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CHAPITRE PREMIER Les origines du théâtre religieux

La restauration du calholicisma à Valencia au temps do Jaime ler.

I. — Spectacles organisés à l'occasion des fêles du culte catholique : la

colombe de la Pentecôte, — la crèche et le théâtre aérien de la Noël, — l'Ange Gardien, — l'Assomption.

II. — La Fête-Dieu : pourquoi elle prend une importance exceptionnelle, — la procession et ses accessoires, — les entramesos ou roques, description et construction, — substitution des peisonnages vivants aux statues, — recrutement des acteurs, — lieu et date des premières représentations, — progrès dus aux fêtes royales.

III. — Les mystères de la Fête-Dieu : importance croissante des roques, — leur popularité, spectacles qu'on y donnait; — les trois mystères conservés, — analyse de ces mystères, — vicissitudes par où ils ont passé et date de leur composition, — sources et imitations, — la poésie religieuse à la fin du quinzième siècle dans ses rapports avec le théâtre.

l\ . — Le théâtre religieujc en dehors de la Fête-Dieu : le mystère de V Assomption et Mort de la Vierge : analyse. — Son caractère scénique. — La mise en scène. — Où a-t-il été joué".' — Ses sources et ses prétendus modèles. — Sa langue et sa date. — Sa musique et sa versification.

Conclusion : les pièces jouées à l'intérieur des églises révèlent un art plus avancé mais (le moindre avenir que les pièces jouées en dehors des temples.

Le 9 octobre 1288 le roi Jaime I" fit son entrée solennelle clans Valencia reconquise. Son premier soin fut de se rendre à la mosquée principale et d'y établir, à la place des « impuretés )) de l'islamisme, le culte catholique. Il s'appliqua ensuite à favoriser de tout son pouvoir les fondations pieuses et il aida

4 LAUr nilAMATlQUE A VALENCIA.

personnellement une maîtresse délaissée, Dona Teresa Gil de Vidaure, que la peste avait défigurée, à créer, pour y faire retraite, le somptueux monastère de la Zaidîa. Grâce à la protection royale que les successeurs de Jaime P"^ lui continuèrent, la religion des vainqueurs poussa bientôt de fortes racines dans celte terre privilégiée. A vrai dire, durant le Moyen âge, les habitants, surtout dans les faubourgs et la banlieue, n'en restèrent pas moins en majorité sectateurs de Mahomet plutôt que disciples du Christ. Mais celte persistance de l'infidélité ne fit pas tort aux progrès du catholicisme. Loin de là : les cérémonies du culte acquirent vite dans la patrie de tant de saints fameux, au siège de tant de confréries et corporations pieuses, une importance et une splendeur, qui en firent promptement d'incomparables spectacles.

On a souvent montré comment de la célébration des offices en présence d'une foule impressionnable, est né, par un progrès insensible, le théâtre religieux. Il a sufii pour cela que de la récitation des textes sacrés on en vint à leur représentation, remettant à l'officiant et à ses acolytes le soin de figurer les personnages du drame divin et de couper à la manière d'un dialogue les paroles rituelles. A Valencia les choses ne se passèient pas autrement qu ailleurs ; mais précisément parce que dans cette très grande ^ ille. mi-musulmane, mi-chrétienne, le souci d'un apostolat jamais terminé surexcitait l'ardeur de la foi et concédait aux manifestations religieuses une valeur exceptionnelle, le souvenir s est conservé jusqu à nous de ces fêtes catholiques, où la séduction de la mise en scène se mêlait à l'enseignement de la religion.

Quel empressement à représenter sous les yeux des fidèles les principaux épisodes du Nouveau Testament! Au jour de la Pentecôte, pour figurer la descente du Saint-Esprit sur les

Apôtres, on voyait dans la cathédrale, à la messe et aux vêpres, une colombe qui, grâce à un mécanisme, descendait de la voûte sur le maître-autel, tandis que par des pièces d'artifice ingénieusement disposées elle semblait lancer des éclairs et montrait à la multitude les langues de feu dont parle 1 Ecriture.

