Pérez Pastor, Niieros datos acerca del hislrionisnw
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L AllT DRAMATIQUE A VALENCIA.
nacimiento de Moiileslnos, El ronde de Irlos ont dû être écrites par Castro vers la même époque, puisqu'elles ont pris place côte à côte dans la Première parité de son lliéâti'e. Il exploitait méthodiquement un riche fdori.
Il serait long et inutile de poursuivi-e dans le détail la comparaison de ces comedias avec les romances originaux. Qu'il suffise de noter que jamais Castro n a aliéné sa liberté' : il savait, au moment où il semblait le plus asservi à la tradition, s échapper brusquement et afïirmer par quelque trouvaille éclatante l'originalité de son imagination. Jusqu'où son indépendance pouvait aller, il l'a montré le jour où il a écrit en marge du Romaneero une comedia lestée inédite sous le litre de « Les mauvaises habitudes se perdent tard ou jamais », Qalen nialas ma/las ha, tarde 6 nunea las perdcrâ. Il n'y a pas ici de romance, ou du moins je n'ai pas trouvé de romance qui lui ait fourni le canevas de sa pièce, et pourtant ou ne saurait imaginer une intrigue plus conforme à l'esprit du Romaneero , ni des personnages plus fidèlement empruntés aux traditions chevaleresques. Castro s'est proposé de donner une suite à un romance célèbre entre tous, celui de }' aldovinos y el Marqués de Manlaa, où Carlolo, le fils de l'Empereur, tue traîtreusement Valdovinos pour posséder Sevilla, son épouse, et où la victime à l'agonie reçoit du Marquis de Mantoue la j)romesse qu'elle sera vengée. En effet, Carloto meurt à son touren expiation de son forfait. Mais que va devenir Sevilla privée de son mari? Castro a écrit sa pièce pour répondre à cette question ; par là, elle n'est pas seulement un prolongement du
I. (laslro combine qiielijuefois des modèles très did'érenls. Dans E/ ronde de Irlos, il s'est souvenu, en même temps que du romance, d'une nouvelle de Boccace, la neuvième de la dixième journée, qui met en œuvre, elle aussi, le^ thème du retour de l'époux. Pour établir des communications rapides enlrei l'époux exilé et la ville où son épouse l'attend, Boccace a eu recours à la magie. De la même manière, dans la comedia de Castro, on voit l'enchanteur Malsçesij montrer à ('elinos, dans les eaux d'une fontaine merveilleuse, aiusi que dans uni miroir, les prouesses accomplies au loin par le comte Dirlos pour la plus] grande gloire de sa dame. Cette ressemblance et (|uel(pies autres de moindre! importance permettent d'affirmer que Castro avait lu Boccace.
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lomance, mais elle est aussi comme une seconde partie de cette comcdia de El marrjnrs de Mantua, antérieure à l'année iGo/i, dans laquelle Lope de Vega avait fait revivre si magnifiquement, en les élargissant par de grandioses perspectives, les épisodes culminants du romance. Or, Castro a pris son point de départ dans la pièce de Lope encore plus que dans le romance; c'est à Lope qu'il doit cette idée autour de laquelle tournera la comedia, que les vilenies de Galaton et ses conseils empoisonnés sont à l'origine des meurtres commis ' ; « les mauvaises habitudes » dont Castro nous parle dans son litre, ce sont précisément le goût de l'intrigue, l'art du guetapens, la pratique constante de la trahison dont Galalon s'est fait une spécialité. Quant à la comedia, d'une intrigue assez simple, quoique d'ailleurs invraisemblable, elle correspond sur la plupart des points à celle de Lope de Yega : de paît et d'autre, un fils de l'Empereur est en cause, Carloto chez Lope, Uodulfo chez Castro, avec cette différence que l'amour conduit celui-là à un crime et celui-ci au mariage; de part et d'autre, un proche du roi de Dacie est en cause, son fils \aldovinos chez Lope, son neveu Oliveros chez Castro; de part et d'autre, enfin, certaines péi'ipéties sont analogues, par exemple le guet-apens préparé dans une foret au cours d'une partie de chasse. Entre les deux pièces, issues de la même source et que les auteurs ont développées parallèlement l'une à l'autre, il n'y a pas une différence de nature, mais de talent : l'insuffisance de D. Guillén apparaît ici de façon d'autant plus lamentable que rarement son rival s'est élevé si haut, et que rarement luimême est descendu aussi bas.
