‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 76 sur 343 · el nombre d'ella sera Trapaçera · texte numérisé non relu

el nombre d'ella sera Trapaçera

por ser en l'arte y nianera

hecha a modo de farsalia,

como se usa en ytalia

y por toda su ribera. » 383,

i86 l'art dramatique a vale.\cia.

recherche d'un demi-anneau qui a été perdu et qui, une fois retrouvé, enrichira Saluzio et sa sœur Aureha.

Timoneda, en énumérant dans le prologue de la Aurélia certains attributs caractéristiques de la comédie, se souvenait-il des pièces, qualifiées «comédies», qu'il avait publiées en i559? Il y a plus que des différences, il y a un changement complet entre la conception qu'il avait de la comédie au temps de son premier recueil et celle qui se dégage de la Aureha. D'abord les comédies de iooq ne sont pas subdivisées en cinq a journées )), mais bien en un nombre variable de « scènes » ; il y en a dix dans « Amphitryon », quatorze dans « les Ménechmes », sept dans La Carmelia. Mais voici qui est encore plus grave : les comédies de iodq sont en prose; la comédie de i56A, comme toutes les autres pièces du même recueil, est en vers. Or, écrire en prose des œuvres destinées au théâtre, c'était, vers 1559, une originalité. Je veux bien que Timoneda ait eu des précurseurs, et Lope de Rueda avait commencé depuis deux lustres au moins à colporter de ville en ville des saynètes et des comédies dont tout porte à croire qu'elles n'avaient rien de poétique. Cependant notre Yalencien a été des premiers qui aient sinon composé, du moins imprimé, des pièces à la fois prosaïques et jouables. Lui-même a souligné dans la préface des Très Comedias la valeur de son innovation :

Quel agrément on éprouve à lire des comédies écrites en prose et combien la prose se plie à la peinture des vices et des vertus, voilà, mes chers lecteurs, ce que n'ont ignoré ni l'auteur des « Amours de Calixte et de Mélibée », ni l'auteur de « I^a Thébaïde ». Mais il manquait à leurs œuvres, pour être parfaites, qu'on put les représenter comme celles écrites en vers par Barlolomé de Torres et ses successeurs. Je me suis donc proposé de composer des comédies en pro.se, mais courtes et jouables'.

I. « (Juan aplazible sea cl estilo comico para leer pueslo en prosa, y quan propio para pintar les vicies y las virtudes (amados lectores) bien lo supo el que compuso les amores d'Calisto y Melibea y el otro que hizo la Tebaida. Pero faltauales a estas obras para ser consumadas poderse representar como las que hizo Barlholome d'Torres y otros ea métro. Cousiderando yoesto quise hazer comedias en prosa, de tal niancra\]ue fuessea breues y represenlables », 9.

LE THEATRE POPULAIRE. lO"

Ce programme dénote chez rimoneda une vue singulièrement nette de la situation. Gomme il l'indique, la tradition dramatique penchait pour l'emploi du vers. Mais, d'autre part, la prose avait fait ses preuves dans des œuvres mixtes, intermédiaires entre le drame et le roman. Il restait à conclure un mariage, à combiner l'habileté scénique des dramaturges de profession avec la forme des romanciers, et ce fut, au moins pour une part, l'œuvre de Timoneda. Après quoi, il a eu beau jeu à éditer les œuvres d'Alonso de la Vega ou celles de Lope de Rucda, qui, sauf de très rares exceptions, n'usent jamais de la versification. Il avait su prendre les devants et se ménager, avec plus d'à-propos peut-être que de vérité, l'honneur de cette innovation.

