‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 42 sur 343 · I. Escolano, Primera par/e, col. 7O · texte numérisé non relu

I. Escolano, Primera par/e, col. 7O

de la mer latine, on concevait la vie avec un mélange de noblesse et d'indulgence qui en faisait un divertissement plutôt qu une charge. Dès le quinzième siècle, par le relâchement général des mœurs, Valencia paraissait une de ces cités italiennes dont les conteurs nous ont tracé des tableaux si peu édifiants; croyons-en là-dessus le témoignage documenté du prédicateur saint A incent Ferrier* et du poète Jacme Roig. Avec le seizième siècle, le désordre ne pouvait que s'accroître. On a souvent remarqué que sous le règne de Charles-Quint, c'est-à-dire pendant toute la première moitié du seizième siècle, la civilisation en Espagne s'est épanouie avec une joyeuse liberté, qu'elle a épuisé les plus délicates comme les plus brutales voluptés, qu'ignorante de toute contrainte, rebelle à toute discipline, elle a manifesté avec délices une fougue juvénile ; elle préparait, sans le savoir, le plus marqué des contrastes pour le temps où Philippe II allait faire peser sur elle le poids de son austérité et de son despotisme. A Valencia, on profita éperdument des facilités nouvelles que le règne de l'empereur flamand concédait aux amis du plaisir. Avant même qu'il montât sur le trône, les textes abondent qui la représentent comme une cité plus séduisante que vertueuse. Le poète portugais Sa de Miranda célèbre a les jardins de Valencia d'Aragon où l'amour vit et règne », et, en i5o5, Alphonse de Proaza voyait en elle « le temple somptueux oui l'Amour ne cesse pas de séjourner»"^. Métropole de la galanterie, capitale

1 . Des extraits de ses sermons, d'après les manuscrits conservés à la cathédrale de Valencia, ont été publiés par Roque Chabâs dans la Revisla de Archivos, années 1902 et igoS.

2. Ces deux textes sont cités par Menéndez Pelayo, Orîgenes de la novela. III, cLxxiii. Cf. Historias tragicas E.rempl cires, sacadas del BamleUo Verones. Nuevainenle Iradiizidds de las (/ueeri lengtia Fnancesa adornavon Pierres Bon is/cm 1/ Francisco de Belle/orest. Edition de Valladolid, iOo3, f. io3 v. (B. N. M. — R. 4681) : « No ay quien no sepa que la ciudad d^ Valencia de Aragon ha sido siempre vnico reparo de los Reynos de Espana, verdadero assiento de Fè, justicia y cortesia, y que entre sus raros y mas excelentes ornamentos, esta poblada de damas graciosas, y hermosas donzellas, que saben entretener los mancebos passando su tiempo con ellos en burla. Y si ay alguno que sea grossero de entendimiento, se dize por prouerbio comun que tiene necessidad de vr a refinarse en Valencia. »

8/i l'art DRA^tATÎQLE A VaLENCIA.

de 1 amour : voilà le titre dont ^ alencia pouvait se parer, et c'est aussi celui qu a revendiqué vers la même époque plus d'une cité italienne.

Cette ressemblance tient à des causes générales qui s'exerçaient dans 1 un et 1 autre pays, plutôt qu à une influence directe de l'Italie sur Valencia. En fait, dans ks premières années du seizième siècle, les ^ alenciens se répandaient en Italie plus que les Italiens ne se répandaient à Valencia. D'Espagne ils allaient d abord en Sardaigne, ori une colonie catalane, nombreuse et qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours, facilitait leur établissement*. Les minutes notariales de ce temps abondent en actes qui prouvent que d étroites relations, entretenues par de fréquents mariages, unissaient les habitants de lîle à ceux du continent. On rapportait de Sardaigne à Valencia une certaine herbe , fatale aux damoiseaux qui aimaient sans être payés de retour, et les rudes insulaires passaient sur les rives du ïuria pour médiocrement experts aux jeux compliqués de la séduction'-.

Après 1 étape de Sardaigne, les émigrants valenciens passaient en Italie. Ils s'y répandaient dans toutes les directions et dans toutes les professions, quoique ceitains commerces de luxe aient parliculièremeut prospéré entre leurs mains, par exemple celui des gants parfumés, dont la princesse Isabelle d'Esté s'approvisionnait exclusivement à Valencia. Mais toujours, quel que fût leur emploi ou leur résidence, ils donnaient d'eux et de leur petite patrie une idée telle qu ils provoquaient aussitôt le blâme des censeurs les moins qualifiés. L Arioste a cité deux fois ^ alencia dans son a Roland furieux^ », et il a montré dans l'un et l'autre passage qu'il voyait surtout en elle

1 . Cf. Bibliografîa espanola de Cerdenn, par Eduardo de Toda. Madrid, 1 890. Les relations de Valencia a%-ec les îles méditerranéennes furent toujours actives. Des familles maltaises, qui s'étaient établies à Valencia, y ont laissé jusqu'à nos jours des souvenirs et des descendants. Cf. C[aruana] (J[osé]), Los Mnlfeses en Valencia, Notas heràldico-genealôg-icas de los apellidos de familias valencianes procedentes de Malta. Valencia, 191 1.

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