En résumé, aux traditions primitives de l'Espagne Castio a demandé le sujet des comedias qui ont le Cid pour héros; aux légendes chevaleresques 11 a emprunté à quatre reprises la donnée de ses pièces, et dans les deux cas, le Romancero lui offrait, soigneusement réunis et déjà mis en œuvre, les matériaux
I. D'après Lope (acte I), c'est Galalùa (jiii conseille à Carloto d'ornaniscr une Çraade chasse et, au cours de cette chasse, d'assassiner Valdovinos.
qu'il allait à son tour utiliser. En dehors de ces imitations directes, où le romance a été la source principale de la comedia, il est arrivé à Castro de se rencontrer dans plusieurs de ses pièces avec des romances où le même sujet est effleuré par quelque côté, mais n'est pas traité de bout en bout. Ces romances présentent ce trait commun de raconter un événement historique, d'y faire tout au moins allusion, et il est possible que Castro ait demandé à des annalistes de le documenter plus complètement et plus exactement sur l'époque ou le personnage en question ; mais la comedia n'en a pas moins mis le romance à profit.
Plusieurs de ces pièces, qui relèvent à la fois du Romancero et de l'histoire, touchent à l'histoire du Portugal. La comedia (( Les lois se plient à la volonté des rois », Alla van leyes donde quiej-'en reyes, porte à la scène le même épisode don^ s'est inspiré un romance encore populaire parmi les Juifs espagnols du Levante Ferdinand P' de Portugal tombe amoureux de Doîia Leonor Téllez, qui était mariée avec Juan Lorenzo de Acuna. Le roi, incapable de résister à sa passion, arrache Leonor à son mari et fait d'elle son épouse légitime. Rojas, Coello et Vêlez de Guevara ont écrit sur ce thème une comedia intitulée : Tambien la afrenta es veneno. Or, cette brève tragédie ne se termine par la perte d'aucune existence humaine, mais par la ruine, bien autrement terrible, de toute légalité : la même sentence pontificale, qui avait enlevé Leonor à Juanj Lorenzo, est impuissante à la lui rendre, parce qu'elle se heurte.] au bon plaisir du Roi, et Castro a voulu dégager de la pièce;] une leçon de sagesse politique plutôt que nous intéresser k. l'idylle, si tôt et si brusquement brisée, de Juan Lorenzo avec Leonor. Par là, il lui devenait impossible de tirer parti dans saj pièce du seul romance qui nous reste sur ce thème, puisqu'il' relate dans la note attendrissante la séparation des deux époux arrachés l'un à l'autre, mais si une fois la muse populaire a
I. Menéudez y Pelayo, Aiitologîa de postas liricos cdsfellanos, X, Ma-j drid, 1900, 3o4.
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célébré leur triste aventure, si elle nous a légué dans la poésie recueillie sur les lèvres juives un témoignage de l'attention qu'elle leur a prêtée, comment ne pas croire qu'au temps de Castro d'autres romances avaient cours sur le même sujet, dont il a pu faire son profit pour la conduite et les tirades de sa comedia?
Une autre pièce de Castro, « Le siège de Tlemcen », El cerco de Tvemecen, atteste que les prouesses des Portugais contre les infidèles avaient laissé de profonds souvenirs. Cette comedia est toute inspirée de l'espi-it des « romances de la frontièi-e » : elle rappelle à la fois la poésie jaillie de la terre même oi!i Mores et chrétiens luttaient, et les romances artistiques qui en ont un peu plus tard continué et rajeuni la tradition. Les combats tiennent peu de place dans le siège tel que Castro nous le raconte : la galanterie y est pour tous, chrétiens et infidèles, la grande affaire. D. Tristan trouve aux mains de Clarinda un billet du Comte Dionis, qui exerce le commandement en chef de l'armée portugaise ; il se saisit du papier et, avec l'aide de deuY autres chevaliers; il va le clouer sur la porte de la citadelle ennemie, lançant du même coup un défi aux Mores de Tlemcen. Le défi n"a pas été l'clevé ; les trois champions reviennent sous les remparts, et à pleine voix ils lancent une nouvelle provocation qui semble détachée du Romancero :
A, Moros de Treinecen, Reliquias de los Ahirbes, "Que sobre eslos altos riscos Hicieron fueiles ciudades...
