode fréquent à une époque où la petite noblesse, réduite à la misère, n'avait d'autre recours que de se ruer à la curée des places et des charges royales dont le favori du jour disposait souverainement; pour un exemple qu'il nous cite, Castro avait cent originaux sous les yeux.
De même, il n'a dû avoir que l'embarras du choix pour liouver un modèle réel à la pièce qu'il a bizarrement intitulée : Las canas en el papel y diidoso en la venganza. Il n'est pas sûr que la pièce sous la forme où elle nous est parvenue soit bien celle qu'il a écrite; le recueil dans lequel nous la lisons l'attribue formellement à Calderôn. Mais le \ alencien Diego de Vrch, qui suivait de fort près dans sa ville natale le mouvement dramatique, a noté dans son journal, à l'actif de Castro, une comedia de ce titre, et un manuscrit, où elle est copiée du premier vers jusqu'au dernier, lui en reconnaît la propriété. Elle raconte un enlèvement avec cette circonstance aggravante que l'auteur du rapt se fait prêter main forte par le frère de la jeune fdle. Les scènes se déroulent tour à tour à Tolède, au fond d'une ruelle obscure, dans le vieux manoir qui la borde, et à Madrid, où le séducteur a emporté la belle : Castro connaissait bien l'une et l'autre cité. Il se trouve, d'autre part, que la famille mise en cause dans la comedia est celle de Guevara ; or, Castro aimait à affubler de ce nom les personnages de ses pièces, lors même qu'il n'en puisait pas le sujet
dans les fastes de la famille; voyez, par exemple, comme il en a usé dans El ayo de su hijo. Il n'y a donc pas lieu de lui retirer Las canas en el papel. Remarquons plutôt la conformité de la pièce avec les mœurs contemporaines. Elle appartient à ce groupe de comedias où l'auteur a détaché, pour les fixer sous une forme durable, des anecdotes choisies parmi celles qui se répétaient autour de lui.
11 n'entrait pas dans les habitudes des dramaturges espagnols de copier purement et simplement les intrigues qui se forment par le jeu naturel des événements. Il leur fallait des périjîéties rares et surprenantes, et pour être plus sûrs de les avoir à leur goût, ils les choisissaient dans l'immense réserve de l'histoire ou de la littérature. Peu leur importait que l'épisode, véridique dans son principe, ait été déformé avant d'arriver jusqu'à eux. Ils voyaient, au contraire, dans ces déformations une parure dont ils entendaient tirer parti, un excitant pour mettre en œuvre leurs dons personnels d'invention. Castro, comme ses confrères, a puisé aux sources qu'il trouvait sur son chemin, et l'originalité de l'esprit est rarement allée chez J lui jusqu'à créer de toutes pièces le sujet de ses comedias.
L'histoire offre un choix abondant d'exemples héroïques ou malfaisants. L histoire sacrée, en particulier, était une mine inépuisable. Cependant, nos Valenciens (on l'a vu, en particulier à propos de Târrega) ne paraissent pas en avoir abusé. Trois pièces, au juste, dans la collection des œuvres de Castro peuvent passer pour religieuses.
