Eslimense la suavidad y dulzura de G. de Castro
3. Laurel de Apolo. Silva 2» : « el vivo ingenio, el rayo, | el espiritu ardienle 1 de don Guillén de Castro. >>
6o8 L ART DRAMATIQUE A VALEXCIA.
que ni l un ni l'autre n'avaieiil tort: la contradiction était moins de Icui- côté que du côté de don Guillén. H nest nul besoin d'invoquer à ce propos la médiocre perspicacité de Cervantes, aussi piteux critique qu il était grand écrivain. Il suffit, pour lui donner gain de cause, de relire El mejor esposo. D'un bout à l'autre, la pièce déborde d'onction, et on dirait volontiers, si 1 on osait reprendre une expression de Gallardo, que les trois actes en ont été écrits avec une plume arracbée à l'aile d'un ange. Feuilletons maintenant une autre comedia choisie, comme El mejor Esposo, dans la catégorie des pièces religieuses. Les sombres horreurs de El prodigio de los montes, les péiipéties extravagantes de El reiiegado ari-epe/itido, justifient le jugement de Lope sur l'ardeur et la véhémence de son confrère. C'est lui qui a raison maintenant, de même que Cervantes avait raison tout à 1 heuie. En réalité, jamais une œuvre dramatique n a réuni en elle tant de contrastes.
Des oppositions se laissent voir entre les pièces de Castro jusque dans la leçon qui s'en dégage. Tantôt le bien, tantôt le mal triomphe. Les tirades de Rodrigue, toutes remplies d'une vertueuse fierté, sonnent encore aux oreilles du lecteur quand il se heurte dans telle autre pièce, par exemple : dans La vevdad averigaada y enganosovasamieido, à de louches manœuvres, qui vont de la part d un mari jusqu'à exiger de l'amoureux de sa femme l'argent dont il a besoin pour subvenir aux fantaisies de sa maîtresse. Est-ce donc pour ou contre la morale que Guillén de Castro travaillait? Il semble, dans la Secomle partie de son théâtre et sur la fin de sa vie, s'être davantage préoccupé de rendre sensible, par le titre, la signification de ses pièces : (( Ce que vaut 1 honneur », Cuanfo se estima el honor, — a La justice dans la pitié », La justicia en la piedad, — « Le vice est.dans les extrêmes », El vieio en los esiremos, — « La force de l'habitude », La fiierza de la costumhre. C'est plus qu'une étiquette, c'est un programme qu'il inscrit au frontispice ai ses pièces. Ne nous y fions pas, car le contenu n'est point tou^ jours en rapport avec l'apparence. En réalité, on pourrait dégager du théâtre de Castro, selon la pièce et selon les disposi-
tions de cliacuii, aussi bien des leçons de grandeur d'àme que des exemples de mauvaise vie.
D'une pièce à l'autre la différence n'est pas moins considérable en ce qui touche à leur arcliitectui'c. Tantôt l'intrigue, peu chargée de matière, court d'une allure rapide et directe à son dénouement. Tantôt les coups de théâtre se multiplient, l'action se perd dans un réseau désordonné de ramifications. Ici. aucune prudence dans la conduite de la pièce, la vraisemblance foulée aux pieds, et quand d'aventure l'envie en vient à l'auteur, les inventions les plus incohérentes, sans qu'il se refuse jamais le plaisir de céder à l'élan de son imagination. Là, au contraire, une sagesse véritable à éviter les surprises déconcertantes, un soin attentif de marquer à quel point l'action est parvenue", et de résumer clairement la situation, en sorte que nous nous sentons conduits par une main sûre et que la sollicitude de l'auteur supprime de notre part toute velléité de résistance*. Le nombre des personnages, non moins que leur altitude, change avec l'humeur du poète. Dans La vcrdad averiguadd ils sont quatorze, sans compter un écuyer et un groupe de suivants dont le nombre est laissé à la bonne volonté de l'imprésario-. Cette foule, qui devait encombrer la scène étroite des théâtres, se réduit de plus des deux tiers dans El vicio en los estremos : on y voit tout juste cinq personnages qui sont renforcés à certains moments par un gracioso, une soubrette et deux musiciens, mais qui n'en sont pas moins à eux cinq les protagonistes véritables de l'action. Ainsi éclate, dans
1. Par exemple, dans La verclad aoerirjuada, à la fin de l'acte II, le laquais Ccibena est chargé de résumer la situation :
« ... ya entre cuatro tienen
una mujer dos maridos,
y un marido dos mujeres. « Cf. aussi, dans Ln verdad (werigiiada, I, la tirade « Rigurosa cosa empreodo », où Àlvaro n'a pas d'autre objet que de bien marquer de quelle façon l'inlrigue s'engage.