Sans doute l'édifice supportait mal les ravages de cette pieuse artillerie, car l'évêque Vidal de Blancs ( 1 356-1 SSg) proscrivit à la fois les fusées et l'apparition de la colombe. Mais après lui, cet usage, promptement rétabli, prit chaque année une importance croissante. En i463 le spectacle ne comportait plus seulement la descente de la colombe, quoique celle-ci fût maintenant machinée avec une ingéniosité extrême; il y avait en outre un décor, où l'on voyait le soleil et la lune, éclairés par un quinquet à l'huile, et une figuration, qui réunissait les Saintes femmes et la \ierge, celle-ci représentée par une statue, puis les douze Apôtres, quelques pèlerins et un groupe de Juifs, dont le rôle était tenu — au moins en partie — par des prêtres et dont le déguisement, entre autres pièces curieuses, comprenait un masque ^ Tout cela dura et se perfectionna jusqu'à l'année 1A69, où des étincelles égarées sur le maîtreautel allumèrent un grave incendie; à la suite de quoi la cérémonie fut définitivement supprimée-.

La Noël se prêtait tout naturellement à un spectacle plus varié, plus touchant que celui de. la palometa. Le clergé catholique, qui de nos jours encore dresse à chaque mois de décembre une crèche dans ses églises, avait de bonne heure établi en Espagne un usage analogue : dès le milieu du treizième siècle, dans la loi des Sept Parties, mention est faite d'une représentation consacrée à « la naissance de Notre-Seigneur Jésus- Christ, dans laquelle on voit comment l'Ange est venu trouver les pasteurs, et comment il leur a dit que Jésus-Christ était

1. Sanchis Sivera, 469, n. : « doni quatre reals pcr comprar aludes per ferse caretes, cames e braços per als contrets... »

2. Cf. Villanueva, Viaje à las iglesias de Esp., I, i53-i54. — Milà, VI, 212. — LIorenle, I, 58o. — Sanchis Sivera, 467.

6 LAUT DRAMATIQUE A VALE.NCIA.

né* ». Rien de tel à Valencia jusqu'à une date bien postérieure : le témoignage le plus ancien remonte seulement à i432 ; il est vrai que la « leprésentation de la glorieuse nativité de Jésus- Christ » dont il nous parle, se pratiquait depuis quelque temps déjà, à en juger par la perfection qu'elle avait dès lors atteinte. Les registres du comptable de la cathédrale, qui ont été pour la plupart conser\és'-, portent pour les années i^Sa-i^^o le relevé très instructif des frais que cette « représentation » entraînait. Le spectacle était double : aérien et terrestre. Dans les airs, entre la voûte et le chœur, évoluaient non seulement la colombe, qui renouvelait au milieu des pièces d'artifice ses prouesses de la Pentecôte, mais un appareil bien autrement compliqué : c'était Varaceli, sorte de piédestal mobile ou de plate-forme, sur lequel était placée la Vierge Marie avec l'enfant Jésus dans ses bras et un ange, qui tenait une fleur de lys. h'araceli se détachait de la coupole à un endroit oii des nuages en papier laissaient apercevoir dans sa gloire Dieu le Père, entouré d'anges porteurs de flambeaux. La descente, puis la remontée se faisaient-elles sans incident? Il arriva au moins une fois, en t44o, que les fusées provoquèrent un incendie, mais on n'a conservé le souvenir d aucune chute, plus dangereuse d'ailleurs pour le public que pour les passagers de Varaceli, car ceux-ci n'étaient que des statues grossièrement faites avec de la bourre de lin et des cerceaux de tamis. En bas, sur l'estrade édifiée à cet effet, une autre Vierge et un autre ange faisaient pendant à la \ ierge et à l'ange de Varaceli, avec cette différence capitale que la Vierge et l'ange du rezde-chaussée étaient leprésentés par des personnes de chair et d'os. Il est viaiscmblablc que ces acteurs avaient autour d eux plusieurs compagnons, Eve par exemple, qui est citée en i44o,

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