(( Le meilleur des époux », El me j or esposo, prétend représenter l'histoire de saint Joseph, et, en effet, la pièce recueille avec soin les brèves indications que les évangiles canoniques fournissent sur le personnage, et les anecdotes plus copieuses que les évangiles apocryphes ont complaisamment développées. Le titre, malgré cela, n'est pas en rapport avec le contenu de la comedia. Il est bien vrai que celle-ci se termine sur une scène d'apothéose, où l'on apercevait Joseph, sur son lit de mort, entre Marie et Jésus, parmi une troupe d'anges qui tendent
vers lui les palmes de la béatitude. Mais ce n'est pas à lui que l'intérêt s attache. Une scène, que Castro n'a pas inventée, mais qu'il a trop longucmeut traitée, représente Joseph délibéraut sur la grossesse miraculeuse de Marie, et l'honnête charpentier a beau avoir confiance dans la vertu de sa virginale épouse, il n'en faut pas moins, pour le rassurer tout à fait, que l'archange Gabriel vienne lui révéler les secrets desseins de Dieu. D'un bout à l'autre de la pièce, l'attitude de Joseph ressemble à celle qu'il montre ici : elle tient le milieu entre la la crainte et le contentement, entre la défiance et l'allégresse, et elle se manifeste par une sorte d'ahurissement, plus comique que touchant au jugement de notre siècle, plus touchant que dramatique au gré de D. Guillén. La Vierge, dès |le début, prend dans la pièce la place que Joseph ne suffît pas à remplir. Afin de choisir pour elle un mari, les jeunes gens de sa tribu sont convoqués dans le temple, et une colombe, messagère divine, désigne Joseph au choix de la prétendante. Le mariage une fois consacré, les deux époux se promettent réciproquement une chasteté éternelle, et la jeune mariée se retire dans la solitude, où l'Ange vient lui réciter en vers médiocres la Salutation ancjélique :
Dios te salve. Maria, llena ères de i^racia, cl Senor es contign, nuiger â quien senala y bendize entre lodas.
Au cours du second acte se produit la naissance de Jésus et, à peine né, il passe dans la pièce au premier plan à côté de la Vierge, accentuant du même coup l'elTacement de Joseph. Il était difficile de donner à un nourrisson un rôle en rapport avec 1 importance que doit forcément prendre, dès qu'il paraît, un personnage tel que Jésus ; Castro a ingénieusement tourné la difficulté ; le Jésus du jjremier âge ne se montre dans la pièce qu'une seule fois, pendant une apparition miraculeuse qui s'offre aux regards de l'empereur romain. Après cet épisode, suivi d'une rapide vision du groupe sacré en fuite vers lEgypte,
Jésus a grandi avec une telle promptitude qu'il est déjà capable de tenir tête dans le temple aux docteurs de la loi et de s'exercer, sous la direction de Joseph, à l'apprentissage de la menuiserie. Joseph, par ce détour, est rappelé à l'attention des spectateurs, mais elle ne s'attardera pas sur lui, car sa mort leur est aussitôt représentée. La pièce, dans l'ensemble, procède surtout des évangiles et très peu des légendes propres à saint Joseph; elle s'attache à la Vierge, à l'Enfant-Jésus plutôt qu'à l'humble comparse à qui elle ne doit guèie que son titre. La meilleure preuve de tact que Castro pouvait donner, c'était de s'effacer devant les modèles qu'il suivait, de renoncer à des inventions dont la pauvreté aurait misérablement éclaté, de céder la parole aux livres saints, et son tort fut de les avoir mêlés quelquefois de paraphrases inégales à leur majestueuse simplicité .
Il se sentait plus à l'aise avec l'Ancien Testament. Lorsqu'il voulut y faire son butin, il alla tout droit au Livre de Daniel et à l'histoire de Nabuchodonosor, dont les violences plaisaient à une imagination naturellement farouche. De bonne heure, le théâtre espagnol avait exploité le récit du prophète, mais il s'était attaché de préférence au supplice des jeunes gens jetés, par ordre du roi, dans une fournaise, tel qu'il est rapporté au chapitre ni. En i56i, un char promenait à travers les rues de Séville un spectacle que les documents désignent sous le titre de (( Nabuchodonosor et le four » , El rey Nabucodonosor y el horno^. En i563, à Plasencia, le Père Juan Alvarez, recteur du Collège, fit représenter à la Fête-Dieu une tragvd'ie de Nabuc Donosor, où le supplice de la fournaise fut figuré avec un si parfait réalisme que nombre de spectateurs tremblèrent pour la vie des acteurs'^. Les jirogrès de l'art dramatique amenèrent les auteurs à étendre leur choix aux autres épisodes du livre de Daniel. Mira de Amescua dans « Le plus grand orgueil humain de Nabuchodonosor », La mayor soberbia humana de