‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 332 sur 343 · B. N. P.,m3. esp. 147, p- 73o · texte numérisé non relu

B. N. P.,m3. esp. 147, p- 73o

bravos pour le lendemain ou que leur succès de la veille les confiait d'importance; attirant à eux tous les reg-ards, même hostiles, — fiers de toutes les manifestations, même narquoises, — redressant leur taille sous le manteau fané, — obséquieux et altiers, le sourire sur les lèvres et l'inquiétude dans le cœur, un salut toujours prêt pour ceux qui les montraient du doigt, attentifs à répondre au sobriquet dont on les désignait et dont ils se paraient comme d'un nom de g-uerre, Verg'ara el Temerario ' ou Andrés de la Vega el Gran Turco.

Au logis, bien des ennuis guettaient le directeur de troupe. Comédiennes qui étaient ou se prétendaient malades, comédiens que la police inquiétait à la suite de rixes rarement inoffensives, il n'en fallait pas davantage pour brouiller le prog-ramme des spectacles. En 1697, vers la mi-novembre, au moment où Vergara, après une compétition de quelques jours, venait d'obliger Martinez à lui céder la place, la femme de Vergara qui jouait les grands rôles féminins, quoique éloignée encore du terme de sa grossesse, est saisie de violentes douleurs; un avortement se produisit*, et si l'on s'en tira avec un chômage de trois jours, on peut juger de l'état où élait la malheureuse lorsqu elle remonta sur la scène.

1. Livre de Trésorerie, i6o3-iGo4 : « Ittem en 20 de Juliol[iGo3] rebi vint y sis lliures, onze y set, de la representacio de Ant» de Vergara alias el Temerario. » Le surnom était donné à Antonio de Vergara pour le distinguer de Luis de Vergara, alias El Bueno. Livre de Trésorerie, lôgô-iugô : « A III de juny i5g5 que fonch lo primer dia que coniensa a representar eu la casa de la oliuera Vergara el ! Bueno rebi i!\. 18. 3. »

2. Ihid., 1597-1598 : « a XXVII, a XXVIII y a XXVllII de dit] no representaren per serse afï'ollada la niuller de Vergara. » Dans] le Contrai ibre : u Nos représenta perque aborta la muUer de Vergara. »

Telleautre actrice, pour des raisons moins inléressanles, mortifiait son public avec désinvolture. Maria de Côrdoba, qui a rendu célèbre le surnom d'Amarilis, surpassa en sans-gêne ses com[)agnes les plus effrontées. Il est probable qu'elle séjourna à Valencia, pour la première fois, au printemps de 1620; elle a[)partenail pour lors à la troupe de Pedro de Valdés, qui occupa la Olivera du 19 avril au 8 juillet 1620, et il est vraiseml)lable qu'elle y revint au terme de Tannée 162 1 avec la troupe de Tomâs Fernândez dans laquelle elle était enrôlée, ainsi que son mari. Dès son premier séjour, Amarilis fit sensation. Elle trouva jusque dans la noblesse des admirateurs dévoués; ils s'intéressèrent à elle, même après son dépari, et le 16 février 1621, Vich note dans son Journal la nouvelle, répandue ce jour-là dans A^alencia, qu'Amarilis, la célèbre actrice, avait été mise en prison à Madrid pour ses insolences envers le duc d'Osuna*. A force de parler d'elle, la curiosité de la revoir s'était surexcitée, et lorsque enfin, en 1628, elle arriva associée avec son mari Andrés de la Vega pour la direction d'une troupe, il y eut eu ville un enlhousiasme auquel n'écliap[»a [)oint le trésorier de rHô|)ilal. Lui que la pratique des chiffres semblail préserver de toutes les effusions, au risque de bouleverseï' la symétrie de ses écritures, il calligraphie eu marge de sou reg"istre un gigantesque et exclamatif « Amarilis » : symbole touchant qui prouvait que toutes les personnes, tous les intérêts s'effaçaient devant cette femme.