2. De même, dans El conde Dirlos, au moment du sarao (]ue Castro a mêlé à sa pièce, il y a eu scène quatorze personnages : Carlomagno, D. Gaiferos». Melisendra, (ialalôn, Durandarte, Belerma, D» Aida, Marfira, Leonora, D. Beltràn, iluldân, Reynaldos, conde de Irlos, infante Celinos.
Gio l'art dramatique a yalencia.
la disposition des pièces, celte variété extrême qui caractérise le talent de Castro.
Le ton change avec une égale facdité. Non qu'il ait mêlé de façon indiscrète le comique avec le tragique. La verve qui l'emportait, s'accommodait mal de ces arrêts, ou tout au moins de ces transitions, auxquels il aurait bien fallu quelle se prêtât pour prendre insensiblement les tons les plus dilTérents. Il allait droit au but, mais ce but changeait selon les occasions. « Les mal mariés de ^'alencia », Los mal casados de Ycdencia, et El Narciso en su opinion sont de charmantes comédies, avenantes, enjouées, et oii même ne manque pas cet art de la demi-teinte qu'on appelle l'humour. Lisez, au contraire. Alla van leyes donde quieren reyes, lisez Progne y Filoména, et tant d'autres pièces remplies d'aventures tragiques : vous serez choqués et quelquefois écœurés par 1 insensibilité farouche, par la barbarie sanglante des personnages et des événements. A peine peut-on croire qu'un même auteur a su manier avec une aisance égale le badinage et le pathétique, la comédie et la tragédie.
C est un cas insolite, mais bien espagnol, que celui d'un auteur qui a poussé la diversité de son talent jusqu'à se mettre en contradiction avec lui-même. Ces oppositions tranchées sont peut-être ce qui frappe le plus dans un examen superficiel de cet ample théâtre. On conçoit, lorsqu'on les a relevées, le dissentiment de Lope avec Cervantes. La régularité, la discipline et cette maîtrise de soi qui aboutit à une parfaite coneclion, mais aussi à la froideur, voilà ce qu'il ne faut pas attendre de D. Guillén. C était un génie rebelle aux règles, impatient de la servitude. Il était primesautier et impulsif. Le ligoter dans une formule, ce serait le trahir.
Echappe-t-il donc à notre prise .^ A vrai dire, les contrastes qu'on aperçoit dans sa manière ne lui sont pas personnels. Ils sont inhérents au genre de la a Comedia » autant qu à la nature de son esprit. La Comedia a réalisé ce paradoxe, de combiner une extrême liberté avec une discipline rigoureuse. La discipline se fait sentir en ce qui concerne la disposition et
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la structure de la pièce, car il n'est point une seule pièce qui se soit alTrancliie de l'obligatoire division en trois actes ; il n'en est pas une seule qui ait été écrite autrement qu'en vers dans des rythmes convenus ; il n'en est pas une seule qui n'ait accueilli bon gré mal gré certains types traditionnels, le galon et la dama, le gracloso et la cr'iada. La liberté, au contraire, était illimitée quant à la matière de chaque pièce. L'auteui", ici, faisait entrer de tout, les larmes et le sourire, l'émotion et le burlesque, l'éloquence et le lyrisme, et peut-être quelques écrivains trop bien doués ont-ils réuni tant de choses, et si diverses, que l'ensemble ne se distingue guère d'un potpourri. Les fautes de goût, trop communes et trop choquantes, n'ont point empêché les générations de reconnaître les mérites de ce type oîi la souplesse du fond s'allie à la rigidité de la forme; chacun, tout en profitant des avantages d'une tradition déjà établie, pouvait verser à l'aise dans l'accueillante comedia les conceptions changeantes de son esprit. Le moule oii les chefs-d'œuvre de notre théâtre classique ont été coulés avait peut-être la même inflexibilité, mais la tyrannie de la forme n'était pas compensée chez nous par la liberté infinie de l'invention.
