I. Sanchis Sivera, i(j
LES ORIGINES. 5l
son chapitre s'est toujours réuni depuis lors, où saint Vincent Ferrier enseigna la théologie, où peut-être s'improvisaient, aux jours de fête, par la plus gracieuse des métamorphoses, les couUsses d'un théâtre. Oui, la Seu pouvait donner asile, dès le milieu du quatorzième siècle, au mystère tel qu'il nous est parvenu; elle le pouvait, mais rien ne prouve qu'elle l'a fait.
Il n'est même point assuré, si l'on s'en tient à un rapide examen , que notre mystère soit d'origine purement valencienne. Il présente des ressemblances frappantes avec des œuvres nées indiscutablement hois de Valencia, comme s il était une importation venue de loin sur les rives du Turia. Que 1 on regarde vers n'importe quel pays du voisinage, partout on lui trouve un modèle ou une réplique. En Catalogne, c'est la Representaclô de la asumpciô de madona Santa Maria^, qui remonte à la fin du quatorzième siècle; dans le royaume de Yalencia, c'est le fameux auto de ElcJie qui, sous sa forme actuelle, date de la première moitié du seizième siècle-; en Castille, c'est toute une série de pièces analogues à la nôtre ^, dont l'une surtout, celle qui commence Bios eterno, Rey del Cielo, mériterait d'être retenue pour une comparaison plus attentive; en France, c'est le mystère de « l'Assomption de la Vierge^ », dont les 3.000 vers ou 3o.ooo mystères et les trente-neuf personnages écrasent sous d'interminables développements une intrigue banale, et il n'est point douteux que la liste pourrait encore être allongée. Cependant, à mesure que les termes de comparaison se multiplient, il y a plus de chances pour que les rapports entre eux soient moins étroits. De fait, quelques
1. Publiée par D. Juan Pie dans la Revista de la Asociaciôii Artistico- Arqueolôgica Barcelonesn (juillel-oclobre 1898).
2. 11 suffira de renvoyer à un article de Felipe Pedrell dans le Sammelbande der internationalen Miisikgesellschaft, Leipzig-, 1901.
3. Rouanet, Autos, Farsas, etc., nos XXXI, XXXII, LXII. Cf. aussiau t. IV, 437, un auto, qui est vraisemblablement celui décrit par Salvâ, no i io3.
4. Sur ce mystère, cf. Petit de Julleville, op. cit., 470-472. Entre l'arrivée des Apôtres et le conseil tenu aux Enfers, le texte indique : « Pose pour aller disner. « Or, notre mystère valencien se termine ainsi : « E axi cantant ordinatim uajen sen al capitol per despular se, e aqui almorçen si han de que. »
02 L ART t)RAMATI<}tJE A VALENClA.
traits communs à tous nos mystères se révèlent à première vue : apparition de l'ange qui annonce à la Vierge la proximité du trépas et lui remet une palme d or, réunion de tous les apôtres pour assister et ensevelir la mourante, intervention du Christ ou de la Sainte Trinité pour recueillir l'âme de la défunte * ; mais ces épisodes étaient en quelque sorte fondamentaux et par suite inévitables dans des pièces qui avaient choisi pour sujet la mort de la \ierge. La disposition même de l'intrigue était imposée par la légende, et c'est pour cela que nos représentations comportent, toutes, deux phases, le trépas d'abord, puis l'enterrement de la Vierge. Quant aux péripéties variables, que nos auteurs ont développées au gré de leur fantaisie, telles que l'attaque des Juifs contre la Vierge, l'incrédulité de saint Thomas, les entreprises hostiles des démons, — leur présence simultanée dans plusieurs mystères s'explique par la communauté des sources. Peu d événements ont été autant exploités que la mort de la Vierge par les écrits apocryphes, tels que VHisforia donnifionis et. assumptionis bealœ Mariœ Virginis, dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, et presque toutes les légendes, après une abondante floraison, se sont desséchées et fixées dans la « Légende dorée^». Faut-il s'étonner si de là elles sont passées, pour y retrouver une vie nouvelle, dans la littérature dramatique primitive .'^ Le miracle, ce n'est point que notre mystère valencien éveille le souvenir d'oeuvres analogues; c'est, au contraire, qu'on ne puisse pas instituer entre elles et lui de comparaison précise. On a tenté de le rattacher par une filiation rigoureuse aux deux mystères dont il se rapproche le plus par la langue, celui de Catalogne et celui d'Elche^. Il serait l'original primitif qui, en se modifiant par un progrès insensible, aurait abouti aux versions catalane et ilicitaine; représenté dès l'origine dans l'église d'Elche, saluons en lui le vénérable ancêtre des spectacles qui s'y donnent encore à chaque mois d'août. Rien de moins solide que cette hypothèse. L'auto d Elche,