Scena qiiinta
« Conjurote por los vientos
y por las sierras de Armenia,
y por les quatre elementos,
por todos los mouimientos
que hay en el puerto de Dénia :
por la torre y fuerte muro
de la villa d'Alarcon,
y porque esté mas seguro
con la hez del vino puro
y esse mal de! griHimon. »
i8o l'art dramatique a valéncia.
Aspirant pour son œuvre à cette haute qualification, l'auteur a pensé qu'elle la mériterait aussi à force de tenue et de correction. Libre aux pièces d'une catégorie moins relevée de se moins surveiller! La Filoména, parce qu'elle vise à se placer au sommet de la hiérarchie dramatique, est tenue à une recherche de bon goût. Il ne faudrait pas conclure de là qu'elle a une valeur artistique; elle allie, au contraire, la bizarrerie à l'enfantillage. Mais enfin, le talent du dramaturge a beau rester inférieur à la tâche, il a cependant conçu des ambitions moins vulgaires. Le style, la versification, le jeu des tirades et des répliques trahissent la préoccupation de bien faire, le désir d'un travail probe et soutenu. Philomèle, au moment oii elle vient de débarquer en Thrace avec Térée, s'abandonne à des élans lyriques : « \oici des terres fertiles remplies de fruits délicieux! Voici un bois qui me plaît! J'entends le chant des oiseaux, et c'est pour moi la plus douce des joiesM )) Toute cette scène quatrième marque un effort vers un art moins sommaire. Térée y découvre sa passion à Philomèle; la jeune fille, tour à tour effarouchée et courageuse, oppose sa faiblesse au plus brutal désir; et si peut-être les sentiments qui animent les protagonistes nous échappent quelquefois, nous discernons cependant sous leurs gestes autre chose de plus subtil. Par là se marque une tentative pour atteindre, avec des moyens encore insuffisants, à la dignité de la tragédie.
Il fallait, pour justifier l'étiquette de tragi-comédie, que cette application persévérante se tempérât parfois de gaîté. Or, le théâtre espagnol du seizième siècle ne semble pas avoir conçu le comique sous une autre forme que celle du simple. Pour faire rire, il jugeait indispensable l'intervention d'un bouffon professionnel, et il condensait en un personnage spécialement
« Que monte tan fructuoso lleno de frutas suaves !
que bosque tan deleytoso !
y lo que mas me da gozo es el canto de las aues. »
LE THEATRE POPULAIRE. l8l
afiecté à cet emploi tous les éléments de gaîté qu'il aurait pu répartir entre plusieurs protagonistes et égrener au fil de la pièce. Qu il s agisse d une tragi-comédie, d'une farce ou d une comédie, toujours le simple sera présent, et il est déplorable, en ce qui concerne la Filoména, qu'il ne soit pas plus souvent absent. Il accompagne d'un bout à l'autre l'intrigue de la tragédie, et cet accompagnement, hélas! ignore la sourdine : c'est une fanfare joyeuse, nasillarde, claironnante, qui éclate presque toujours à contretemps. Pendant le repas sinistre où une mère sert à un père les morceaux mal cuits de leur enfant, Ihorrible bouffon sollicite, les maîtres une fois repus, la faveur de ronger les os ! Humer à larges rasades le vin de Saint-Clément ou de la Roda, ravager pour de copieuses ripailles le poulailler du vieux Pandion, telle est loccupation préférée de ce Taurino, dont l'encombrante personne n apporte pas seulement un correctif aux liorrlfiques péripéties de la pièce, mais un contraste pénible à force d'être démesuré. Ce type traditionnel du simple, contestable déjà, malgré tant de traits heureux, dans une comédie, fait de cette tragi-comédie un monstre, où le mélodrame alterne avec la parade foraine.
La « farce » se tenait aux antipodes de la tragi-comédie. Elle se proposait de faire rire, rien que de faire rire. Foin des maximes et des graves propos! Le souhait du vulgaire, lorsqu'il se rend au spectacle, c'est d'y trouver occasion de se dilater la rate : la farce n'a d'autre objet que de satisfaire son désir*. La tragicomédie, au contraire, ne se terminait j)as sans qu une leçon s'en dégageât, et le prologue de la Filoména avait mis en lumière la moralité de la pièce.