Cependant trois Mores se préparent pour répondre à cet appel : leur armement est décrit avec le même soin scrupuleux que dans les meilleurs « romances de la fionlière », lance de saule ferrée à l'unis, boucher au chiffre de leur maitiesse, casque et cotte de mailles forgés par les mains dun Arabe. Tout cela forme une série de tableaux tracés avec les mêmes traits dont un \illegas ou un Pérez de Hita s'étaient servis. Il n'est pas jusqu'aux circonstances de l'intrigue amoureuse qui ne rap-
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pelle leurs procédés habituels. Aliarda, pour passer de Tlemcen au camp chrétien, a revêtu un travestissement masculin; elle entre comme esclave dans la maison de ce même Tristan dont elle est éprise, mais elle a laissé à Tlemcen un vaillant guerrier, Galvân, qui est tiop amoureux pour renoncera elle; il la suit dans le camp chrétien jusque chez D. Tristan, dont il devient lui aussi l'esclave, en sorte que les deux coreligionnaires se retrouvent en face l un de 1 autre sous le joug de la servitude, à peu piès comme Osmîn et Daiaja dans la nouvelle insérée par Mateo Alemân au livre premier de son Guzmdii de Alfarache. Aliarda, rendue à son sexe, et D. Tristan, rendu à Aliarda, ne tardent pas à sépouser, et leur union scelle l'amitié des Portugais avec le roi de Tlemcen. Cette comcdia, où la sauvagerie d'une guerre inexpiable se caclie sous des mœurs galantes, où les thèmes chers à la littéiature dite « de frontière )) sont exploités méthodiquement, justifie peut-être mal le titi'e qu elle porte, puisque les opérations du siège n'y tiennent aucune place, mais elle s'insère en bonne place dans une abondante série d'œuvres où se marqué le caractère tout spécial, à la fois chrétien et musulman, de la civilisation dans la pémnsule.
La Tragedia por los celos, « La Tragédie par jalousie », s inspire d'une situation qu'un romance de Carvajal, écrit en i442, a complaisamment exposée. Le roi Alphonse V d'Aragon (i4 16-1 A'"i8) délaissait sa femme la reine Doîia Maria; plusieurs poètes, dont les œuvres ont été conservées] dans le Cancionero de Sldniga^, ont chanté la tristesse dej l'épouse abandonnée. Mais la plupart d'entre eux se reportent] à l'époque où le roi, ayant mis la mer entre lui et celle qu'ili avait cessé d'aimer, satisfaisait en paix à jNaples sa passion pour Lucrèce d'Aniano. Castro, au contraire, raconte à laj suite de quelle aventure le roi, contrarié dans ses amoursj coupables par l'opposition de la i-eine, se décida à partir pour]
I. Cancionero de Lope de Slûhiga, côdice dcl siglo XV. Mailrid, 1S72 (l. IV de la Colecciôn de Libros EspaTioles Haros y Curiosos, 817.
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jNaples. Celle qui avait fixé alors ce cœur volage se nommait Dofia Margarita de Hijar; la reine, dans un accès de jalousie, poignarde cette rivale. Cependant, le roi est à la chasse; il aperçoit au-dessus de lui un aigle qui tient dans son bec une blanche colombe ; il entend que l'oiseau de proie c'est la reine et la colombe c'est Marguerite ; il donne l'ordre de tirer sur l'aigle, mais celui-ci laisse tomber sa proie sanglante aux pieds du roi. Dans cette campagne aux horizons effrayants, une voix s'élève aux côtés du roi, celle d'un laboureur, qui chante le romance célèbre :
^, Dûnde vas, el caballeru, dônde vas, triste de ti?
L'angoisse fait tressaillir le roi : il court à Valencia pour y apprendre la mort de sa Marguerite et de là s'enfuir à Naples, loin de la meurtrière. Le Romancero ici a doublement servi à Castro : il lui a fait comiaître Alphonse d'Aragon et le divorce moral qui le séparait de la reine Maria; il lui a fourni d'autre part, avec le « Romance de l'apparition de l'épouse défunte », une péripétie d'un effet d'autant plus tragique que les spectateurs, famih'ers avec ces vers, en comprenaient du premier coup la signification menaçante.
