I. « Ja, Carlos lo Majorai
viuint lo bon Rey Frances, lo Almirant fonch mort despes per incredul principal, y trenta mil en vn mes. »
Pvcmarquons l'exactitude des renseignements de Timoueda. La Saint-Barthélémy ne fut pas une journée, mais une saison qui se prolongea un bon niois. Le chiffre des victimes est évalué à vinst mille à Paris, à six ou huit mille en province.
chair. Philippe veut les vaincre par la violence, mais saint Augustin et saint Thomas prétendent triompher d'eux par une argumentation en règle; en effet, ils établissent avec force la nécessité et la A'érité du mystère eucharistique. Grâce à eux, les brebis égarées rentrent au bercail ; une allégresse générale et une chanson pieuse célèbrent leur retour.
Tels sont les deux autos dont Timoneda a revendiqué le mérite pour lui seul. Ils diffèrent profondément 1 un de l'autre. (( Le château d Emmaus » se plie plus docilement aux nécessités de l'art dramatique; il mêle le réalisme à l'enseignement religieux, la peinture de ce qui est au tableau de ce qui doit être. L'auto de « l'Eglise » ne garde aucun contact avec l'humanité telle qu'elle est; il porte à la scène des symboles à peine transformés en personnages de théâtre et des personnages tout férus de symbolisme théologique. Ce contraste est-il une raison de croire que Timoneda, dans chaque cas, suivait un auteur différent et qu'en fait l'opposition tient moins à lui qu'aux originaux qu'il a copiés P Ce serait une conclusion trop radicale. 11 a écrit probablement sous la dictée d'un modèle. Il est resté à mi-chemin entre l'originalité totale et la servilité aveugle.
Il est d'autres cas oii la besogne qu'il a faite tient plus du copiste que de l'auteur. Les trois autos dont nous avons conservé les originaux nous le montrent emboîtant le pas à son chef de fde. « La Brebis égarée » est à la fois le meilleur et lé moins impersonnel de ces calques. Le sujet en est tiré d'une parabole de saint Luc au chapitre xv de son Evangile, et peu de passages des livres saints ont été plus exploités que celui-là par le théâtre religieux en Espagne*. Lope de Vega, pour sa part, n'a pas écrit sur ce thème moins de deux pièces, une églogue sacrée, El pastor lotjo y cafjaùa celestial, et un auto sacramental qui porte le même titre que celui de Timoneda'-.
I B. A. E., LVIII, igi, note i.
2. Les deux pièces ont été réimprimées dans Obras de Lope de Vega, publicadas par la Real Academia EspaTwla, tome II, 337 ^^ 607.
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Entre ces œuvres du « Phénix )) et celle insérée dans le Ternario, il y a plus et mieux qu'une rencontre fortuite : les personnages sont les mêmes de part et d'autre, et si l'intrigue diffère beaucoup, il n'en est pas moins vrai que l'art savant de Lope a su retrouver parfois les tendres et simples accents de Vauto primitif. A vrai dire, s'il se dégage de celui-ci une saine odeur de terroir et comme un parfum champêtre, le mérite n'en revient pas à Timoncda. Un manuscrit conservé à Madrid dans la bibliothèque de l'Académie de l'Histoire, et qui est surtout formé de pièces scolaires*, nous a révélé le modèle qui a été pillé dans le Ternario.
