‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 80 sur 343 · I. Luc, XXIV, 29 : Timoneda · texte numérisé non relu

I. Luc, XXIV, 29 : Timoneda

« Reste avec nous, car le soir appro- « va déclinant

che, le jour est sur son déclin. » lo sol, y sacabal dia,

y la nit ve caminant. »

Iraité dogmatique ou peut-èlre un auto doctement écrit à Tombre d un sanctuaire a dû servir de modèle dans tout ceci à notre Timoncda. La tâche qu'il a remplie en composant El Casfillo de Eniaiîs paraît être d un rhapsode plutôt que d'un inventeur. Il a cousu bout à bout un paso, quelques versets de l'Evangile et une dissertation eucharistique. Peut-être tout son rôle s'est-il réduit à imaginer ce mélange et à lui communiquer, par le seul fait qu'il en combinait les éléments, une saveur nouvelle et d'ailleurs déconcertante.

h' Auto de la Iglesia est d'une con texture moins mêlée. Il a pour objet d'exposer « comment l'Eglise militante était exilée d'Angleterre et comment elle était mise en déroute dans une partie de la France et de 1 Allemagne * ». Par suite, autant et plus qu un divertissement édifiant, il était, aux yeux deTimoneda et de l'archevêque de Ribera, une machine de guerre contre les protestants. Qu'une croisade contre eux à Valencia et à cette date ait semblé nécessaire, nul ne s'en étonnera de ceux qui ont dépouillé les dossiers de llnquisition -. Ils avaient réussi à pénétrer, peu nombreux, mais actifs, jusqu'aux rives du Turia ; par leurs soins, les progrès de la religion réformée en Angleterre avaient été largement divulgués et l'histoire déjà ancienne d'Anne de Boleyn avait produit une impression assez profonde pour qu'en 1502 l'Académie des Nocturnes s'en occupât encore à propos d'un discours de l'académicien Mercader^. Il y avait donc, dans lAiilo de la Iglesia, à côté de la proclamation de vérités éternelles dont nul auto ne saurait se dispenser, une large part réservée à l'actualité. On peut même supposer que, pour écrire une pièce qui s'appliquât si exactement aux circonstances locales, TiiTioneda s'est affranchi, cette fois, cie ses modèles et qu il a fait un usage moins parcimonieux de ses dons personnels.

1. « Misteri Ecclesiastich, en lo quai se tracta com la Esçlesia militant ve desterrada de Inglaterra, y de parts de Francia y de Aleniaiïa fugida. »

2. Les résultats principaux de ce dépouillement sont résumés au chapitre vu de ce livre.

3. Cf. mon édition du Prado de Valencia, Toulouse, 1907. Introd., xliv.

Il a mis en scène des personnages conlemporains. A côté d'Eglise, d'Opinion et de Liberté, abstractions qu'il ne réussit point à animer, à côté de Jésus-Christ, de saint Augustin et de saint Thomas qu'il emprunte à l'histoire sacrée, il fait apparaître le roi Philippe et le pape Grégoire qui incarnent — forces trop souvent antagonistes et à cette heure étroitement associées — le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel. Pour donner une apparence d'unité à cette assemblée hétérogène, il en qualifie tous les membres, clercs et laïques, réels ou fictifs, du titre dé a bergers » ; la pièce n'a point, malgré cela, de tendance bucolique. Eglise, qui est mariée à Jésus-Christ, se console des tourments qu'elle subit dans divers pays par la fidélité des Valenciens. Son époux lui apporte le réconfort de sa présence et la console doucement, car d'abord elle est immortelle, puis les défenseurs ne lui manquent pas : le pape Grégoire XIII, le roi Philippe II et un a berger », nommé Jean, qui pourchasse jusqu'en Turquie le sultan et les infidèles. Voici que Philippe et Grégoire viennent assurer Eglise de leur dévouement. Elle obtient d'eux la promesse qu'ils aideront à éteindre en France l'hérésie, et le pape ne craint pas, à ce propos, de donner en exemple l'affreux massacre qui a fait mourir en un mois, sous le règne de Charles IX, l'Amiral, « chef des incrédules )), avec trente mille des siens*.

Jusqu'à ce moment, Vauto a été principalement un commentaire des événements contemporains; il va, maintenant, prendre l'allure d un sermon. Un berger et une bergère surviennent, Opinion et Licence, qui représentent l'un l'insubordination contre les dogmes, l'autre la concupiscence de la

Page 1