‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 334 sur 343 · I. Patr. Minutes de José Riudaura · texte numérisé non relu

I. Patr. Minutes de José Riudaura

Sévillan, Martin de Aguirre, qui tMail acteur au service d'AIonsode Cisneros, n'emprunta, lorsque le besoin s'en fit sentir, ni à son directeur, trop indigent, ni à l'Hôpital, trop impitoyable. Il mit la main (Dieu sait après quelles laborieuses recherches!) sur un apothicaire, le mag-nifique Ramôn Florença, qui lui compta en bel argent sonnant i36 réaux castillans, et accepta en échange une promesse de remboursement pour le Carnaval de l'année suivante'. Etait-ce chez Florença la candeur d'une âme naturellement confiante? ou dissimulait-il, sous les apparences d'un prèl graluil, des combinaisons d'usurier? Nous n'en savons rien ; mais dans l'un et l'autre cas, quelle imprudence chez un bourgeois d'exposer ses chers écus aux incertaines entreprises d'un comédien errant! En vérité, Florença était un brave qui ne tremblait devant aucun danger. Le même jour où il remettait à Aguirre la somme indiquée, il consentait au chef de la troupe, à Alonso de Cisneros, un prêt beaucoup plus important de l\6o réaux castillans. Ce prêt, bien qu'endossé par Cisneros, ne lui était pas destiné. Il était réservé au payement de sa troupe qui, depuis plus d'un

I. Patr. Minutes de France Gerônimo Victor, i8 novembre i584 '• « Sepan quantos esta carta de encomienda y obligaclon vieren como yo, Martin de ao'uirre, farsante, companero de Alonso de cisneros, comico G autor de comedias, vczino de la ciudad de Seuilla, al présente résidente en la rnuy noble ciudad de Valencia de Aragon, otorg-o y conosco que tengo en mi poder encomendados y en reai deposito de vos, el magfo Ramon florenya, boticario de la dha. ciudad de Valencia..., en dinero contado çiento y treinta y seys reaies castellanos de a XXXIIII marauedis cada uno... prometo y me oblige de restituhir y pagar a vos y a los vueslros o a quien vuestro poder tuuiere los dichos (;iento y treynta seys reaies... para el dia de carnestoliendas primero viniente del aiïo de mil quinientos ochenta y cinco... otorgue la présente carta de encomienda y obligacion... hoy domingo que contamos diez y ocho dias dei mes de nouiembre... »

mois, était en. panne à Valencia dans une piteuse situation. Le i6 octobre i584, elle avait dû quitter les Santets où elle jouait depuis le 8 juillet et elle n'avait eu, à partir de ce moment, d'autre occupation que d'applaudir aux succès de Gaones à la Olivera'. Amère dérision pour des acteurs en rupture de théâtre! Pas un denier en poche et aucun espoir d'en g-agner! Il fallut que Florença payât les salaires de la troupe pour ([u'elle pût enfin prendre son vol. Il remit au nom de Cisneros, et en g-revant celui-ci d'une dette équivalente, i3o réaux ;\ Diego Navarro, 33o réaux à Martin Aguirre (le même qui obtint de Florença un supplément particulier) , 5o réaux à Barlolomé de Santillana et à Jerônimo Rodriguez'. Les comédiens empochèrent l'arg-ent, et leur

1. Livre de Trésorerie, i584-i585 : « Item a lO de oct^ Sisneros en la casa del santets... Item a i8 en la casa de la Oliuera «aones comença a representar... » Les jours suivants, il n'y a jamais qu'une représentation par jour, donnée évidemment à la Olivera, et encore la série est coupée de quelques chômages. Mais qui donnait cette série de représentations? Cisneros ou Gaones? Gaones, à n'en pas douter; sans- quoi l'expression comença a representar employée à propos de lui le i8 octobre, n'aurait aucun sens. Tout au plus peut-on admettre que Cisneros obtint, à de rares intervalles, de monter sur la scène avec sa troupe à la place de Gaones.

2. Patr. Minutes de Francisco Jerônimo Victor, i8 novembre i584 : « Eiço, Aliphonsus de Cisneros, comicus siue cometliarum auctor, oriundus et vicinus Toleti, nunc vero Valentie... repertus..., contîteor, et in veritate recoiçnosco vobis, discreto Raymundo tlorença, farmacopeo,... me tenere a vobis in puram comandam et reale depositum quadringentos sexaginta régales castellanos quos pro me et me volente et consentiente dedistis et tradidistis personis sequentibus, hoc est Didaco nauarro centum triginta regales, .Martino de aguirre trecentos triginta regales, Bartholomeo de santillana quinquaginta regales et Hieronymo rodrigues, comitibus et familiaribus meis. x II y a une erreur dans ce document : i3o réaux à Navarro, 33o à Aguirre, 5o à Santillana et où à Rodriguez, cela fait au total 56o réau.x (et non 46o, comme dit le texte).

directeur, au moins d'après les minutes notariales, ne donna d'autre garantie de remboursement que sa bonne volonté.

Un chef de troupe n'empruntait pas indifféremment à toutes les époques de l'année. Le besoin l'en prenait surtout, comme une sorte de maladie périodique, au moment du Carême, et ce besoin était si prévu que dans certains contrats conclus entre l'Hôpital et les comédiens on en faisait état. Le 17 janvier 1625, Juan Martiiiez traite avec le trésorier de l'Hôpital pour soixante représentations, et le trésorier, de son côté, s'engag-e à verser aux mains de Martinez, le premier jour de Carême, i.5oo réaux à titre de prêt'. Cette avance à pareille date n'avait point seulement pour objet d'adoucir aux comédiens les rigueurs du chômage; elle visait surtout à mettre le chef de la troupe en état de renouveler son personnel par de nouveaux engagements. L'Hôpital avait tout intérêt à ce que les acteurs destinés à passer par la Olivera fussent triés sur le volet, et il facilitait celte sélection au directeur en lui ouvrant largement les réserves pécuniaires de la maison. En mars 1624, Roque de Figueroa obtint pour cet objet 100 livres que la Banque de Valencia lui paya au compte de l'Hôpital, et il déclarait lui-même dans son reçu que cette somme était destinée « à réformer sa conq)agiiie pendant le présent Carême" ». Il est clair qu'un directeur, qui entamait des

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