‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 275 sur 343 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les Édifices.

Les lliéàtres de lurtune; — le théâtre provisoire de la (^onf érie de Saint-Naicisse; — le théâtre d<" la Olivera; — le théâtre des Santets; — reconstruction de la Olivera en 1618.

Deux courants se marquaient nettement, vers i58o, clans l'art dramatique, à Valencia. D'un côté, le groupe formé autour de Juan de Timoneda par des g"ens dont plusieurs, comme Lope de Rueda et Alonso de la Veg-a, étaient eux-mêmes des acteurs, visait à mettre sous les yeux d'un auditoire, recruté dans tous les mondes, un spectacle où la verve le disputait à l'imprévu, où des silhouettes plaisantes s'agitaient dans des imbroglios indéfiniment renouvelés. D'un autre côté, des poètes, nourris des préceptes de la poétique grecque ou romaine, plus soucieux de la dignité que de la popularité de leur art, édifiaient des œuvres où les réminiscences classiques slimulaient et contenaient à la fois l'essor d'une imagination naturellement tragique. Déjà le public s'était prononcé en faveur du théâtre populaire contre le théâtre savant, en faveur de la pièce jouée contre la pièce

lue. Mais si le succès du genre national était dès lors certain, il n'était pas unanimement reconnu. Cette reconnaissance, il ne l'obtiendra que le jour où on aura créé pour lui l'instrument nécessaire, c'est-à-dire une salle et un matériel de spectacle, un théâtre enfin qui soit en même temps l'auxiliaire et la consécration de son triomphe.

A en croire Jovellanos', Valencia aurait possédé, en 1626, par l'initiative et sous la g-érance de l'Hôpital, un édifice destiné à abriter et à favoriser les représentations dramatiques. Cette affirmation, en faveur de laquelle les Valenciens les plus désireux d'y croire n'ont jamais pu fournir l'ombre d'une preuve, tombe d'ellemême si l'on tient compte de l'état de l'art dramatique en Espagne à l'époque indiquée ; au début du seizième siècle, l'heure des théâtres permanents n'avait pas encore sonné.

Il fallut pourtant que, vers i55o, un local se trouvât dans Valencia qui pût offrir à des représentations encore timides un g-îte provisoire. A ce moment, en Espagne comme en France, se constituèrent ces « troupes de campagne » dont les voyag-es en zig-zag à travers cités, villages et bourg'ades allaient répandre, jusqu'à en faire un divertissement national, le goût et la pratique du théâtre. Lope de Rueda, Alonso de la Vega, d'autres avant et après eux, firent étape, avec l'espérance d'une recette fructueuse, dans l'opulente cité du Turia. Où donc abritèrent-ils leurs jeux?

On ne possède là-dessus aucun renseignement certain.

I . Memoria para el arreglo de la policîa de los espectàculos ij diversioites pùblicos. — B. A. E., p. 489 a.

Il est probable que leurs premières représentations furent données honnemenl dans la cour même de l'auberge où ils logeaient. Le [)ublic, friand de ces fêtes, s'habitua vite, chaque fois qu'une bande comique était de passag"e, à l'aller chercher au même endroit, et il se peut bien que l'aubergiste, pour retenir une clientèle profitable, ait fait quelques aménagements spéciaux, aussi modestes qu'on le voudra, mais appréciés ég'alement des acteurs ou des spectateurs, comme, par exemple, de disposer des bancs autour de l'emplacement ou de réserver un facile accès aux fenêtres pour les personnes de distinction. Tant y a qu'en i56G, au témoig'nage d'Orellana, qui avait puisé le renseignement dans un acte notarié', l'une des rues de Valencia portait le nom de Carrer de les Comédies, d'où l'on peut conclure avec certitude non seulement à la fréquence des spectacles dans Valencia dès cette date, mais encore à l'existence d'un local habituellement usité pour ces spectacles. Peut-être ce local él ait-il Vhostal del Camell, qui servait, dès octobre 1^77, à des exhibitions publiques', et où, en 1698, se réfugiaient encore des saltimbanques auxquels l'Hôpital avait refusé le théâtre de la Olivera, promis à une troupe rivale. Reconnaissons dans cette auberge l'un des berceaux de l'art dramatique à Valencia. Si à vingt années d'intervalle on y a donné des spectacles, si modestes qu'on les sache, nous sommes assurés qu'elle en a vu d'autres, plus relevés, plus riches d'intentions et de promesses.

Rien de plus simple que le cadre dans lequel le spec-

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