‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 44 sur 343 · Au tome VII de son Antologia, 226 sq · texte numérisé non relu

Au tome VII de son Antologia, 226 sq

2. Il est aux mains d'un bibliophile valencien, D. Isidoro Fourrât.

3. Cf. G. Mazalinti, La biblioteca dei Re d'Aragona in Nupoli, Rocca S. Casciano, 1897. — F. Bofarull y Sans, Affonso V de Aragon en Nàpoles, dans Homenaje à Menéndec 1/ Pelai/o, Madrid, i8r)9. — Invenlarin de los libros legados por el Diiqiie de Calabria al Monasterio de San Miguel de los Reges en Valencia dans la Revista de Archivas, primera série, t. IV.

88 LAllT DRAMATIQUE A VALENCIA.

rEcriturc, d'où lui vint par abréviation le nom de Saint-Michel des Rois, et il pria Charles-Quint de lui prêter ses meilleurs architectes. Alonso de Covarrubias en personne se transporta de Tolède à Valencia; il traça des plans somptueux et il en confia l'exécution à \ edaîia. La suite ne répondit pas à ces débuts. La mort du duc, des compétitions d'Ordres rivaux et le manque d'argent firent durer près d uii siècle les travaux de construction, auxquels les derniers compléments furent apportés-, sans gloire comme sans splendeur, il n'y a guère plus de cinquante ans. Notre Mécène avait conçu cette fois des ambitions supérieures à ses forces.

Il a réussi du moins, sans que nul puisse lui en contester la gloiie, à répandre dans Valencia le culte de la galanterie et de l'esprit. Tous les attraits de la Renaissance italienne, tous les raffinements d'une civilisation subtile se répandirent dans la vallée du Turia le jour oîi il y eut pris ses quartiers. Nul à coup sûr ne pouvait davantage les rendre aimables, et rarement deux pays ont trouvé un intermédiaire plus séduisant. Parmi les trois maris de Germaine, il est le seul qui sache nous plaire. Plus gracieux que le roi Ferdinand, qui se lésigna à un mariage tardif par ambition politique, plus ingénieusement entreprenant que le marquis de Brandebourg, à qui une mort prématurée ne laissa point le temps de se montrer, plus brillant et fastueux que sa propre femme qui a réussi ce tour de force de jouer officiellement le premier rôle sans jamais sortir de l effacement, il exerça à Valencia avec un incontestable succès la vice-royauté de l'esprit, et de ce règne, comme de tous les grands règnes, une chronique nous est restée : c'est le Courtisan, de Louis Milan.

L'auteur et le livre mériteiaient de retenir longtemps l'attention. Ils réalisent. 1 un et 1 autre, cette alliance de 1 imitation italienne et de l'originalité valencienne qui devint, grâce au duc de Calabre, le trait dominant de sa cité d'adoption. De Louis Milan nous savons peu de chose. Sa vie se déroula tout entière à l'ombre des palais dans la familiarité de cette aristo-

cratie à laquelle il appartenait par naissance et par goût. Quant au livre, il fut écrit sans doute, ou du moins ébauché, au temps même des fêtes qu'il nous raconte, c'est-à-dire avant la mort de Germaine de Foix, survenue dans sa résidence favorite de Liria, non loin de Valencia, vers la mi-octobre 1 538 *, mais il ne fut mis au point et imprimé qu'en i56i. A cette date personne ne survivait parmi les acteurs principaux de la comédie galante qui s'était représentée à Valencia pendant une douzaine d'années. Mort le duc de Calabre depuis i55i, morte elle-même depuis le ^ janvier i55/i la seconde femme du duc, cette Dona INÏencîa de Mendoza, si prodigieiise d'obésité que chacun de ses bas, au témoignage d'un contemporain, contenait plus de 24 litres de froment, et si encombrée de graisse que, le nez en étant obstrué, elle respirait seulement par la bouche^. Ainsi ce tableau brillant reçut ses touches définitives avec le recul nécessaire. L'auteur le paracheva au crépuscule de sa vie, parmi ses souvenirs et ses regrets, à peu près comme Gaspar Mercader devait à la fin du siècle tracer dans son Prado de Valencia le récit d'un amour déjà mort et de réjouissances évanouies.

Ecrit pour rivaliser dans la faveur des dames avec le livre fameux du comte Baldassare Castiglione, que Boscân avait traduit en espagnol, (( le Courtisan », de Louis Milan, se distingue de son modèle en ce qu'il est moins didactique et moins grave. La conception de l'honnête homme qu'il nous suggère n'est pas si arbitraire, si proche de la perfection qu'elle décourage par avance toutes les bonnes volontés. Si Castiglione a tracé un portrait de l'homme de cour idéal. Milan a plus simplement essayé d'écrire une sorte de manuel de conversation et d'offrir aux courtisans, dans un cadre approprié, des modèles dans l'art de causer galamment et de plaisanter à la manière des cours — hurlar à modo de palacio. La conversation, voilà au dire de Louis Milan la pierre de touche d'une civilisation

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