Grimaltos. « Y es bien en alto lua^ar
tratarte de cosas allas.
Sabese sobre vn monte. »
El nacimienio de Montesinos, III.
2. Parlant de ceux (jui ont franchi en envahisseurs les limites du royaume de Naples, ce connétable déclare :
« Oualro bezes los eché De sus limites, trayendo
la portent de si lourdes obligations, il le nomme a ce cercle de métal qui est un ornement pour la tête et un poids pour les épaules*. » Ainsi, l'œil du poète et celui du lecteur sont frappés simultanément par une vision.
Ce style maniéré, ce langage subtil, ce vocabulaire de convention n'étaient point pour Castro des acquisitions péniblement faites et laborieusement conseivées. Par une rencontre extraordmane, il était iialurcllenicnt [)rc(ieux; je veux dn"e que toute cette préciosité, qui nous paraît le fruit de longues veilles, coulait cbez lui comme de source. D'autres expriment leurs idées par longs morceaux dont tous les membres sont liés et qui, d'une marcbe continue, voni juscpiau coup final. Lui. il procède tantôt par petites phrases saccadées et haletantes, tantôt par hrustpics élans désdrdoiinés. Le sou1)resaut irrégulier et violent est son allure habituelle. Peu lui importe les répétitions, les mêmes mots et les mêmes tours repris avec monotonie. Peu lui importe les consliiietions pénibles, qui font violence aux mots et jetlcnl sur la phrase comme un voile d'obscurité ;
,Vueslras respuestas Y voces mal lanlas dudas Puedcii dexar satisfrclias.
Ingralitnd [ior anior, 2/|99-2r)oi.
Dans cet exemple, l'adverbe, contrairement aux préceptes de la grammaire et du bon sens, est isolé du verbe qu'il modifie. Ailleurs, d autres mots s'égarent en rupture de ban, des constructions laborieuses s'enchevêtrent. Aucune innovation n intimidait l'auteur lorsque, en proie à linspiration, il s agitait sous leiret du délire bienfaisant. Il y a chez lui des mots nou-
El desengano â los ojos
Y à las espaldas cl miedo. »
Ingratitiid par amor, 1 1 i - 1 1 4 .
« Este circule pequeno Para las siencs adorno
Y para los ombros peso. »
Ingratitiid por arnor, 200-202.
veaux, ou employés dans un sens détourné, ou altérés dans leur forme, de même qu'il y a dans sa versification une extrême variété de rythmes. Il redouble les expressions, il mesure et prolonge les crescendo, il multiplie l'ornement par surabondance d'invention, il contourne les formes par caprice d'imagination. Bref, il n'a voulu laisser inemployée aucune des ressources du vocabulaire ou de la poésie. Si vraiment sa comedia de Dido y Eneas a été représentée à ^ alencia en iSgg, il y a lieu de croire qu'il fut le premier à user à ^ alencia, dans une comedia, du vers quehrado à côté des vers complets ou entiers dont Târrega et Aguilar se servaient exclusivement jusque-là. Il y avait donc en lui un don de créer qui se manifestait trop souvent dans un sens dangereux, mais dont la beauté s impose. Les excès dont il s est rendu coupable en écrivant on peut les accepter, on peut même s'y complaire, comme ses contemporains 1 ont fait, d'abord parce que en s'y abandonnant il suivait la pente naturelle de son esprit, ensuite parce que au lieu d indiquer une faiblesse ils manifestent une force .
La conclusion que l'étude de son théâtre comporte, il y a longtemps que la postérité l'a dégagée. Du jour où il eut disparu, elle lui resta fidèle. Ses pièces furent encore représentées, non point seulement celles que leur sujet ou les beautés de leur facture recommandaient à l'admiration, mais encore les plus obscures, les moins heureusement inspirées, celles dont nous consentirions volontiers le sacrifice. En iG4i, on reprenait à ^ alencia El mejor esposo. Dido y Eneas, au témoignage de Vêlez de Guevara, était colporté vers iG35 de village en village, et la même pièce, en octobre iG53, était soumise au visa de l'autorité ecclésiastique par une troupe qui s'apprêtait à la jouer. Une vingtaine des comedias de Castro nous ont été conservées dans des manuscrits', les mêmes dont les acteurs se servaient pour apprendre et répéter leurs rôles. Or, presque tous ces manuscrits datent du milieu ou de la fin du dix-sep-
I . Sur ces manuscrits cl sur les pièces citées, cf. la bibliographie.
632 l'art dramatique a v.vle>cia.
tième siècle. Y a-t-il une preuve plus convaincante de la popularité persistante réservée aux œuvres de Castro ? Longtemps après sa mort, ses comedias restaient encore vivantes. Comme tout ce qui vit, elles ne se conservaient pas seulement, elles se transformaient et elles se développaient. Des poètes, plus empressés que scrupuleux, s'emparèrent des dépouilles de D. Guiilén, et ils s'en firent à peu de frais une parure. Moreto, par exemple, prenait modèle sur El ■Xarciso en sa opinion pour écrire El lindo Don Diego, et il empruntait dans Hasla el fin nndie es dirhoso les données de Enganarse enganando. D'autres, plus modestes, mais moins intéressés, placèrent sous le patronage du grand dramaturge des œuvres qui n'étaient point de lui. Dès 1628, dans une liste de comedias*, on attribuait à Castro un lot important de pièces, dont la plupart ne le touchaient à aucun degré, et plus tard, sous le couvert d'une homonymie partielle, on glissa à son actif telle pièce, Primero al rey que al honor, qu'il convient de restituer à Bermûdez de Castro. Tous, qu ds aient voulu l enrichir ou l appauvrir, ils lui ont rendu involontairement hommaij^e. La masse robuste de son œuvre leur en imposait, et si déjà des lézardes en com- j promettaient la solidité, l'impression qu elle laisse, c'est encore | celle de la puissance.