I. Grober, /. cit
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d'airs populaires, de chansons d'amour, de rouet ou de berceau, qui couraient en ce temps-là sur les lèvres de tous et si répandues que 1 auteur de notre mystère se borne à en rappeler les premiers mots ^ Cela nous en garantit à la fois la naïveté et l'originalité. Que des pièces religieuses calquent leurs parties chantées sur les cantiques de la liturgie, rien de plus naturel, rien de plus fréquent ; ainsi faisait notamment le mystère catalan de 1' « Assomption », qui indique pour un de ses morceaux l'air de Pange, lingiia. Mais que ce calque musical soit fait sur des airs jaillis du tréfonds de l'âme populaire, adaptant aux sévérités du culte et d'un drame mystique les élans candides et spontanés des cœurs simples, c'était une audace charmante, c'était associer avec délicatesse la foule et la religion, c'était sceller l'alliance du peuple et du théâtre, au moment même où celui-ci apparaissait.
Le théâtre religieux est né à l'ombre des sanctuaires, mais il lui fallait pour vivre la sympathie , mieux que cela : la collaboration du peuple. La procession du Corpus a rendu aux premières tentatives dramatiques ce service de les transporter hors du temple, sous les yeux mêmes de la foule, dans la rue qui est son domaine propre. Elle a fait appel, pour tenir les rôles divers, au zèle pieux de laïques, et de là devait naître rapidement le théâtre profane. Mais, remarquons-le, le drame religieux de plein air était en retard sur les représentations cloîtrées au dedans des églises. S'il est probable que dès la première moitié du quinzième siècle la procession du Corpus s'est agrémentée de parades dramatiques, il n'en est pas moins vrai que les trois mystères de « Saint Christophe », d' « Adam et Eve », du « Roi Hérode » ne remontent pas, sous leur forme actuelle, au-delà de la première moitié du seizième siècle. Au contraire, dès le début du quinzième, dans une église de Yalencia ou de la région valencienne, se
I, Le texte du Mystère indique : Ceci doit se chanter sur l'air de Ab caitfs dauzells. Pus anior nol quen sia pacie/ds. A.vi coin dos infants petits. Quant uey la lauseta niouer, etc.
déroulait un spectacle varié, riche, complexe comme le mystère de l'Assomption. A quel recul ne croirait-on pas si on les comparait entre eux sans tenir compte des circonstances de la représentation? C'est que, dans le siècle qui les sépare, un événement capital s'était produit : le passage de l'église à la place publique.