Les débuis eurent lieu le i[\ septembre, et le prélè-

1. Dielario de Vich, p. f\i : « t'ebrero 162 r. Martes a 16 se supo que en Madrid havian einparedado a Amarilis, famosa represenlanta, por las insolencias del Duque de Usuna {sic). »

vemenl de l'Hôpital sur la recette s'éleva à 46 livres 2 sous 2 deniers, ce qui semble bien le maximum atteint au cours de la période de 1682 à i63o : on juge par là de l'affluence qu'il y avait à toutes les places. Commencé en idylle, le séjour d'Amariiis à Valencia s'acheva en tragi-comédie. Elle était engagée, ainsi que sa troupe, jusqu'au i*^"" janvier 1629; mais, le 28 décembre, les administrateurs commirent l'imprudence de lui payer 990 livres qui, vraisemblablement, lui avaient été promises par contrat. Dès lors, n'ayant plus intérêt à plaire, elle se montra insupportable; elle n'imposa plus aucune contrainte à ses nerfs, car une jolie femme, heureuse et fêtée, est toujours prête à en jouer, et, le 29 décembre, elle bouda dans sa chambre, empêchant la représentation annoncée sans aucun prétexte, sans l'ombre d'une raison, simplement parce que tel était son bon plaisir M Gageons qu'au lieu des huées qu'elle méritait, les Valenciens lui firent une ovation. De toute évidence, sa grâce était la plus forte.

Pour des raisons moins profanes, une autre actrice laissa à Valencia de profonds sou\euirs. Ou l'appelait Baltasara de los Reyes, mais c'était là un nom de guerre; les documents légaux la désignent, à plusieurs reprises, du nom très bourgeois d'Ana Martinez^. Il est probable que, s'étant placée par ce baptême de théâtre sous l'invocation de Balthasar, qui était l'un des rois mages,

1. Livre de Trésorerie, 1628-1629 : « A 24 tlel dit mes de sette comença arepresentar Aadres de la Vega y Re de la Comedia 46.2.2... A 29 de dit [dembre] no j ague Ca perque no volgue representar Amarilis... A 28 de dee pagui a Maria de Cordoiia y de la Vega, muller de Andres de la vega, autor de comedias, 990 1. >»

2. Cf. Përez Pastor, Bibliografia madrilena, Madrid, III, 325.

celui-ci lui a fourni, en même temps qu'un prénom, le palronymicjiie {re[/es) tlonl elle se parait. Ce pieux patronag-e la j)rédeslinait au coup d'éclat qui lui valut la g-loire. En i6i i, tandis que la troupe de Heredia, où elle jouait les premières dames, séjournait à Valencia, par une belle après-midi, en plein spectacle, l'actrice fut illuminée de la g^ràce divine. En vain son concours avait-il été requis pour mener à terme la représentation déjà commencée de Saladin, comédie nouvelle du licencié Damiân Salustio del Pojo. En vain, un engagement en bonne et due forme, en vain la présence de son mari Miguel Ruiz qui tenait dans la troupe l'emploi de gracioso ou comique, en vain les assiduités d'un amoureux qui à Salamanque avait abandonné pour elle l'Université et la suivait comme une ombre* pesaient sur elle pour la maintenir fidèle à son métier. La voix de Dieu fit entendre un appel impératif. Baltasara, éperdue et confiante, abandonna les planches, s'enfuit auprès de Carthagène vers un ermitage consacré à saint Jean-Baptiste, où elle avait déjà fait halte en se rendant avec sa troupe à Valencia, el là dans la pratique de la vertu e'Ie expia les eireurs d'une existence aventureuse. Compagne, mari et amoureux coururent à ses trousses; elle ne céda point à leurs sollicitations, elle les gagna au contraire à sa foi nouvelle; d'eux aussi elle fit des ermites, et avec une délicatesse ingénieuse elle gradua les rig-ueurs de l'ascétisme au zèle encore incertain de ces néophytes. Elle ne vit point de mal à ce qu'ils confondissent parfois leur ihébaïde avec laOlivera. Ce dut être une scène charma nie que celle où l'actrice Jusepa et le comique Miguel Ruiz, en proie à une crise de nostalgie, obtinrent d'elle la permission d'exécuter au seuil de l'er-

mitage une danse qui leur avait valu sur les tréteaux les applaudissements de la péninsule entière. Sous le froc, pieds nus, la discipline à la ceinture, ils dansèrent^ ils chantèrent, pour la gloire de Dieu et l'apaisement de leurs cœurs, un refrain de Galice ' :

