‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 52 sur 343 · II, col. 1449 et suiv · texte numérisé non relu

II, col. 1449 et suiv

1 5 iq OU au début de i5*20. Elle est, à notre connaissance, l'œuvre la plus ancienne du théâtre laïque à Valencia.

La langue est à peu près (sauf le talent) celle d'Encina. Même en une œuvre dramatique à laquelle son auteur a voulu donner un caractèie populaire et qui très vraisemblablement a été représentée, c'est le castillan qui est employé à cette date à Valencia. D'ailleurs, le genre de l'églogue salmantine, dès qu'on l'adoptait, entraînait, semble-t-il, l'usage du dialecte adopté par les fondateurs de ce théâtre.

A peine quelques expressions et quelques tournures nous avertissent-elles que le lieu de la scène est dans le royaume de Valencia. Peranton, qui est castillan (no s6 sino castellano — ) bien llano, v. 38i), ayant dit en parlant du bétail, qu'il meurt « montones, Juan, qui est valencien, croyant qu'il veut parler des moutons, l'avertit qu'en valencien l'on dit niolto-

nes.

|Calla ! que dizen a moUones »,

Si entiendes lo valenciano. (V. 879-380.)

En revanche, Peranton ne comprend pas l'italianisme lontano, dont se sert le valencien Gil :

No hazian sino huyrse De la mar lo mâs lonlano.

Peranton : (\Qué quiere dezir lontano, Gil liermano?

Gil : Que se aparlavan muy lexos...^ (V. 1 19-123.)

I. Je doute que l'on puisse trouver dans l'éa-logue des traces bien nombreuses de valencien. Au vers 72 {cou falso esplefe), Baist voit dans esplete le mot Français « exploit ». Il me semble beaucoup plus naturel et conforme au sens du passade d'y reconnaître le valencien esplet ^=. abondance, foule. L'augmentatif «i7*(7/es (v. 60) paraît une forme locale de nasa; tovaj'a (v. 353), dans le sens de toalla, est intlucncé par le valencien tovalles. Escotes (qui manque, ainsi que beaucoup d'autres formes, dans le glossaire de Kohler) semble l'analogue du français escol , dans le sens de drap d'Ecosse (v. 719). Quant à l'explication de à colso ralo (v. 5o3) par a coilivo rato. proposée par Stiefel, elle paraît plus que douteuse. — Au v. 564, '' faut évidemment lire catando et non cantando ; au v. 592, Trayo et non Frayo; au v. 724, hanse ijdo et non haa seijdo.

D'ailleurs, le caractère artificiel de cette langue rustique et plus encore de cette poésie pastorale, qui n est qu'un masque, est reconnu presque par ces bergers eux-mêmes :

Déxate dessas razones, Que aunque bivo entre paslores,

Knliendo lo palaciano. (V. 383-385.)

En somme, cette églogue pastorale, si elle n'enrichit pas sensiblement la littérature dramatique valencienne, mérite cependant d occuper une place dans son histoire. Elle prouve l'existence à cette date reculée d'un théâtre très valencien par le sujet et par l'inspiration, mais qui empruntait sa forme, ses personnages, sa métrique et sa langue à la Castille. Le hasard nous a conservé cet échantillon de 1 art dramatique de Valencia. Il est vraisemblable qu'il n'a pas été le seul et que bien d'autres analogues ont été perdus*.

L'églogue a beau avoir une saveur |3opulaire, elle n'en fut pas moins représentée, selon toute vraisemblance, devant un auditoire aristocratique. On discerne chez l'auteur le désir d'intéresser les gens du monde. L'épisode qui nous montre des dames de la noblesse se promenant à travers la campagne, à l'abri des épidémies, en quête d'un site pittoresque, la conversation que deux pasteurs engagent en les apercevant et leur façon discrète d'indiquer le nom des promeneuses'-, tout cela n'avait d'autre objet que de piquer la curiosité d'un public

1. Par exemple, cette pièce qui figure au Regisiriim, ou Catalogue, de la bibliothèque de Fernand Colomb : « La gran farsa christiana. Va. i532. » Il est probable qu'il faut interpréter Va. par Valencia. Cf. Cotarelo y Mori, Catàlogo de obras drainàticas impresas pero no conocidas Iiasfa el présente, Madrid, 1902, 12. Quant à la Égloga pastoril, citée dans le même Regislruni et cataloguée par M. Cotarelo à la p. 11 du Catàlogo précité, c'est celle qui vient d'être étudiée.

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