‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 331 sur 343 · Don Quijote, I, m · texte numérisé non relu

Don Quijote, I, m

qui était le chef de la police municipale. Le Partit était exactement sur les rives du Turia ce que fut sur celles de Guadalquivir le trop fameux Compas. Mais le Partit périclita plus vile; son apogée, que l'on doit placer au début du quinzième siècle, fut suivie d'une si complète décadence que, dès le seizième siècle, les religieuses Augustines de Saint-Joseph occupaient, avec leur couvent, le point central de l'enclave maudite. La morale publique n'y gagna rien. Tout se réduisit à un changement dans les modes et les parages de la prostitution : de surveillée, elle devint libre; des rives du fleuve, elle se transporta dans la direction de la mer, au quartier de la Olivera, qui était aussi celui de l'Université et du théâtre'.

Le Partit existait encore que déjà la Olivera abritait un troupeau de proxénètes. Dès le quatorzième siècle, les religieux de saint Dominique, dont le couvent s'élevait dans ces parages, sollicitaient l'expulsion des courtisanes établies auprès d'eux. Mais il est certain que du jour où toute l'armée du vice fut concentrée sur un même point et à la Olivera, les forces en parurent plus imposantes. Les maisons de jeux, les tavernes pullulaient. Et les plaintes de se multiplier soit contre le célèbre Bordellet ciels Nègres, qui existait dès lôSg mur à mur avec l'Université, soit contre les scènes scandaleuses qui se déroulaient publiquement dans les ruelles et culs-de-sac du quartier. « C'est un fait, constate une ordonnance municipale de i564, qu'il se commet là bien des vols et des friponneries par la faute de femmes

r. Sur la Olivera, cf. im art. de D. Manuel Calvo Pelarda dans la Reoista de Valencia, t. III, nuni. 3, lode niarzo de i883, dont nous résumons ici l'essentiel.

dévoyées et d'hommes de mauvaise vie'. » Rufiens, truands et matamores, courtisanes et entremetteuses, dans une promiscuité où chacun prétendait trouver son bénéfice, passaient des scènes d'amour aux scènes de violence, jouaient indifféremment de l'œil ou du couteau, et terrorisaient les alentours. A l'école d'immoralité, dont ils étaient comme le personnel enseig^nant, les élèves ne manquaient pas : soldats rentrant d'Italie, prisonniers échappés ou rachetés aux Mores d'Algérie, débarqués de la veille au port du Grao, désireux les uns et les autres de dissiper par de franches repues jusqu'au souvenir de la g-uerre ou delà captivité.

Le monde très mêlé des acteurs s'accommodait aisément d'un pareil voisinat^e. On peut craindre que les actrices notamment n'aient tiré parti de la situation. Cei*taines commerçantes, qui avaient boutique ouverte sur la place de la Olivera, étaient toujours prêtes à leur rendre de bons offices, et de louches tractations se nouaient dans la confusion propice de cette foule. Quels secrets ne nous révélerait pas, si elle retrouvait la parole, cette plantureuse Maria Velâzquez, courtière en bijoux à l'enseigne de la Olivera. Ses complaisances pour un monde interlope furent récompensées comme elles le méritaient : attirée dans un guet-apens, elle y mourut ignominieusement en septembre i585^. Au milieu de ces intrigues, dans le va-et-vient des oisifs et des picaros, circulaient, coudoyant les uns, évitant les autres, les comédiens fraîchement installés à Valencia, d'allure indécise ou le verbe haut, selon qu'ils sollicitaient des

1. (( Pues se hacen muchos robos y muchas tacanerias por mujeres erradas y liombres de mala vida. » Cité par Galvo Pelarda, p. 1 18.

Page 1