JusEPA. . Galegino nouo, [meu] Galeg-iiîo, naon chiles barbado con tanto chillido.

Miguel. Galegniiïo nouo, meu Galegiiino, mal San luan tengades con vuesso gemido.

JusEPA. Très pares de çapatinas teno.

I. Ea réalité, cette chanson a été composée par un auteur castillan, qui, avec (juelques mots g-aliciens choisis au petit l)onheur et trop souvent déformés, a prétendu donner au texte une apparence étrangère. M. Vicente Garcia de Dieço, si compétent sur tout ce qui concerne, de près ou de loin, la Galice, a bien voulu transcrire la chanson en galicien correct :

JusEPA. Galeg[u]ino nouo, [meu] Galeg[u]ino, n[o]n chiles barbado con tanto chi[l]ido.

Miguel. Galeguifio nouo, meu Galeguiiîo, mal San I[o]an te[n]ades con v[o]sso gemido.

JusEPA. Très pares de çapatinas teno.

Miguel. Un[h]as tendes por ga[n]ar, o[u]tras tendes por pagar, e o[u]tras en cas d[o] çapateiro.

Los DOS. Très pares de çapatirias teno.

Miguel. Unas tendes por ganar, otras tendes por pag-ar, y otras en cas del çapateyro.

Los DOS. Très pares de çapatinas teno.

On conçoit que le théâtre se soit emparé de cette aventure. Trois auteurs, Luis Vêlez de Guevara, Antonio Coello et Francisco de Rojas, la portèrent à la scène en collaboration. Leur pièce ne fut imprimée qu'en 1662', mais elle est probablement antérieure d'une vingtaine d'années. Le premier acte se passe tout entier au théâtre même de la Olivera : c'est un tableau d'après nature, car l'auteur de cet acte, Luis Vêlez de Guevara, avait séjourné à Valencia, en 1699, parmi les pages de l'archevêque de Séville, D. Rodrigo de Castro, à une époque de fêtes publiques et de prospérité dramatique. Ne convient-il. pas là-dessus de pardonner à Baltasara de los Reyes sa brusque désertion? Et au total ne vaut-il pas mieux pour une actrice susciter des comedias^ que d'en jouer?

1 . Ea tête du volume Primera parte de comedias escogidas de los mej'ores de Espana..., ano i652. Con Licencia, en Madrid, Por Domingo Garcia y Morras. Le titre de la comédie est ainsi libellé : « La gran comedia de La Baltasara. La primera jornada de Luis Vêlez de Guevara, la segunda de D. Antonio Coello, la tercera de D. Francisco de Roxas. » Pour dater l'aventure qui fait le sujet de la pièce, je me fonde : a) sur ce qu'on sait par ailleurs de la vie de l'actrice, aucun document la concernant n'est postéi leur à février 1 6 1 1 ; b) sur le séjour de la troupe de Heredia à Valencia, dont les dates ne sont pas certaines, mais qui a pu se placer dans la seconde moitié de l'année 161 1 (cf. le tableau de lapage 129); c) sur certains vers de la comédie qui montrent qu'au moment où la conversion de Baltasara s'est produite, le divorce entre les Provinces-Unies et la Flandre était déjà consommé et officiellement reconnu (f. 2 rectob); or, la Trêve de douze ans est du 9 avril 1609.

