‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 198 sur 343 · I. BuHctiii hisp(ini(jne, VIll, aunée njoO · texte numérisé non relu

I. BuHctiii hisp(ini(jne, VIll, aunée njoO

I. Pourquoi il convietil d'-irrrlcr ici cet. essai. Multiplicité croissante, mais importance décroissante des dramaturs^es et des teuvrcs dramatitiues. Miij;'uel Beneyto (f iGoo). Carlos Boyl (i577-itM7). Ricardo de Turia.

II. Résumé de ce livre. Y a-l-il eu une école drarnatii|ue à Valencia?

Si Giiillén de Gasti-o, aux environs de l'année iGoo, a qnillé Valencia pont- ne plus y revenir qu'à intervalles irréguliers, ce n'est point seulement par caprice. Il avait le sentiment que dans sa cité natale la période historique de l'art dramatique était close et qu'un talent aussi vigoureux: que le sien ne pourrait plus s'y épanouir ti l'aise. Non que le public s'y désintéressât du théâtre; son empressement aux représentations de la Olivera se maintenait à peu près constant et le goût du speclacle s'était si bien répandu qu'on jugea opportun, en 1618, d aménager à grands frais, pour donner asile aux troupes de campagne et à leurs clients, un édifice entièrement nouveau, conçu sur un plan ambitieux et construit avec des soins raffinés. Mais les acteurs, qui de plus en plus résidaient à Madrid, s'y approvisionnaient de pièces nouvelles et ne s'approvisionnaient que là. Le répertoire qu'ils offraient à la curiosité locale vers iGao a pu, pour quelques-uns d'entre eux, être entièrement reconstitué. 11 est significatif que pas une seule œuvre valencienne n'y figure, sauf deux ou trois comedias de Guillén de Castro, qui à cette date était depuis longtemps naturalisé madrilène. Les excès de la centralisation avaient brisé à Valencia le ressort des initiatives. La floraison de la comedia y fut d une brièveté singulière. Elle ne commença guère avant i58c),

lors du premier séjour de Lope de A ega, et au début du dixseptième siècle elle avait déjà jeté ses plus beaux éclats.

Cependant une foule empressée de disciples s'agitait, d'autant plus nombreuse que, les initiateurs disparaissant, chacun prétendait à les remplacer. Trois noms se détachent, qu il convient au moins de citer. Miguel Beneyto, Carlos Boyl et Ricardo de Tuiia ont pris place, au même titre que leurs chefs de file, dans les deux recueils des Doze comedias faniosas et du -Xorle (Je ht poes'ia espanola. Peut-être ont-ils dû cet honneur moins à leur mérite quà leur situation sociale; mais la postérité n'y a point regardé de si près et elle les a confondus, bien à tort, avec ceux dont ils n'étaient exactement ni les égaux par le talent ni même les contemporains.

Miguel Beneyto, dans ce trio, est le seul dont l'activité dramatique ait coïncidé avec celle dâ Castro et de Târrega. Il naquit probablement vers la même époque que D. Guillén, entre i565 et 1570; il épousa, le 27 août iSgo, à la paroisse Saint-Etienne', Doua Maria Perpinân , fille d'un riudadano, Juan Jerônimo Perpinân, et ici encore sa destinée se déroulait parallèlement à celle de Castro, qui devait se marier un peu plus lard, dans la même église, avec une \ alencienne de bonne lignée. La mort interrompit brusquement cette symétrie : au cours de l'année iGoo ou au début de iCoi, elle enleva- Miguel Beneyto à son épouse, qui vivait encore

1. Arch. lie Saiut-Etienne, /-/6/'e de Desposoris... de/ an;/ i.'>('tS fins 16.20 : « A 27 [Agost iBqo] f'orcn csposats Mateu Miiçucl Beneilo caualler i dona Maria Perpinya filla de Juan Hieroni Perpiiiya ciutad. Testes Mig-uel nofre de Cas ciulada i Frances uidal niercader. lia [licencia] die \[\ niaii lâyo. »