Il avait montré sur ce jioint de l'habileté plutôt qu'une originalité véritable, et cette impression incertaine est en fin de compte celle qu'il nous laisse. On ose à peine porter sur lui un jugement. Car au moment où nous allons lui faire honneur de quelque mérite, cette arrière-pensée nous obsède que peutêtre il en est redevable à autrui. Tout juste osons-nous dire : il a choisi avec sûreté, il a acclimaté avec bonheur à Valencia une forme de l'art dramatique qui probablement est venue s'offrir sans même qu'il ait eu à sortir de chez lui, mais dont il a pour le moins deviné la fortune prochaine et aidé la diffusion. De tous les essais qui s'élaboraient en Espagne vers le milieu du seizième siècle, il a su, soit comme éditeur, soit comme auteur, séparer et retenir ce qui était viable, et de ces embryons vivaces il n'a laissé péricliter aucun. Car s'il n'eut pas les qualités maîtresses du créateur, il posséda toutes celles de l'ouvrier. Pour reprendre un barbarisme expressif, il fut en toute chose un « profiteur ».

Il a été plus grand par son influence que par son talent. Assez d'autres ne réussissent pas à faire accepter de leurs contemporains de brillantes qualités, dont le tort est de se développer à contresens du mouvement général. 11 n'avait, quant à lui, aucune vocation pour siéger dans le coin des méconnus de génie. Son assurance en a imposé, sinon à ses contemporains,

du moins à la, postérité, qui l'a considéré quelquefois, lui le professionnel du plagiat, comme un novateur perpétuel.

Il est temps d'y regarder de plus près. En réalité, son œuvre dramatique ne lui a point survécu, elle n'a même pas duré autant que lui, et ce qu'on a plus tard imité ou exploité, ce n'est pas sa Tiiriana. ce sont ses contes du Patraniielo ou du Sohremesa. Mais à l'heure oii il a paru sur la scène, son action est capitale. D'une part, il a fait rentrer le théâtre de Valencia dans le courant de la littérature espagnole, il lui a fait perdre toute velléité de se développer à l'état indépendant, il l'a bon gré mal gré incorporé au patrimoine national, et à ce point de vue ses rapports d'amitié et d'affaires avec Lope de Rueda prennent la valeur d'un symbole. D'autre part, il a donné, lui l'humble artisan de Valencia, au théâtre de sa petite patrie une allure et mieux encore une destination franchement populaire. C'en est fini, grâce à lui, à la fois des pièces destinées à être lues plutôt qu'à être jouées, et des pièces qui, par des sujets trop spéciaux ou des mises en scène luxueuses, convenaient exclusivement à des auditoires aristocratiques. Peut-être le théâtre n'a-t-il acquis ce regain de popularité qu'en renonçant à ses plus nobles ambitions. Toutes les pièces publiées par Timoneda présentent ce trait commun qu'elles manquent d'idéal ; elles dépeignent des intérêts, des appétits, des passions médiocres, tout le côté prosaïque et vulgaire de la vie, sans même qu'on y voie, comme dans « La Célestine », en manière de compensation, la noble figure de deux amoureux tragiques. Mais, enfin, même au prix d'une déchéance morale, elles ont vécu, et pour vivre elles ont renouvelé leur sève dans un contact direct avec le peuple. Les prologues qui les précèdent, les chansons qui les suivent, les indications scéniques qui les accompagnent, nous les montrent tout armées pour la représentation, plus voisines des tréteaux que du livre. Elles existaient moins encore par la grâce de leur auteur que par celle d'un public dont le jeune enthousiasme faisait surgir vers ce temps-là les troupes nomades des acteurs aussi bien que les farces et comédies des auteurs.

LE THEATRE POPÛLAÎRË. îSg

Il reste à voir mainlenant comment des tendances analogues se sont manifestées dans le théâtre religieux de Timoneda et comment y éclate, au même degré, une double fidélité à la Castille et au peuple; car, d'un côté, il a importé à Valencia des pièces religieuses, d'un type exclusivement castillan, et, d'un autre côté, il a prétendu par elles catéchiser la masse des chrétiens. Cette démonstration fera l'objet du chapitre suivant.

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