2. On trouvera une analyse, d'ailleurs fort médiocre, de La Bal-

Les démêlés des acteurs enlre eux ou avec leur directeur avaient de plus terribles conséquences, surtout lorsque s'y ajoutaient des rivalités de troupe à troupe. Dans la première quinzaine de décembre i58i, Francisco Osorio et sa femme Beatriz Hernândez y de Osorio étaient installés à Valencia avec tous leurs gens. La ( roupe de Mateo de Salcedo ne tarda pas à y arriver et avec elle l'acteur Melchor de Leôn. Se dispula-t-on les emplacements disponibles pour jouer? et Leôn prit-il le parti de son directeur? ou bien enlre lui et Francisco Osorio y avait-il un vieux compte à régler? Le fait est qu'ils en vinrent aux mains, et Osorio reçut en pleine face un coup qui lui mit l'oeil gauche dans le plus piteux étal. L'autorité compétente fut saisie d'une plainte, et il allait en cuire à Melclior de Leôn lorsque des personnages d'importance s'interposèrent. Ces médiateurs — (c'étaient peut-être les administrateurs de l'Hôpital, intéressés à ce que des représailles ne fussent pas exercées sur la gent comique) — obtinrent que Osorio, tant au civil qu'au criminel, se désistât de tous ses droits le i8 décembre, par-devant le greffier de la Royale Audience; sa femme renonça de son côté, le 19 décembre, à se prévaloir du dommage subi par son mari '. En

tasnra dans Casiano Pellicer, Traindo hislorico sobre el origen ij progresos de la comedia ij del liislrionisnw en Esparia.

I. Patr. Minutes de France Jerouimo Victor, i58i, jgdéc. : « La honor. beatriu hemandez y de osorio niuller de franco osorio auctor de farses résident en Val. Ates y considérât que estos dies propassats y ha hag...questio entre lo dit mon niarit y Mclchior de leon représentant, en la quai questiolodit monmarit reb... en lo vil squerre vn colp de quai... mal y coni entre dit mon marit y lo dit Melchior de leon se ha fermât... tregua y ha... rcnunctit toldret ciuil ycriminal al) acte fermât en poder del scriua de la real Audientia en lo dia de ahir. E com per interuencio de algunes notables persones per part

échange de quoi Melchor de Leôn versa à sa victime une indemnité de 80 réaux castillans, qui avait été calculée à raison de 4 réaux par jour pour incapacité de travail, plus les frais de médecin, chirurgien et pharmacien. Dès le 5 janvier 1682, Leôn s'était acquitté de sa dette et la paix régna à nouveau dans la cité des comédiens.

Elle fut troublée dans des circonstances particulièrement graves, en 1609', par Alonso de Olmedo. Audacieux comme un jeune homme (il n'avait débuté au théâtre qu'en 1600), insouciant et ne portant encore le poids d'aucune responsabilité (il ne sera chef de troupe qu'à partir de 1616), il tua, dans des circonstances que nous ig-norons, probablement au cours d'une querelle, un bourgeois valencien, Pedro Llopiz, connu et solidement établi dans la cité. Le coupable échappa, par une

del dit .Melchior de leon sia estada... etc., etc. » Elle renonce pour sa part à toute poursuite. [Le document reproduit est en très mauvais état, les points de suspension (sauf à la fin) indiquent un trou du papier.] Autre document du 5 janvier iSSa (minutes de Victor) : « ... franco osorio... y beatriu hernandez y de osorio... confessen hauer haa^ut y rebut de Melchior de leon... huytanta reals casts. ab los quais... per tôt y qualseuol dret quels competeixca y puixca competir per raho de... quatre reals casts. que lo dit Melchior de leon se hauia obligat donar y pagar cascun dia al dit franco osorio mentres duras la cura de vn colp que lo dit osorio hauia rebut en lo vil squerre en los quais dits LXXX Rs. se entenen y comprenen lo que se ha gastat y se ha de gastar en dita cura axi de metge, çirurgia com de mediçines necessaries pera dita cura... ».