2. Le 17 février lôgg était baptisé à l'église Sainl-Etienne un fils de Miguel Beneyto, qui d'ailleurs ne vécut pas. L'acte de baptême [Llibre de haleigs, f. 72 ,v) mentionne le père comme encore vivant. D'autre part, un Mémoire d'avocat, alegaciôn en derecho, indique que, le 18 juillet 1601, Juan-Bautisia Beneyto, père de Miguel, fit par-devant Miguel Francisco Sese, notaire, un tes- ; lamenl par lequel il instituait pour héritier son petit-fils Leonardo à défaut de son fils Miguel, décédé. La mort du poète Miguel Beneyto se place donc entre i février 1099 et juillet 1601. — h'alegaciôn en derecho, qui fournit ces curieux] renseignements, en même temps que beaucoup d'autres, s'intitule : Por Francisco Vaziero yeneroso, // dona Maria Perpiraai con dona Juana Valero. Elle est signée à la fin : El Dotor Braulio Esleuan. Elle porte l'indication

eu 1639, à son père Juan Baulista qui le suivit de piès dans la tombe, à ses deux enfants, Leonardo et Paula, dont le premier mourut en avril ou mai 1617, et dont la seconde se maria le i3 mars i(jii avec \ icente Vaziero'. La pièce qu'il avait écrite était déjà orpheline lorsc[u'elle fut imprimée dans le recueil de 1608. Mort également à cette date de 1608 Tàrrega, dont les six pièces formaient, avec celle de Beneyto, plus de la moitié du volume. En fait, à l'apparition de ce livre, qui prétendait répandre ou ranimer la gloire des poètes locaux, la comedia à \ alcncia ressemblait à une nécropole.

Aussi bien la littérature avait tenu une place restreinte dans la vie de Beneyto, et s'il la cultiva, ce fut plutôt par mode que par goût. Sa famille"^, qui appartenait à la meilleure bourgeoisie ou même à la petite noblesse, avait fourni à la cité plusieurs magistrats'^; elle tenait une place importante dans la vie municipale. Miguel en profita pour se répandre dans les salons, dans les cei'cles littéraires, dans les académies et i2,alainment il paya tribut aux Muses. Le Cancionero de l'Académie

Imprimatur Gorribau F. Adiioc. Je l'ai trouvée daus un volume a|)partenant à S(MTano Morales el qu'il désig'nait Varias in-fol. ly.

1. Leonardo Beneyto avait été baptisé à Saint-Etienne le 7 novembre iSqS U bre de hafeigs, t". 59). 11 ajouta à son testament un dernier codieille par (levant maître Jusepe Climcnt le 2g avril 1617. — I^e mariasse de Paula Beneyto l'ut célébré à Saint-Etienne. « Foren desposats, dit l'acte de mariage, en casa de la mare de dita contrahent por lo reclor Gaspar Scolano. »

2. Généalogie de la famille de Miguel Beneyto (le nom de l'époux ou de l'épouse est indiqué en italiques) :

Miguel Beneyto, -j- avril i558, Jerôiiiina Ferrando de Cornaleres.

Juan-Bautista Beneyto, -^ nov. lOoi.

lues Antist.

Jerùnima Beneyto. MIGUEL BENEYTO.

Jaune l{(ij (tel Perpinàn. Maria Perpiiîâa.

Paula lieneyto. Leonardo Beneyto.

Vicente Vaziero. 1595-1617.

3. Le père de notre Miguel Fut jurât en 1092. Un autre Beneyio, Miguel Juan, iuljudicia en lo civil en 1577.

des Nocturnes, le Cancionero de Duque de Estrada, El Prado de Valencia nous ont conservé un nombre plus que suffisant de ses élucubrations. Ti'ès honnête homme, à ce qu'il semble, et qui ne se laissa point tourner la tête par des succès mondains. Ses amitiés, ses relations ne lui faisaient pas oublier la famille. Sa sœur Jeronima avait épousé un frère de sa femme, Jaime Rafaël Perpifiân*, et on vivait heureux entre soi dans ce cercle de braves gens. Miguel, au besoin, mettait à profit ses connaissances techniques pour la composition de ses poésies. Juriste, il avait lu les œuvres du jurisconsulte français André ïiraqueau, et dans ses lourds in-folio il trouva matière à un conte en vers"-, tant il était expert à marier l'agréable avec l'utile. Quant à sa comedia El hijo ohedienle, il avait trop de bon sens pour en tirer vanité. C'est une œuvre sage, correcte, réfléchie, à laquelle manque seulement l'inspiration.

