‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 23 sur 343 · Tome I, colonnes · texte numérisé non relu

Tome I, colonnes

de la recommandation de prier les exhortations déjà fort concises que l'ermite de la « Légende » adresse à son néophyte. Pourtant, si indigent qu'il nous paraisse, le Mystère valeucien n'est arrivé à la forme sous laquelle il nous est connu que par voie d emprunt : c'est de Castille que lui sont venus ces pèlerins qui, arrêtés dans leur voyage par l'impétuosité des eaux, ont recours, pour les traverser, à l'obligeance de Christophe, et la provenance de cet épisode nous est révélée par le chœur final l estas pohres romcros | <^/ue van a Jérusalem, qui est écrit en pur castillan. Or, si l'intervention des pèlerins et la complainte de la conclusion ont entre elles un rapport évident, elles constituent lune et l'autre, dans un spectacle dédié à saint Christophe, une interpolation fort incongrue.

Combien mieux approprié le « villancico » Xpoval, alégrate, qui sert de conclusion à l'auto castillan ! Manifestement, on a voulu, <à un certain moment, pour des raisons qui nous échappent, provoquer les aumônes des Valenciens en faveur des œuvres de la Terre-Sainte, et dans ce dessein on s'est avisé d'une addition plus ingénieuse qu'heureuse, qui nous représente à la fois les tribulations des pèlerins de Jérusalem et la nécessité de les secourir. Peut-êlre quelque clerc indigène a-t-il imaginé, sans secours étranger, la rencontre des pèlerins et de Christophe ; en tout cas, l'invocation à saint Christophe, qu'il place dans la bouche de ses personnages par un anachronisme irréfléchi, prouve que cette scène postiche a été rédigée spécialement pour prendic place dans un mystère consacré au saint. Mais les strophes, d'ailleurs altérées et incomplètes, qui visent en terminant à émouvoir la charité publique, viennent sûrement d'ailleurs, peut-être de quelque ritournelle ou complainte habituellement chantée par les pèlerins mendiants qui pullulaient encore au seizième et au dix-septième siècle. Au demeurant, la nationalité valencienne du mystère n'est pas compromise par ce placage.

Le (( Mystère du roi Hérode », étant d'une trame plus riche, prête à plus de soiq^çons. et le début de l'ouviage les confirme d'abord par l usage du mot loa, qui est purement

castillan, puis par le libellé du titre : Un acte nou traduit niisteri vulgarment dit. Si toutefois il y a eu traduction, il a fallu qu'à deux reprises, et pour des œuvres différentes, un auteur valencien se soit mis en quête d'un modèle castillan, et l'ait ensuite fait passer dans sa langue, car on a vu que jusqu'à une date très avancée le Mystère, qui pour nous forme une œuvre unique, donnait lieu à deux spectacles indépendants. Cette répétition, en deux occasions complémentaires 1 une de l'autre, d'une épreuve, qui était par elle-même insolite, met déjà en défiance contre l'indication que le titre fournit ; et cette défiance augmente dès qu'on trouve dans le mystère des traits de mœurs proprement valenciens : ceux, par exemple, qui donnent tant de piquant et de portée satirique à la proclamation convoquant au nom du roi Hérode les mères de famille de la huerta avec leurs nourrissons. Sommes-nous donc en présence d une œuvre originale .f^ Nullement; mais nous retrouvons, transplantés à Yalencia et librement accommodés, des thèmes très fréquents clans l'ancien théâtre religieux. Le début de notre Mystère rappelle la vénérable représentation des Rois Mages, qui se jouait, au début du treizième siècle, dans la cathédrale de Tolède. Il n'est pas jusqu à la réunion en une trilogie de r Adoration des Mages, de la Fuite en Egypte et du Massacre des Innocents, qui n'ait été une habitude de nos pères. Associés dans l'évangile de saint Mathieu (ii, 1-18), ces trois épisodes le sont encore, par exemple, dans la « Nativité, la Passion et la Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ ». d'Arnoul Gréban, comme ils devaient 1 être plus tard à \alencia. Sur un seul point, notre anonyme ^ alencien fait preuve d'originalité : dans la Fuite en Egypte, il tire un parti vraiment dramatique de la miraculeuse maturité des moissons, qu'il n'a d ailleurs pas inventée. Les sbires, lancés après la Sainte Famille, apprennent d'un laboureur qu'au passage de celle-ci il semait à peine le grain; le voyant maintenant levé et déjà mûr, ils ne se doutent pas que cette transformation a été 1 œuvre d'un instant et ils renoncent à une poursuite où les fuyards semblent avoir une avance considérable : la nature, par

sa complicité, communique à l'intrigue une puissance mystérieuse.

Notre auteur, quel qu il fut, a montré par là une entente de la scène que ni en France ni en Gastille on ne devait montrer sur ce point au même degré. Dans le « Jeu des Trois Rois », qui, est du quinzième siècle, un laboureur donne des indications sur la route à suivre aux Rois Mages, à la recherche desquels Hérode a envoyé ses satellites, et cette intervention du (( bonhomme qui semoit son bled » était si connue au début du quinzième siècle qu'en i43i elle était figurée à Paris dans une représentation mimée, sans aucun commentaire oral, et que cependant le public la comprenait*. Dans Yaucio de la H aida de Egipto"^, le rôle de guide auprès de Joseph et de Marie, tandis qu'ils s'enfuient vers l'Egypte, est tenu par un vieux laboureur, assisté d'un rustre, qui fait l'office de hoho; le lal)Oureur, au moment où surviennent les fuyards, s'occupe des semailles (v. i33, i34), mais l'auteur n'a pas mis à profit ce détail dans la suite de sa pièce, comme devait le faire si ingénieusement notre \alencien. Ce trait heureux suffirait à conférer au « Mystère du l'oi Ilérode » une originaHté nullement méprisable. Adaptation de modèles courants? Oui, certes. Imitation servile ou traduction littérale? Non, assurément.

Le (( Mystère d'Adam et Eve » est calqué si fidèlement sur la Genèse que l'idée vient difficilement de lui chercher des ressemblances en dehors du livre saint. H y a pourtant une œuvre qui rivalise avec lui d'exactitude dans l'interprétation du texte sacré. G est un aulo de Bartolomé Palau, un Aragonais malgré son nom catalan, mais un Aragonais dont la Victoria de Chris fo fut imprimée à Valencia chez Juan Navarro en i5~o. Gette œuvre considérable, qui au cours de ses six parties, subdivisées elles-mêmes en une série d autos ou scènes, embrasse l'histoire de l'humanité depuis le Péché originel jusqu'à la Rédemption, faisait partie naguère encore du

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