I. Nous savons qu'en 1610 Olmedo était enrôlé dans la troupe de Riquelme (Rennert, op. cit., p. 54o). Or, Riquelme était à Valencia à la fin de 1608; ii y cessa ses représentations le 8 décembre, mais il e§t possible qu'il s'y soit attardé jusqu'aux premiers jours de 1609. Si Olmedo appartenait dès ce temps-là à la troupe de Riquelme. l'affaire qui nous occupe se placerait donc tout à fait au début de l'année i6oy.

fuite précipitée, au châtiment qu'il avait encouru ; et il prit bien soin, désormais, que ses pérégrinations le fissent toujours passer au large, très au large de Valencia. Un jour vint cependant, en octobre (619, où il estima que le temps avait fait son œuvre, supprimant jusqu'au souvenir de son crime. Comme d'ailleurs il était maintenant devenu un acteur célèbre qui honorait une cité par sa présence, il obtint pour lui et les siens un saufconduit du vice-roi. Il se croyait certain de n'être pas inquiété. Mais l'Inquisition veillait; Pedro Llopiz était de son vivant familier du Saint-Office, elle se considérait comme chargée de venger sa mort. Dès le i5 octobre, une partie de la troupe de Olmedo était déjà arrivée à Valencia; lui-même était annoncé pour l'un des jours suivants, il comptait débuter le 29 à la Olivera. Les Inquisiteurs valenciens ne perdirent pas une minute; le i5 octobre, ils expédièrent au Grand Inquisiteur une lettre urgente, où ils établissaient leur droit à évoquer celle affaire et la nécessité de ne la point négliger. Ah! le beau procès qu'ils rêvaient ! et comme aux raffinements d'une instruction criminelle ils seraient heureux d'ajouter les péripéties d'un conflit avec le pouvoir civil, qui avait octroyé le sauf-conduit! Hélas! toute cette machine croula : le Grand Inquisiteur, qui n'a\ait aucune envie de contredire l'autorité royale, envoya le 22 octobre une réponse, non moins urgente cjue la demande, ordonnant de ne rien entreprendre contre Olmedo'. La

I. A. H. N. — Inqo" de Val''i-'>, lief/is/ro de car/as (hl aho 1G18 à iCt2H, fol. 120, 19 oct. 1O19 : « En el aiïo pasarlo de mil seiscienlos y mieue sucediô en esta ciiulad que Olmedo comediante malû à Pedro Uopis, familiar deste S'o off'\ y con su fuga y no hauer buelto mas a esta tierra se a deteuido desde entonces la prosecucion y processo

prudence exigeait ce sacrifice : que les mânes du familier s'en accommodent comme elles pourront !

En la personne d'Olmedo, l'Inquisition de Valencia prétendait châtier un crime commis sur l'un des siens; elle n'en voulait nullement à la profession qu'il exerçait, pareille en cela au clerg-é séculier, qui admettait les comédiens sans aucune réserve au sacrement du mariage. Entreprise compliquée que le mariage d'un comédien! Ses perpétuels changements de résidence l'oblig'eaient à d'onéreuses et interminables formalités. Juan de Giraldes en fit l'épreuve. Les documents qu'il lui a fallu réunir pour convoler en justes noces, remplissent tout un dossier dans les archives du Palais archiépiscopal de Valencia '. Il appartenait à la troupe de Luis de Verg^ara qui, après un premier séjour à Valencia, partit le 21 ou le 22 janvier 1596 dans la direction de Cuenca. C'est là que Juan de Giraldes se détermina à épouser Mariana de Velasco. La fiancée était, elle aussi, une enfant de la balle, et elle devait fournir au théâtre une belle carrière; elle acquit la réputation, aux environs de 1623, sous le surnom de la Candada, qui lui venait de Luis Candau, son second mari, auquel elle g'arda jusque dans la mort une touchante fidélité. On ne sait

de su causa hasta aora que nos an dado noticia que el dicho comediante viene a representar a esla cludad y que para ello a lleg-ado ya parte de su conipa y que todo esto es con se^-uro y g'uiaje que el Virrey le a dado por el dicho delicto, y como el conocimiento y castiguo del pei'tenesse a este Sto officio... nos hallamosobligados a tratar dello. » Réponse de l'Inquisition centrale : « ... y visto todo ha parecido que por ahora no haga v. s. novedad en este caso, dandonos luego cuenta del estado quel proceso tiene. »