Castro s'est rendu compte des prérogatives que la comedia lui conférait. Défauts et qualités, contrastes et contradictions, tiennent chez lui, pour une bonne part, au genre qu'il cultivait. 11 est la comedia incarnée : il en remplit toute la définition, il en exalte les mérites, il en exagère les défauts. Il est né au monde du théâtre à une époque oi\ la comedia était déjà canstituée. Târrega et Aguilar, ouvriers de la première heure, ont connu les hésitations du début. Lui, du premier coup, il s'est senti maître d'un outil solide, forgé par des mains expertes pour des besognes définitives.
Aucune hésitation ne se laisse surprendre dans ses œuvres, ni sur la méthode, ni sur l'exécution. Il ne mettait pas en doute que le théâtre ne fût parvenu de son temps à un point où aucun progrès nouveau n'était encore possible : a II est certain, a-t-il écrit dans El curioso impertinenfe. que le
Gi2 l'art dramatique a valencia.
llléâtre est actuellement en Espagne dans toute sa perfection... Les comedias espagnoles méritent assurément d'être vues et d'être écoutées, car elles plaisent par-dessus toutes les autres, et quiconque ne les aime pas est un sot'. » Cette exécution sommaire des adversaires est bien dans la manière de D. Guillén. Chaque fois qu'il a parlé théâtre, il s'est abstenu de toute discussion de doctrine. Les dissertations qui faisaient rage de son temps, celle du Pinciano ou de Cascales, les plaidoyers des hommes du métier, ceux de Lope de ^ ega ou de Ricardo de Turia, le laissaient aussi ind:ITérent que s'il ne s était point agi de l'œuvre même à laquelle il avait confié ses espérances de gloire. Il avait une foi compacte, robuste, que l'incrédulité ou les soupçons ne mordaient pas. Tout juste s'animait-il un peu pour entamer l'éloge de Lope, ou pour se plaindre de la concurrence que la pléthore des dramaturges faisait aux vétérans du métier. Dans Engunarse engunando, il rend hommage au maître qui l'a initié aux secrets de l'art dramatique et auprès duquel tous les rivaux disparaissent : il est, déclaret-il, (( l'honneur de lEspagne », honrador de Espana-. Les
I. Il convient de citer en note ce curieux passasse, dont une partie seulement est traduite dans le texte :
« Bueno es que Plauto difunto Pues sale como el Aurora
nos de ley eu su Alcoran ; la que haze Reyna, o Princesa,
sin duda en Espana estan y por Dios que la Duquesa
estas cosas en su puuto. no parece tan Senora.
Sin duda alli se acrisola Los Espanoles merecen
sin melindres, de Poesia por sus Comedias, por ellos,
la gala, la argenteria tanlo oyllas, como vellos,
de la ag-udeza Espanola. pues con todo guslo ofrecen.
Représenta un Espanol Lo que importa es preuenillas
un galan enamorado, los que vinieren a vellas,
y parece en el tablado ingenios para entendellas,
como en el Oriente el Sol. y prudencia para oyllas,
Haze un Rey con tal afeto, Porque merezcan tambien
que me parece al de Espana ; silencio, yo al menos siento
de suerte qui a mi me engana, que es de mal entendimento
y obliga a tener respeto, quien no la escucha bien. »