Renaert, op. cit., p
dépensiers aux jours d'abondance, trop insouciants aux jours de misère.
Disons-le bien vite à l'honneur de la corporation : la vertu bourgeoise d'économie, eut parmi eux quelques adeptes, tel l'excellent Juan de Contreras qui, dans la troupe de Abag^aro Francisco Baldi, s'était lentement constitué, vers 1682, une réserve de 168 réaux castillans, à 34 maravédis chacun. Le malheur, c'est que du jour oîi il l'eut constituée, il se trouva fort empêché de la mettre en sûreté. Impossible de l'exposer avec lui aux hasards des grands chemins ou des auberges. Il découvrit enfin à Madrid un fabricant de brodequins, l'honorable Francisco Camacho, qui offrait assez de garanties pour que le dépôt pût lui être confié^. C'était déplacer la difficulté, ce n'était pas la résoudre. Car comment Contreras, qui résidait si souvent hors de Madrid, pourrait-il, le cas échéant, revendiquer son bien et en prendre possession? Le jour où il jugea bon d'en venir là, comme il se trouvait à Valencia, il lui fallut profiler de l'occasion d'un camarade qui se rendait à Madrid; il lui délégua ses pouvoirs, et Camacho, du même coup^ se trouva autorisé à rendre à Nobles ce qui appartenait à Contreras. Mais, pourquoi donc les comé-
2. Patr. Minutes de Francisco-Jerônimo Victor, 3 janvier r583 : « Sepan quantos esta carta de poder vieren como yo Juan de contreras, représentante en la companya de Abagaro fran" baldi, auctor de coniedias, résidente al pnte. en la ciudad de Valen., otorg-o y conosco que doy y otorgo todo mi poder... a vos el honrrado luis melendez de nobles, représentante en la dha. compania, que estays pnte. specialmente para que por mi... podays pedir y demandar... del honrrado francisco camacho, borseguinero, vezino de la villa de Madrid, todos aquellos ciento y sesenta ocho reaies castellanos de a treynta y quatro marauedis cada vno; los que les le di [sic] encomendados para que me los guardase. »
diens auraient-ils thésaurisé, si tant de complications les empêchaient de jouir de leur épargne?
En règle générale, leurs embarras .financiers leur venaient d'une pratique exactement contraire, je veux dire : des emprunts qu'ils contractaient avec prodigalité. On est tout surpris, à lire les documents anciens relatifs aux comédiens, de constater, d'une part le grand nombre de prêts qu'ils sollicitaient, d'autre part la facilité avec laquelle les prêteurs leur consentaient des créances médiocrement ou nullement garanties. C^était, bien entendu, le chef de la troupe qui ressentait le plus souvent la disette d'argent et avisait aux moyens d'en avoir. Mais il lui arrivait parfois que ses comédiens lui appliquassent la peine du talion. Le 20 février 1682, Melchor de Leôn, qui venait de payer à Osorio de coûteux dommages-intérêts, se fit remettre par son directeur Mateo de Salcedo, sous la forme d'avance, une somme de 3oo réaux castillans, qui devait être remboursée au cours des représentations ultérieures par un prélèvement quotidien de 16 réaux sur le salaire de Leôn et sur celui de sa femme, Mariana Ortiz y de Leôn'. Le direc-
I. Patr. Minutes de Francisco-Jeronimo Victor, 20 février i582 : « Sepan quantos esta carta de encomienda vieren como yo Melchior de Léon, représentante en la compania de vos Matheo Salzedo, autor de comedias, résidente al présente en... Valencia..., digo y conosco... que tengo encomienda y real deposito de vos el dho. Matheo Salzedo... trezientos reaies casts. de a 34 marauedis cada une, les quales me haueis encomendado..., los quales trezientos reaies casts. de diclia moneda hos prometo restituir y tomar desta manera, es a saber que se han de quitar en [papier /i-oiié] representaciones que se han de hazer por mi y por marianna ortiz y de leon, mi mujer, en vra. companya contando desdel dia y fiesta del Smo Sacramento primero viniente deste présente anyo i582 a razon de deziseys reaies casts. de dha. moneda por cada representacion. »
leur, cette fois, avait condescendu aux besoins de son collaborateur.
Rarement il pouvait se permettre pareille g-énérosité. I! réclamait du secours plutôt qu'il n'en accordait, A vrai dire, la situation financière des directeurs s'améliora du jour où l'Hôpital se constitua leur banquier, escomptant leurs receltes futures, avançant à titre gracieux l'indispensable entrée de jeu. Mais cette procédure ne s'est établie que par un progrès tardif. Dans les premiers temps de l'exploitation de la Olivera, l'Hôpital attendait que les comédiens fussent au-dessous de leurs affaires, sans se rendre compte qu'il les y laissait tomber infailliblement en les abandonnant à eux-mêmes; alors seulement il intervenait et se comportait exactement comme n'importe quel créancier, ne concédant aucun avantage à ceux dont il semblait, à Valencia, le tuteur naturel. Nous en avons la preuve, dans un accord du i4 octobre i584, intervenu entre l'Hôpital et Jerônimo Velâzquez. Celui-ci, qui devait donner à la Olivera sa dernière représentation le i5 octobre, n'avait pas encore payé à l'Hôpital 600 réaux castillans dont il lui était redevable; on lui consentit un délai, mais on ne lui diminua pas un denier sur la dette et on exigea qu'il fournît un garant en la personne du magnifique Francisco Corts, aromatariiis^ . Nous sommes loin encore du temps où l'Hôpital accordera aux troupes comiques des primes alléchantes. Il n'a pas encore compris que sa prospéiité et la leur étaient intimement liées.
Aussi est-ce d'un autre côté, du côté des profanes, que les comédiens en quête d'argent se tourneront. Un