‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 57 sur 343 · V. 74, « fundada sobre verdad · texte numérisé non relu

V. 74, « fundada sobre verdad

2. V. 87-88, « y esta ficion se recréée | de vna verdad que passé ».

ii8 l'art duamatiole a valencia.

La dupe, je veux dire le mari, ne pouvait pas tarder à paraître. Débonnaire et confiant, satisfait de lui-même et des autres, Gazardo, qui est un paysan parvenu, énumère complaisamment ses richesses et ses raisons d'être heureux. Carlino lui a révélé que sa femme se laisse conter fleurette, mais ce détail n'importe guère, et au surplus, pour en avoir le cœur net, il s'en informera auprès d'elle. La voilà qui arrive en compagnie de Carlino. L'innocent Gazardo pose sa question, et il est tout surpris de constater que Liria se retire après un sec démenti et que Carlino le semonce pour sa maladresse. Il promet de mieux s'y prendre et de surveiller avec l'aide de Carlino l'épouse volage. Torcato devient plus entreprenant à mesure qu'il se sent plus menacé. Pour avoir des rendez-vous avec Liria, il sollicite de Frosina qu'elle lui prête son logis, et Frosina, quoiqu'elle soit la tante de Gazardo, n'hésite pas à collaborer à la dissfràce de son neveu. Par malheur le subtil Carlino a eu vent de cette combinaison; il multiplie les enquêtes pour en surprendre les détours. Il s'efforce de communiquer à Gazardo la vertueuse indignation dont il paraît animé. Hélas! ce placide mari tient surtout à son repos. Loin de chercher querelle à Torcato. il ne craint rien tant que de le rencontrer. Libre à Carlino de défendre un honneur dont personne ne lui a confié le soin l Les inquiétudes du cœur s'ajoutent pour Torcato aux persécutions de Carliuo. Liria n'est plus pour lui ce qu'elle s'est montrée naguère. Peut-être réprouve-t-elle Torcato d'avoir révélé à Frosina le cher secret de leurs amours. Elle boude maintenant, elle s'enferme dans une froideur distante. Carlino a raconté à Toral que sa femme Frosina s'emploie avec le zèle d'une entremetteuse à rapprocher les amants, et Toral en a conçu une violente colère. Car c'est un solide paysan que Toral, bien musclé et ami des résolutions énergiques; il veut assommer sa femme pour cause de proxénétisme, il veut fouetter Liria pour cause d'inîidélité, il voudrait même rosser Gazardo pour lui donner un sentiment plus chatouilleux de l'honneur conjugal. Carlino apaise ce frère fouetteur. Il imagine, quanta lui, l'expédient moins brutal d uuc lettre écrite de

la même écriture que celle de Liria et par laquelle celle-ci donnerait congé à son amant.

Cette fausse missive est bientôt remise à Torcato. Il la lit et son cœur se déchire. Il se lue, et de son sang il écrit une lettre d'adieu à celle pour qui il va expirer. Fatal et tragique enchaînement : en lisant ces lignes défaillantes, Liria se sent attirée par la mort, puisqu'aussi bien elle n a plus d'autre moyen de retrouver son bien-aimé. Elle meurt à son tour. Carlino et ïoral, qui ont été les ouvriers de ce dénouement, emportent les cadavres, tandis que Gazardo laisse voir une mélancolie de mauvais aloi.

Cette analyse suffit à montrer que la Farra a manera de tragedia est une œuvre ambitieuse et complexe; ce n'est pas une anecdote prestement représentée, c est une intrigue diverse et savamment combinée, ori des éléments opposés se rencontrent.

Cette farsa tend vers la tragédie comme son titre l'indique ; on doit même dire, si l'on veut entrer dans les intentions de l'auteur, qu'elle est une tragédie. Car il n'a pas caché son sentiment sur ce point : « La présente Tragédie, écrit-il à la fin du livre, a été imprimée à Valencia », et dans le prologue il a exposé ses raisons de revendiquer pour elle pareille qualification : (( Cette farce mérite que nous l'appelions tragédie, parce qu'elle se termine par une double mort^ » Sans doute le héros et l'héroïne de la pièce se détruisent au dernier acte, et c'est un indice en quelque sorte matériel qui permet de la classer parmi les tragédies. Mais, parce qu'un poignard entre en jeu, la, dignité de l'œuvre ne s'en trouve pas accrue; il y faut d'autres circonstances, telles que le pathétique des situations et la puissance des sentiments, et c'est de quoi elle ne manque pas. L'objet principal que l'auteur s'est proposé, ça été, en effet, de représenter deux êtres en proie à la plus impérieuse, à la plus insatiable des passions. Il décrit le lien qui les unit, d'au-

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