‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 43 sur 343 · Chant vu, str. 5.0; ch. x.wiii, str · texte numérisé non relu

Chant vu, str. 5.0; ch. x.wiii, str

la patrie de femmes belles, coquettes et provocantes. Bandello, plus franc et plus sévère, a déclaré au début d'un conte fameux^ qu'on ne saurait trouver de « cité plus lascive et amoureuse dans la Catalogne entière ». Il serait facile d'énumérer ici d'autres témoignages-, qui nous apporteraient sur ^ alencia et les Valenciens 1 opinion d'Italiens bien informés. Retenons seulement que, selon la juste remarque de Menéndez y Pelayo, il signor Lindezza de Valenza, dont il est question dans La Cortigiana de l'Arétin (I, lo), était presque devenu un type conventionnel dans la littérature d'Italie.

En face de cette activité, souvent suspecte, que les Valenciens déployaient dans la péninsule d'en face, trouve-t-on à Valencia des traces de l'influence que les Italiens ont pu, par un juste retour, y exercer? Dans les premières années du seizième siècle, il n'y a rien ou presque rien. L activité poétique était intense, cependant, à la veille de la publication du Cancionero de i5ii, auquel les auteurs du terroir apportèrent une si copieuse contribution; mais ils vont chercher ailleurs, dans les traditions de la littérature provençale ou de l'antiquité, des inspirations que l'Italie ne leur fournissait pas. Tout juste peut-on noter que la principale chaire littéraire de l'Université valencienne, celle de poésie et d'éloquence, fut occupée quelque temps par un Italien, maître Jean Partheni^, qui y avait été nommé le 3o avril 1-499 ; '^^'^ "^ permet de supposer que son influence se soit répandue hors des salles de cours. Il fallait une autorité plus puissante que la sienne pour imposer une discipline et des habitudes venues d'ailleurs.

1. Première partie, no ^2. // S. Didaco Cenliglia sposa ma giovane e pot non la vnole e da lei è ammazzato.

2. Ils ont été déjà recueillis clans Croce, Ricerche Ispano-ltulianc, II. Noterelle letle aW Accademia Pontaninna, Napics, 1898, au début. — p'arinelli, Salle Ricerche Ispanu-Italiane di Benedetlo Croce (dans \a. Rassegna Bibliografica délia Lelleraiura Ilaliana, Pise, VII, 1899, 284). — Mêle, Sur les Ricerche de Croce (dans la Revista crîlica de Historia 1/ Lileratura, 1 898, 280 sq). — Menéndez y Pelayo, Origenes de la novela, III, Madrid, 1910, clxxiii.

3. N'ives Liern, Las casas de Iqs cstudios en Valencia, Valencia, 1902, 1 18. Le document de 1^99 indique /^er inaestre principal de legir de poesia e art oratoria niaeslre Joan Parlheni ilalia.

Otle autorilé se rencontra lorsque la reine Germaine de Foiv épousa, en iSaG, un an après la mort du marquis de Brandebourg, l'aimable et entreprenant Fernand d'Aragon, duc de Galabre. Aussitôt, par la seule présence du nouveau venu, la cour, qui se tenait à ^ alencia, subit une notable transformation. Cet Italien y apporta une conception nouvelle de la vie courtoise, le goût dune existence plus curieuse de plaisirs discrets que de joies brutales, plus chevaleresque que guerrière. A son instigation, la résidence du vice-roi fut transportée de l'étroite et sombre demeure des archevêques, où Germaine s'était installée, au somptueux et vaste Palais-Royal, sur la rive gauche du fleuve, dans un site verdoyant, non loin du chemin qui conduisait à la mer. Dès lors, il se donna au plaisir, il multiplia les fêtes, les chasses, les joutes avec d'autant plus d'ardeur qu'il avait un long arriéré à rattraper.

Mélancolique jeunesse que la sienne ! La conquête du royaume de Naples en i5o4 par le roi Ferdinand d'Aragon lui avait ôté l'espérance de régner jamais sur le domaine paternel. Il dut passer en Espagne, auprès du souverain qui 1 avait dépossédé. Traité à la fois en parent et en vaincu, installé dans une situation équivoque à la cour du roi Catholique, il y joua — non sans quelque mauvaise humeur — le rôle ingrat de souverain dépossédé. L hospitalité qu'on lui accordait se changea en captivité lorsqu'en i5i2 il eut prêté l'oreille, durant la guerre de Navarre, aux déloyales propositions du roi de France. Le château de Jâtiva, à quelques lieues de ^ alencia, devint sa prison, et il n'en sortit que dix ans plus tard, lorsque les révoltés des Germanies le sollicitèrent de se mettre à leur tête. Il eut la sagesse de refuser, et du coup la faveur du roi d Espagne lui revint. Elle se manifesta en lui offrant en i526 la main de Germaine de Foix et en l'associant à elle dans Tadministration de la vice-royauté. L'amour n'avait eu aucune part dans cette union, mais l'intérêt, qui avait décidé le duc à 1 accepter, le poussa constamment à s en accommoder. Ses rêves étaient enfin réalisés : il avait sinon la royauté, du moins la dignité qui en approchait le plus; il avait surtout la richesse et l'au-

torité nécessaires à la satisfaction de ses goûts les plus raffinés.

Il rallia autour de lui les poètes qui maintenaient à Valencia les traditions d'Auzlas March. La plupart de ceux qui avaient collaboré au Cancionero de i5ii, D. Serafîn de Centelles, comte de Oliva, D. Alonso et D. Juan de Cardona, le commandeur Escrivà, et tant dautres que Menéndez y Pelayo a si brillamment caractérisés*, devinrent les amis ou les protégés du duc. Car il se piquait de littérature. Il dépensa une part de son activité à se constituer une bibliothèque digne de son rang et de sa richesse. En 1527, dès le lendemain de son mariage, il envoya à Naples, où sa mère et ses sœurs habitaient, son homme de confiance, Jérôme Furnari, avec mission d'en rapporter ce qui restait de la fameuse librairie des rois de Naples. L'inventaire authentique- des livres dont le missionnaire du vice-roi prit possession en Italie atteste aujourd'hui encore l'importance de ce premier fonds. D'opportunes acquisitions ne cessèrent pas de le grossir. Et sur la fin de sa vie, ce fut une admirable collection que le duc légua au monastère de San Miguel de los Reyes, d'oi!i quelques-uns sont passés à la Bibliothèque universitaire de Valencia, mais d'où un trop grand nombre ont disparu sans laisser de traces^.

Les artistes, en même temps que les écrivains, méritèrent ses faveurs. Il songea un moment à s'assurer cette sorte de

gloire que des monarques bâtisseurs ont acquise. Germaine de Foix, en mourant, lavait chargé de pourvoir à la fondation d'un monastère. Il installa donc en i540 une colonie de Hiérony mites au nord de \ alencia, sur l'emplacement d'un ancien couvent de Bernardins, et il prétendit édifier pour elle un monastère digne de lui. 11 le voua à saint Michel et aux Rois de

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