Il n'est pas possible d'imaginer opposition plus complète que celle qui éclate entre Beneyto et son cadet Carlos Boyl. Celui-ci fut à son heure l'enfant terrible de la littérature valencienne. Sa vie est un roman prodigieusement divers, où le rire alterne avec le pathétique, et dont le dénouement se colora d'un sang homicide. Quelques traits, choisis parmi ceux dont

1. Archives de Santo Tomàs, Libre de Jesposoria, à la date du 4 mars i585l inariaçe de » Jaunie Raphel Perpinya, senor dcl locli de niirartor del règne Ai Valenlia, y Da Hierouyrna Beneyto, donzella, filla de Joan Baliste BeneyIoJ caualler ». I^c mariaçe fut célébré « en casa de la senora D» Joana de .Moneads en lo carrer de Cosuie Alexandre. Foren présents y testinionis lo exceienlissiii conpte de Aylona, virrey de Valentia, y D. Pedro de .Moncada, capita de h guardia ».

2. Ce conte se trouve à la fois dans El Prado de Valencia, p. i 1 1 de mot édition, sous le litre de El cuento que piden los Iiiezes para que rue de/i mi prenda, et dans le Cancionero de los Xoclurnos, sous le litre de La noveladei

Tiraqiielo a proposito del discurso. Les œuvres de Tiraqueau (•]- i558) ont éti publiées en 1075. Elles semblent avoir été fort connues à Valencia. Dans Cancionero de los Xoclurnos, le licencié Gaspar Escolano écrit : « Iniitandd en esto dize Tiraquelo a la naturalcza, la quel ensena à la sau^az repùblica di las abejas... » (I, f. i5o v.); et, de son côté, Manuel Ledesma {Rccoginiienlak dans un curieux discours en alabança de la injusticia : « El severo Licur«f(3 mandô en sus rigurosas leyes, como lo quenta Andres Tiraquelo, que no se çastigasscn los hurtos. » Ibid., f. 3i3 v.

les archives gardent encore le secret, aideront à deviner la physionomie de ce gentilhomme, qui mania la plume et l'épée avec la même absence de scrupule. Son père, D. Valerian Boyl. né en lo^a, était lui-même un vrai gibier de potence; il assassina, le Jeudi saint de Tannée loyS. un personnage considérable, Fiancisco Granulles, qui avait été à plusieurs reprises jurât, justicia et député. Quoique marié à Doua Luisa Servato, il se montrait grand amateur du beau sexe, et d'une liaison irrégulière il eut une fille Eufemia et un fds Carlos, qui naquit* vers 1077; il le fit légitimer selon la procédure habituelle par les Cortès de l'année loSo". Joueur, débauché et brutal, D. \alerian se trouva réduit aux pires expédients lorsqu'il eut dissipé la dot de sa femme et compromis les revenus de la seigneurie de Masamagrell, dont il était titulaire. Quelles leçons il aurait pu donner à son fils si seulement il s'était occupé de lui, on ne le devine que trop. Par bonheur, Carlos fut abandonné à lui-même, et dès le 5 mai iSga, à

I âge de quinze ans, il fit ses débuts, sous le surnom de Recela, à l'Académie des Nocturnes : il aurait pu tourner plus mal.

Avec un tempérament comme celui qu'il avait reçu par héritage, la littérature ne pouvait être pour lui qu'une accalmie entre deux bourrasques. Il se jeta à corps perdu dans les plaisirs. Deux fils naturels ne tardèrent pas à lui naître. L'un, Valerian Boyl, passa en prison une partie de sa vie^. L'autre, Carlos Crespi-Boyl, fut dabord désavoué par son père, qui le déposa un beau soir à la porte de la maison où le Docte ui- Juan-Bautista Guardiola, avocat y?5ca/ de Sa Majesté, habilait:

1. La date de la naissance se déduit d'une déposition faite par devant justice en iGGg : « Dix que li par a ell testimoni [Joseph Climent, notaire] li'ndria huy lo dit Don Carlos molt mes temps que te cU testimoni, perque ya era home, quant lo mataren, conforme 11 par, de quaranta anys. » A. H. N. Matrîcula de Pli-i/os de Aragon, leii^ajo 4°- Proses del Conde de Albatern contra lo Pare

II Adininistrador de D. Gonzalo de Castellui, f. 84 et 85. La bagarre où Boyl trouva la mort se produisit en i6[7. Si à cette date il avait quarante ans, la naissance survint donc en 1077.

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