Le berger Custodio garde ses brebis. Apetito vient lui en disputer une. Ils mettent en parallèle les avantages que chacun des bergers offre à son troupeau : la brebis se décide à suivre Apetito. Custodio saftlige de cette défection, il en fait part à Miguel, et tous deux s'engagent sur les traces de la bête infidèle dans l'espoir de la rattraper. En réalité, la poursuite sera plus malaisée qu'ils ne le prévoyaient. Cristobal en personne, le maître du troupeau, dirige les recherches, car cette brebis il l'a acquise à beaux deniers et la perte lui en est insupportable. Il explique à Pedro pourquoi une seule de ses ouailles lui tient autant à cœur que toutes les autres; avant d'acquérir le troupeau, il a dû payer à l'ancien propriétaire, qui était son propre père, un prix tel que jamais il ne rétablira ses affaires compromises par cet achat. Tant de soins et de scrupules émeuvent l'àme simple de Pedro. Il demande à entrer au service de Cristobal et celui-ci, désireux de l'initier à ses fonctions, lui montre dans un bissac de l'eau, de l'huile, du pain et du sang : ce sont les symboles des sacrements. Il lui représente quels sont les devoirs du bon pasteur, notamment la vigilance et la miséricorde, et pour mieux montrer à quelles souffrances le berger fidèle s'expose, il dévoile les plaies dont il a le corps tout marqué. Ce long dialogue, riche de substance et qui ne manque ni de portée ni de pittoresque, détourne notre attention bien
I. Ticknor, Histoire de la Littérature espagnole, trad. Ma^nabal, II, 55g.
loin de la brebis fugitive. Miguel et Custodio surviennent à point pour ly ramener. Avec l'aide qu'ils prêtent, les recherches se poursuivent activement : la brebis est enfin retrouvée; les sacrements, qui lui sont aussitôt administrés, la préserveront désormais contre les tentations. Ce résumé suffit à montrer le dessin de la pièce telle que nous la lisons chez Timoneda. Une première partie, qui est la plus courte, nous représente les égarements auxquels le troupeau des chrétiens se laisse aller; la seconde partie montre l'autre côté du diptyque, c'est-à-dire les efforts et les sacrifices du pasteur pour corriger ces égarements. Rien de plus nel, ni de plus rationnel que cette division , et c'est exactement celle qui se retrouve dans le manuscrit de l'Académie de l'Histoire. Le sujet, le plan, les personnages, le style sont identiques dans les deux pièces; à peine, de-ci de-là, quelques variantes dans l'expression, quelques nuances dans les idées, et je ne dis pas que l'on ne pourra pas reconnaître à ces retouches la main de Timoneda, mais il suffit pour le moment d'avoir signalé une ressemblance qui est, d'un bout à l'autre de ces «ff/o* jumeaux, littérale et évidente.
Timoneda avait allongé de quelques strophes Vaufo de « La Brebis égarée y>, tel qu'il le trouvait chez son modèle. Par contre, il a abrégé, au début du Segundo Ternario, Y auto de (( La Fontaine des Sept Sacrements ». Il copiait cette fois une pièce intitulée : Farsa del Sacramento de la Fuente de San Juan* , mais il lui a suffi de coupures systématiquement pratiquées pour donner à son œuvre une portée différente de celle qu avait l'original. Saint Jean, habillé en berger et brandissant une palme, monte la garde auprès de la fontaine miraculeuse qui verse aux élus une éternelle félicité. Un ange lui donne la consigne d'en interdire l'approche à ceux qui n'en sont pas dignes par leurs œuvres et par leur foi. Deux visiteurs surviennent, Sosiego et Entendimiento ; un interrogatoire minu-
I. Rouanet, Aiifos, Farsas ij Coloqnios del sigln XVI, III, 180-199. Déjà publiée par Gonzalez Pedroso, B. A. K , LV'III, ioo-io3.