Il faudrait encore, pour n'omettre aucun des points de rencontre entre le Romancero et le théâtre de Castro, énumérer toutes les pièces où il traite des sujets dont le Romancero s'était déjà emparé. On ne peut faire à D. Guillén l'injure de supposer que les amours de Didon et d Enée lui ont été révélées par des poèmes espagnols. Il faut cependant renia r- (pier qu'il existait sur la rencontre fatale du Troyen fugitif avec la Reine bon nombre de romances, et que sans rien apprendre à Castro de ce qu'il savait par ï Enéide, ils ont peutêtre contribué à orienter son choix vers la tragédie de Cartilage. Simple coïncidence, si l'on veut, mais coïncidence significative et qui s'est répétée plusieurs fois, par exemple pour la comedia de Progne y Filoména ou pour celle de La
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manzana de la discordia y vobo de Elena. Par là se révèle le nombre et la force des liens qui attachent son œuvre dramatique au Romancero. Il se place entre Jean de la Cueva, Lope de ^ ega, \ élez de Guevara, parmi ceux qui firent entrer la réserve inépuisable des romances dans le royaume de la comedia et qui donnèrent au genre nouveau, par le contact avec cette poésie nationale, une originalité inimitable. Mais peut-être aucun d'eux n"a-t-il apporté à cette tâche la même persévérance, le même bonheur que lui. Sur une quarantaine de colnedias qu'il nous a laissées, il y en a une dizaine qui relèvent de plus ou moins près du Romancero : c'est une proportion à laquelle je ne sais si Lope lui-même a atteint. Aussi n'y eut-il pas au labeur de Castro une plus belle récompense que celle qui lui échut le jour où un poète populaire d'Andalousie, pour chanter en romance la querelle du Cid et du comte Lozano, s'inspira non plus des chroniques ou des épopées, mais de la pièce des Mocedades * ; c'était mettre le rhapsode au rang des créateurs, celait égaler l'adaptateur à ses modèles. Il serait injuste cependant de réduire 1 œuvre de Castro aux limites du Romancero. Elle les dépasse dans plusieurs directions et il convient d admlier la variété de son inspiration. Ileligieuses ou profanes, antiques ou modernes, espagnoles ou étrangères, les sources oii il a puisé lui sont venues des points les plus opposés de 1 horizon. A passer, même de façon sommaire et incomplète, la revue de ses pièces, il- se dégage une impression qu il est donné à peu d'écrivains de produire, une impression d'opulence. Trop souvent inégal à sa tâche, il a réussi du moins à n en paraître jamais écrasé. Il y avait en lui une force créatrice, le pouvoir de donner la vie et de ranimer les morts.
1. Ce romance, recueilli par M. Rodriffuez Marin, a été publié par Menéndez y Pelayo, Antologt'a de poetas lîricos caste/ianos, X, 187-189.
Castro, si vigoureux que son talent ait été, n'a point créé sans cesse du nouveau. II s'est quelquefois réjjété, il a eu ses habitudes, ses procédés familiers, et sans doute en a-t-on déjà remarqué quelques-uns au passage. Il reste maintenant à en dresser le tableau. On a dit (juelquefois, et on a eu tort de dire, que les comedias d'un Aguilar ne se distinguent guère de celles d'un Târrega', mais personne ne s'est jamais avisé de confondre les œuvres de D. Guillén avec celles de ses confrères valenciens. Qu'est-ce donc qui a rendu la confusion impossible.^ Et puisque nul ne conteste l'originalité de Castro, ori dirons-nous qu'elle réside.^
Ne le demandons à aucun de ceux qui, auteurs ou critiques, se sont évertués à formuler sur lui des jugements. Jamais désaccord ne fut plus complet que celui qui éclata parmi eux. Au dix-neuvième siècle ils se sont partagés en deux camps et, par une étrange confusion, ce n'est pas pour ou contre Castro qu'ils se sont prononcés, c'est pour ou contre Corneille. En vain Allemands et Hongrois se sont interposés entre Français et Espagnols; ils n'ont réussi, comme c'était peutêtre leur ambition, qu'à compliquer et aggraver le débat. Au temps du poète, le dissentiment n'était pas moins profond non pas même entre ses panégyristes et ses critiques, mais entre ses divers admirateurs. Sa malechance voulait que lors même qu'on le portait aux nues, ce fût à chaque fois par des chemins opposés. Cervantes, dans le prologue de ses Comedias, vante surtout chez lui u la douceur et la suavité de son génie'- ». Lope de Vega loue au contraire « le vif génie, la flamme, l'esprit plein de feu de D. Guillén de Castro^ ». Reconnaissons