Cf. Bulletin hispanique, VIII, année 190G, 164 et
3. Archivo del Palacio Arzobispal de Valencia. Dispensas malrinioniales, Lio 53, no 68.
au moins sccllcrenl par leur naissance la réconciliation des partis hostiles : Frueia Boyl, baptisé le i/^ mars i0i5, et qui devait épouser à Madrid la helle-soéur de Guillén de Castro, Doua Isabcl Salgado, Margarita Boyl, et Carlos-Roc Boyl.
Lorsque ce dernier venu fut baptisé, le ig août 1G18, son bretteur de père avait déjà trouvé dans une embuscade la seule mort qui lui convînt. Aux aboids de la cathédrale, dans les derniers jours de novembre 16 17, il leçut d'un adversaire inconnu un coup d épée qui le laissa plus de quinze jours entre la vie et la mort. Dès le premier moment il se trouva si défaillant qu'on jugea impossible de le transporter chez lui ; dans une maison voisine il fut recueilli et soigné. Le 25 novembre il fit son testament, et le 8 décembre il mourut*, après avoir fait sa paix — pour la première fois de sa vie — avec Dieu et avec les hommes.
Cette existence si agitée n'avait guère laissé de place aux jeux pacifiques du théâtre. Les bibliographes attribuent à Boyl une prétendue comedia, El pastor de Menandra, qui est en réalité un recueil de poésies lyriques. En dehors de El marido asegurado, il ne travailla point pour la scène, et ce fut grand dommage, car sa pièce, toute pétillante de verve, dessinée avec fermeté et où le relief ne manque ni dans la peinture des caractères, ni dans la disposition des péripéties, était riche de promesses. Elle n'était pas, à vi-ai dire, assez dégagée de l'influence de certains modèles. Guillén de Castro, en paiticulier, avait induit son jeune émule à la recherche de la force et à 1 abus d'expressions conventionnelles : c'est sans doute à ces imitations trop peu dissimulées que les contemporains se référaient lorsqu'ils le traitèrent de pirate. Nous sommes avertis par là que l'ère des tentatives originales était close : le talent,
1. Arcliivo de Santo Tomâs, Libro de Rational del any 161 j, f. 164 r. et v. « 1G17. A a 8 de Dehembre mori don carlos boil parrochia nostre, en la parrochia de St Père perço que H pegaren vna estocada y nol pogueren portar a sa casa, es miger ab S' Pere... A 9 de Dehembre... soterrarem al dit don carlos en predicadors. »
64o l'art dramatique a valencia.
même lorsqu'il ne manquait pas, comme c était le cas de Boyl, se mettait à la remorque.
Ricardo de Turia montra encore moins d'indépendance, sans offrir en compensation des dons poétiques égaux à ceux de Carlos Boyl. Ce pseudonyme, dont les initiales R. T. corresdent à celles du nom véritable, cachait un magistrat, Pedro Juan de Rejaule y Toledo, sur lequel on possède très peu de renseignements. Tout juste peut-on ajouter à la notice de Barrera que D. Pedro Rejaule, Jue: de lo criminal, eut maille à pai'tir avec l'Inquisition, dont il molestait impitoyablement les familiers '. Ce que nous savons du moins avec certitude, c'est que si Boyl est chronologiquement postérieur à Beneyto, Turia, de son côté, naquit à la littérature deux lustres environ après Boyl. La plus ancienne de ses comedias, La bellgera Espanola, est précédée d'une loa « pour le premier jour oii la troupe de Porrâs l'a jouée à \alencia. » Cette indication reporte la représentation à l'année 1601, mais il n'est pas très sûr que Porrds n'ait pas occupé de nouveau la Olivera à une époque plus tardive qui s'accorderait mieux avec la biographie présumée de Ricardo. De tous les dramaturges valeiiciens qui ont collaboré aux deux recueils collectifs, Turia est le seul qui n'ait pas appartenu^à l'Académie des Nocturnes : c'est sans doute qu'en 1092 il venait à peine de naître. Ni dans les concours poétiques, ni dans les anthologies si nombreuses aux environs de l'année iGoo, son nom ne se retrouve. Il semble un tard venu.
Il n'en profita que mieux des leçons de ses aînés. Sa comedia, El trlunfante niartirio y gloriosa maerte de San Vicente, hijn de Huesca y patron de Valencia, qui chante les louanges non pas de saint \incent Ferrier, bien que celui-ci y tienne un rôle, mais d un autre saint ^incent, est construite sur le modèle du San Luis Derfrdn, d'Aguilar : on y voit à la scènî
I. A. H. N. Inquisiciou de Valencia. Libro de actus 0, lejçajo i". — Infoh macion sobre agrauios ij vaxasiones que se hacen a los familiares de Inquisicion de Valencia por los ministros reaies deste Reyno, f. 164 v. 166 r.
CONCLUSION. C)\j
filiale le suiiil sur sa ('oucIk' inoiiuaiie apparuîlie dans une apothéose suprême. La bel[(jer<i Espailola est inspirée de la Araucaita, que les ^alenciens ont exploitée avec prédilection : Gaspar Mercader en avait extrait à sa manière une longue narration*, Ricardo de Turia s'en est souvenu pour mettre à la scène les révoltes des Chiliens contre la domination espagnole. Dans Lafe pagada, qui se déroule à \aples ou dans les environs, les incursions des pirates harbaresques coupent l'intrigue de péripéties incohérentes; dans La barladora hurlada, l ingénieuse disposition des épisodes communique à l'action une plus grande vraisemblance. Les deux pièces néanmoins souffrent du lomanesque banal dont leur trame est faite. Elles évoquent l'idée de développements déjà connus, de tableaux déjà vus. Plusieurs situations coïncident avec celles que Guillén de Castro avait déjà exploitées'-. Plusieurs métaphores semblent détachées des meilleurs passages d'zAguilar''. Turia faisait son butin sans vergogne chez les meilleurs maîtres. 11 se montra envers eux un élève docile et dévoué. En lui éclate la servilité et l insignifiance, qui sont, aux environs de l'année i6i5, la règle commune des dramaturges valenciens. •
Au total, si en 161G, pour patronner El norle de la poesia espanola, les éditeurs s'adressèrent à Boyl et à Turia, s'ils sollicitèrent de i un le Romance a un Ucenclado que deseaba liacer