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lieux prouve à Juan la pureté de leurs intentions. Il va donc leur dévoiler les secrets de « La Fontanie aux Sacrements ». Chacun des sept orifices par lesquels l'eau s'écoule représente l'un des sacrements, mais ils n'ont pas tous une valeur égale; celui de l'eucharistie l'emporte sur les autres par les effets qu'il produit, par les circonstances où il a été établi, par tout ce qu'il comporte de grandeur mystérieuse et surhuniaine ; et comme Sosiego récite en l'honneur de l'eucharistie quelques vers d'inspiration populaire, saint Jean les commente magnifiquement en plusieurs strophes dont chacune se termine par un des vers de Sosiego. La contagion de ce lyrisme s'exerce sur les esprits plus lourds de Sosiego et d'Entendimiento ; Vaiito se termine sur un universel alléluia. Il n'y a presque pas d'action, comme on le voit, dans la pièce ainsi présentée. (( La Fontaine de saint Jean », d'où a La Fontaine des Sept Sacrements » émane, avait au moins du mouvement, à défaut d'une intrigue fortement liée. Par la correction un peu froide de son développement, par l'abus de la prédication, par le désir trop visible de catéchiser, « La Fontaine des Sept Sacrements » se range à côté du sermon dialogué qui forme la seconde partie de Vaiito de « L'Eglise ».
C'est au contraire la première partie de ce même auto, celle qui préconise une croisade contre les protestants, que l'auto de (( La Foi » rappelle. Non que les idées exprimées soient les mêmes : le rapprochement vient de ce que les deux autos prennent leur point de dé23art dans l'observation des mœurs et des usages contemporains. D'un côté, les progrès de la religion réformée; de l'autre côté, les ordonnances municipales qui réglementaient la vente du pain, voilà ce qui a donné au dramaturge l'occasion d'écrire ses pièces. Il ne s'est pas privé d'interpréter à sa guise, à grand renfort de symboles, cette réalité vulgaire, mais le seul fait qu'il la considérait prouve que, longtemps avant Calderon, l'rm/o savait au besoin s'inspirer de l'actualité. Timoneda, cela va sans dire, n'avait aucune pai't dans cette innovation, si c'en était une à l'époque où nous sommes; son auto de a La Foi » est une réplique de la Farsa
2o6 L ART DRAMATIQUE A VALENCIA.
del Sacramento Ilamada Premdtica del Pan^ . La scène, dans les deux pièces, représente le marché. Deux vendeurs, après s'être disputé les emplacements, se disputent maintenant les acheteurs par d'amples boniments; 1 un, qui s'appelle Fee, vend un pain salutaire; l'autre, qui s'appelle Mundo, prétend faire accepter un pain fabriqué par Satan. Un client quelque peu niais, Hombre, hésite longtemps entre les étaux, puis se décide pour celui de Mundo. Il s'en repentira bientôt. Razôn et Justicia, inspecteurs du marché, viennent examiner le pain de Mundo et, ne le trouvant pas légal, ils lui infligent un châtiment mérité. En demandant à une scène familière de la place publique l'allégorie dont il allait envelopper le dogme de l'eucharistie, l'auteur inconnu de la Premdtica del Pan affichait, jusque dans son titre, l'intention d'intéresser le peuple au spectacle. Rien d'étonnant, après cela, à ce que Timoneda ait recueilli avec empressement une pièce si conforme à ses intentions personnelles et à celles de son protecteur.
11 reste maintenant, parmi les six aulos de Timoneda, celui qui est, comme les trois que Ion vient de voir, le résultat d un larcin, mais sans qu on ait encore retrouvé la pièce originale ou l'auteur dépossédé. Qu'il y ait eu plagiat, le plagiaire lui-même l'a déclaré avec plus de précision encore que dans les cas analogues. Il a écrit au sous-titre de sa pièce : « OEuvre appelée les noces du Christ... portée à toute la perfection possible par Jean de Timoneda, quoiqu'elle ait été viciée par la faute des mauvais écrivains"^. » Remarquons ce pluriel : les mauvais écrivains. Il semble que nous soyons en présence d'une pièce devenue le bien commun d'une époque, et sur laquelle quiconque s'y sentait des aptitudes, s'exerçait à des variations. La pièce met en œuvre la parabole des noces qu'on lit au chapitre xxn de l'Évangile de saint Matthieu. Un prologue en plusieurs scènes et à plusieurs personnages montre Naturaleza Humana entre