I. Rouanet, II, i
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par quarante poètes du crû à roccasion d'un concours en riionneur de la Vierge, et nous avons là une preuve que, si d'autres inspirations, l'inspiration satirique notamment, soutenaient parfois nos Valenciens, ils ne laissaient pas de puiser à des sources plus pures des œuvres d'un ton moins frivole. Leur foi chrétiennne s'épanchait en élans lyriques ; pourquoi n'auraitelle point pris la forme de poèmes dramatiques? C'est ce que comprirent deux des meilleurs, Bernard Fenollar et Pierre Martinez, dont la collaboration engendra, en 1^93, une,(( Histoire de la Passion de Notre-Seigneur Dieu Jésus-Christ avec quelques autres méditations selon l'évangéliste saint Jean ». De cette œuvre on a célébré souvent la beauté pathétique*, mais on n'a peut-être pas assez remarqué que l'émotion qu'elle dégage naît pour une bonne part de son agencement, et celuici est si conforme aux exigences du théâtre que ce récit de la Passion pourrait, sans grande difficulté, être mis à la scène. Pas un seul vers proprement narratif; tout y est en dialogues ou en monologues, placés dans la bouche de personnages historiques, Jésus, les Juifs, l'Evangéliste saint Jean, ou de personnages allégoriques, tels que l'Eglise. Sans doute l'action languit : elle est présentée à notre esprit moins par les circonstances qu'elle comporte que par les méditations que ces circonstances font naître. L'on surprend cependant dans cette œuvre achevée le point de contact entre les mystères de la Fête-Dieu et l'art plus raffiné de l'école valencienne. Dès l'année 1 1[00 un des chars de la procession représentait Lo devaUamcnl de la Creii; ne serait-ce pas en le voyant passer dans les rues que nos poètes auraient conçu leur Isloria de la passio? Concours poétiques à la louange de la Vierge ou des saints, éclosion de toute une poésie religieuse qui prend, le cas échéant, la forme dramatique, ce sont à la fin du quinzième siècle manifestations du même ordre que l'apparition de nos trois Mystères qui vont, vers le même temps ou quelques années plus tard, atteindre leur plein développement. Le degré seul