I. Liber licenciarum Curie ecclesiastice Valentin, de Anno MDLXXXXVo.

rien d'elle à la date de iBgS, tout juste ceci qu'elle était fort jeune, puisqu'elle devait vivre encore jusqu'en 1649. Le fait est que ses yeux de Salmantine séduisirent l'inttanimable Andalou qu'était Giraldes (il était né à Cordoue), et le 5 février 1096 ils se marièrent solennellement (^e desposaron), à la mode de ce temps, par-devant Ai^ustin Portero, curé de la paroisse Saint-Etienne, à Cuenca. Ils avaient obtenu la dispense des trois publications prévues par le Concile de Trente, pour la raison que, si les dites publications étaient faites dans leur ville natale, il se trouverait des gens qui s'opposeraient au mariage par pure méchanceté'. La cérémonie se fit à l'auberge de Dieg^o Pérez de Teruel, surnommé el Viej'o, laquelle était à Cuenca le gîte de notre troupe comique. Les témoins furent : Diego Pérez l'aubergiste, le licencié Matiâs de Mora, le licencié Solis, et Luis de Vergara, le directeur de la troupe. Au recueillement des prières succéda vite l'allég-resse d'une franche repue : Diego Pérez servit à l'assistance une collation, que le vin épais du pays dut animer d'une g^aieté en rapport avec la condition des convives ^

Il restait maintenant à confirmer, par l'imposition du voile (velaciones), le mariage déjà béni à la face de l'Eglise, et comme la troupe, dès la fin de février, aban-

1. «... si se hiciessen las très amonestaciones que el sancto consilio de trento manda, abria personas que se lo impidiessen de malicia... »

2. Déposition de Diego Pérez, recueillie à Cuenca le 27 février 1695 : « ... dixo que lo que pasa es que este testigo conoce a Juan giraldes e marianna de velasco farçantes... Sabe este lestigo que se an desposado segun orden de la sancta madré yglesia... y este testigo les diô colacion a los que se allaron en el dicho desposorio. »

donna Cuenca et que d'ailleurs le Carême interdisait la célébration d'une messe nuptiale, force était de se munir, avant le départ, de toutes les pièces justificatives. Juan de Giraldes n'y manqua point : enquête, acte de mariage, il emporta avec lui une liasse de papiers dûment scellés et il décida d'en faire usage à Valencia, lorsque la troupe de Verg-ara y reviendrait en juin pour un second séjour. Dès son arrivée, au début du mois, il multiplia les démarches; enfin, le 26 juin, en l'église Saint-Etienne, qui était la paroisse de la Olivera, le voile fut imposé aux conjoints; un prêtre du clergé paroissial et le sacristain servirent de témoins'. Heureuse conclusion d'une entreprise matrimoniale plus compliquée que l'intrigue d'une comédie! Les nouveaux époux restèrent à Valencia jusqu'à la mi-août, puis ils partirent pour Grenade où leur troupe allait jouer en novembre une comédie de Lope, intitulée : El leal Cri ado ' .

Des écarts de conduite ou les événements de la vie familiale mettaient les comédiens en rapport avec les autorités religieuse ou judiciaire. Les ennuis qu'ils en éprouvaient étaient peu de chose auprès de ceux qui leur venaient de leurs créanciers. Car voilà bien l'endroit où le bât les blessa constamment : ils ne purent presque jamais faire honneur à leurs affaires, — trop

1. « Dilluns a 26 de Juny del présent ani [iSgS] oiren missa nupcial i reberen la benediccio de la iglesia juan giraldes, represeutador de comédies, natural de la ciutat de cordoua del règne de castella, i mariagna de uelasco, natural de salamanca. foren testimonis niossen juan periz, bénéficiât en sant esteue, i domingo morato, escola de s. esteue... »

Page 1