I. H. A. E., LVIII, 78 b
de la seconde moitié du seizième siècle une irrévérence qui n'y était pas. Disons, pour serrer les faits de plus près, que les Yalenciens avaient en pareille matière la sensibilité plus chatouilleuse que la moyenne de leurs contemporains. Le départ se faisait plus exactement dans leur cité entre le profane et le sacré. Déjà les vieux mystères, malgré leur origine toute populaire, avaient évité de compiomettre dans des aventures suspectes ou par des plaisanteries gi:ossières les personnages et les épisodes empruntés aux livres saints. Au temps de Timoneda, ces scrupules se précisèienl et s'accrurent. Le théâtre religieux ne se contenta plus d avoir de la tenue et une réserve opportune, il prétendit par des chemins fleuris aboutir à l'austérité, sinon à la mortification. Il y a dans Vlntroilo de La Fuentede los SIele Sacramentos une déclaration significative : « Je sais qu'il n'est pas nécessaire de vous convier ici à rire, mais bien à considérer comment Dieu s'offre en aliment à ceux qui veulent s'élever jusqu'à sa gloire*. » Voilà qui est clair : le spectacle ne sera pas un divertissement, il sera un enseignement.
Ce principe, qu'il a lui-même formulé, Timoneda ne l'a jamais perdu de vue. D'un auto à l'autre, des différences sont à noter. Dans El Castillo de Emads^ la scène du début tient manifestement de la farce. La Oveja perdida, par le costume pastoral dont elle habille tous ses personnages, leur impose des propos, des attitudes qui n'ont rien d'édifiant, rien en tout cas de « spirituel » ; ces bergers de convention n'ont pas assez perdu le contact avec l'humanité j50ur qu'ils ne parlent point de mangeailles, et tel d'entre eux laisse échapper une injure qui, pour être courante à cette époque, n'en est pas moins proscrite du répertoire religieux de Timoneda^. Mais il n'y a