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Le bachelier Feinand de Rojas a certainement une petite part de responsabilité dans le Cancionero de obras de hurlas, publié à A alencia en ioiq à 1 imprimerie de Juan Ainao. Si la plus brutale des poésies de ce recueil, la C... Comedia, se donne pour une parodie des Trescientas de Jean de Mena, elle n'en invoque pas moins dès le début le patronage de la mère Célestine : « Elle s'appelait, y est-il dit à propos dune vieille entremetteuse, Maria de \elasco... On ne la connaît plus que sous la dénomination de la Buyza, nom tout aussi célèbre en son genre que celui de la Célestine. »
Mais les œuvres qui à A alencia représentèrent la tradition directe de la « Tragicomédie », ce furent la Comedia llamada Tliehayda et la Comedia llamada Seraphimi, imprimées l'une et 1 autre en i52i par George Costilla, en même temps qu'une troisième pièce, dont nous aurons à parler tout à l'heure. De la Thebayda et de la Seraphina , il n'y a rien dire dans cette histoire du théâtre, car hormis leur titre de « Comédie », elles n ont rien de dramatique. Ce sont, comme la Celestina ellemême, des romans dialogues, et le cynisme de leur intrigue, l'audace à peine croyable de certaines scènes auraient empêché, à défaut d'autres motifs, le moindre simulacre de représentation. Inégales par leur mérite et par leur longueur (la Seraphina est à la fois beaucoup plus brève et beaucoup moins ennuyeuse que la Thebayda), elles ont été écrites par un auteur qui résidait à \ alencia, qui même connaissait de la cité, de sa langue, de ses usages ce qu'on en apprend par un séjour prolongé, mais qui, d'origine, de cœur, d'inspiration, était Castillan, et plus précisément Andalou.
11 convient mieux à notre dessein de suivre à Valencia l'influence de la Celestina sous la forme plus dramatique qu'elle avait prise en se combinant avec celle de la Propaladia. Il y a eu en Espagne, pendant la première moitié du seizième siècle, parallèlement à l'école qui relevait de Jean del Encina, une autre école dramatique placée sous le double patronage de Fernand de Rojas et de Torres ÎSaharro. Elle a produit des œuvres plus amples, moins nombreuses peut-être, mais d'une
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portée plus haute que les églogues euciiiieuues. Elle aspire à peindre — avec plus ou moins de finesse — la société contemporaine, à tracer — avec plus ou moins de sûreté — des caractères ou des silhouettes, à comhiner des intrigues variées, oià l'amour sous une forme parfois tragique entrecroise le feu de ses rivalités. Extérieurement, les pièces écrites sur ce modèle se reconnaissent à ce qu'elles portent presque toujours le titre de Comediu suivi d'un adjectif qui est dérivé du nom de l'un des personnages, par exemple la Comedia Himenea à cause de l'amoureux Himeneo ou la Comedia Jacinla à cause du galdn Jacinto. Au contraire, les œuvres dérivées de Encina prennent plus volontiers la dénomination de « Eglogue » ou de « Représentation » ou de Auto, quelquefois, mais rarement, celle de « Farce » ou de « Comédie ». Chez Torres Naharro, enfin, et chez ses disciples, la « Comédie » est divisée en cinq actes ou journées, elle est versifiée en strophes de pie quebrado, elle est précédée d un prologue {introito) et d'un argument dont la récitation est confiée à un berger inculte et lourdaude Trois œuvres au moins détournèrent sur Valencia une partie du courant qui s'était formé dès la publication de la Propaladia. C'est à Naples, en 1017, que celle-ci fut imprimée pour la première fois; mais la plupart des pièces qui la composaient étaient déjà depuis plusieurs années du domaine public. Il ne faut donc pas s'étonner si à Valencia, dès le mois de février 102 i , on achevait l'impression d'une comédie où l'influence de Torres Naharro est sensible; Elle s'intitule, selon la formule de cette école, Comedia HipôUta; elle avait été récemment composée — nuevamenta compaesla — et elle a été publiée dans le même volume que les deux comédies Thebayda et Seraphimi, dont il a déjà été fait mention. Seulement, tandis que ces deux comédies étaient en prose, tandis que par la disposition de leur
I. Cette distinction entre les deux écoles dramatiques a été établie par Menéndez y Pelayo. 11 y est revenu dans plusieurs de ses œuvres, à bien des reprises. Cf., notamment, Propaladia de B. de Torres Naharro, con un estudio crilico de D. M. Menéndez y Pelayo, II, Madrid, MCM, cxlvi sq. — Origenes de la novela, 111, Madrid, 19 10, cxlvii.
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intrigue et le laisser-aller du développement elles étaient exclues â jamais de l'honneur de paraître sur une scène, la Hipôlita use d'un bout à l'autre des strophes de pie qaehrado, et se prêtait au besoin à la représentation publique. Le fait que les trois comédies formèrent à leur apparition un seul volume, semble indiquer que l'auteur, comme le volume, était unique, et, d'autre part, les différences qui apparaissent entre elles ne sont pas assez importantes pour contredire cette présomption.
Or, l'auteur de la Thehayda et de la Seraphina, l'auteur par suite de la Hipôlita. provenait d'Andalousie, et pour s'être transporté à Valencia il n'avait rien abdiqué de ses origines. La démonstration en a été faite par Salvâ et par Menéndez y Pelayo avec trop de sûreté pour qu'il soit nécessaire d'y revenir'. Mais une conséquence en résulte qui est pour nous de première importance. Si l'intluence de Torres Naharro s'est exercée à Valencia, ce n'est point par l'initiative d'un Valencien ; pour pénétrer dans la cité qui semblait le port d'accès de tous les produits italiens, ce théâtre nouveau, dont l'éclosion s'était faite dans la toute prochaine Italie, a eu besoin de l'intermédiaire d'un Castillan. Loin de sortir de chez eux, loin d'aller puiser au dehors leurs inspirations, les auteurs du terroir limitaient volontiers leurs horizons, soit aux murailles de leur cité, soit aux lambris des salons ou aux bosquets des jardins royaux. Ils attendaient que des modèles fussent importés chez eux par des mains étrangères.
Parmi les imitations valenciennes de la Propaladia, si la Comedia Hipôlita est la première par la date, elle est probablement la dernière par le mérite. Les contemporains et peutêtre l'auteur lui-même en ont senti l'infériorité puisque, en réimprimant en 15^6 à Séville le volume de iSai, ils en ont exclu précisément la Hipôlita, de telle sorte que la pièce qui nous occupe est connue uniquement par le texte de 1021. Courte et superficielle, la Hipôlita reproduit exactement dans les grandes lignes le thème de « La Célestine ». Elle met en
I. Salvâ, I, no i430. — Menéndez y Pelayo, Origenes..., III, clxxxvi sq.