I. El ayo de su hij'o, III, v. 1874 sq
6t4 l'art" dramatique a valencia.
longue période, qu'elles ne nous représentent pas seulement une crise, mais l'histoire suivie du héros ou de l'héroïne. Comparez la première partie des Mocedades del Cid avec la tragédie de Coineille. ^ ous serez fiappés de tout ce que la pièce espagnole nous foiunit de renseignements sur le Cid considéré en dehors même des circonstances de son mariage. Cependant, Castro s'est ici restreint plus qu'à son ordinaire. Il a horné son sujet dans le temps, et comme pour se dédommager il a écrit ensuite une seconde partie, qui lui a permis de revenir à ses hahitudes et de retracer de hout en bout les aventures de son personnage. Il ne lui semblait pas possible, quand une fois il avait résolu de nous intéresser à un pcisonnage, de nous laisser ignorer ses moindres titres de gloire. Les pièces qui lui ont été inspirées par un romance laissent surprendre son procédé. A l'ordinaiic , le récit traditionnel fournit seulement la matière du second acte. En deçà et au delà de ce récit, le dramalurge anticipe et prolonge à son cré 1 histoire dont le romance lui fournissait seulement les
épisodes culminants. Il s'ensuit que l'intérêt s'attache moins à la solution d'un problème psychologique ou moral (pi à la pliysionomic du personnage cenli'al. Celui-ci, puisqu'il remplit la pièce entière, puisqu il lui confcie seul une apparence d'unité,; s impose à notre attention. Autour de lui, les événements s'accumulent sans norme comme sans retenue. Le goût pour; l'action, si général dans le théâtre espagnol à toutes les époques, trouve largement de quoi se satisfaire. A des yeux délicats, la; pièce parait suichargéc de péripéties ; mais cette surchaige estune condition pour que s épanouisse l'énergie dans la passion, la violence dans les sentiments, qui ont été, dans la psychologie de la comedia. les traits essentiels et constants.
La matière surabonde et, parce qu'elle surabonde, elle n'est pas ordonnée. La disposition du plan, l'art patient du cons^ tructeur qui ménage de savantes perspectives, la régularité du dessin, la claité de l'agencement, vodà des préoccupations que D. Guillén n'a guère ressenties. 11 a profité, il a abusé de cette liberté toute voisine de l'anarchie, que (( l'art nouveau d(
faire des comedias » consentait à ses ressortissants. Il se lance à 1 aventure, avec la fougue d'un explorateur qui s'avance sur des terres vierges. Son théâtre semble une création perpétuelle, un jaillissement incessant. Tout s'élance et bouillonne. C'est la beauté- d un torrent débordé, non celle d'un fleuve aux nappes limpides et reposées.
Si longues qu'elles soient, la plupart des comedias de Castro sont très rapides; elles semblent courir la poste. II faut, en effet, déblayer vite et beaucoup pour réunir tant d'événements dans les trois heures réglementaires de la représentation. Castro a senti la difficulté de condenser en si peu de temjis une si longue histoire, et il a cru l'éviter ou la tourner en supprimant les transitions. Nous ne voyons pas chez lui le passage d'un sentiment à un autre, d'une situation à une autre; nous voyons seulement des situations et des sentiments successifs. De toutes les passions humaines, il n'en est point qui se prête mieux à l'analyse que celle de l'amour. L inclination naissante qui grandit peu à peu jusqu à fondre deux êtres indifférents ou hostiles, voilà pour le psychologue et le dramaturge une série d'observations à faire, un lent progrès à retracer. Castro ignore les gradations : pour lui, l'amour naît soudainement par la seule vue d'une femme qui plait. Il s'impose irrésistiblement et se rit de la volonté qui essaie de lui résister : « Par des raisonnements, par des séparations j'ai résisté à l'amour, déclare un pei'sonnage de Ingratitud por amor^ ; mais lui, hostile, rebelle, aveugle et téméraire, à mesure qu'il sentait ma résistance, il s'est obstiné davantage et il m'a laissé vaincu. » Or, au théâtre, les transitions, parce qu'elles marquent les vicissitudes de laction, doivent tenir la place principale. Une pièce, en bonne logique, n'est qu'une longue transition, le