B. A. E., LVIII, 9G a
2. B. A. E., t. LVIII, 78 b : « Hideputa, socarrôn. » Le même vocable malsonnant se retrouve sous la plume du prêtre Jaime Ferruz, Ati/o de Cai'n y A bel, V. 266-267 :
a C.\YN. — O y de puta grosero!
« CuLPA. — O hi de puta traldor! >> M. Rodrii>uez .Marin a nionlré que cette injure était d'usage courant et ne
rien à conclure de ces exceptions, sinon que Timoneda. étant homme et, qui plus est. auteur, sacrifiait quelquefois son idéal à ses commodités. Bien autrement significative est la correction irréprochable qu'il a gardée ailleurs. Des mutilations ont été infligées aux originaux pour les purger de tout germe malsain. Que Ion n'argue pas que dans Yaato de La Fee une place a été conservée à l'emploi traditionnel du simple, qui appartenait au répertoire de la farce; par le seul fait que cet emploi est ici attribué à Hombre, une leçon s'en dégage : y a-t-il plus dur avertissement que de réduire à pareil rôle le représentant de notre orgueilleuse humanité?
Un des modèles que Timoneda a pillés, Ln Fuente de San Jaan, comportait une partie comique, piquante et copieuse, qui, à nos regards profanes, en fait encore l'intérêt. Notre censeur a impitoyablement coupé dans le vif; pas un seul vers d'inspiration badine n'est passé dans la pièce valencienne. Et pourtant ce rude correcteur était aussi auteur de saynètes, enjouées ou bouffonnes, qui ressemblaient comme des sœurs à celles frappées d'ostracisme. Sa raison était plus forte que son inclination. L'apôtre, cette fois, supplantait le dramaturge.
Un prédicateur qui resterait inintelligible à ses ouailles ne les ramènerait pas dans le droit chemin. Timoneda a toujours pris garde de rester accessible au peuple et particulièrement au peuple de Valencia. Quelle que fût la grandeur du sujet, il s'est efforcé avec bonhomie de le mettre à la portée de son auditoire. La chanson, assure un dicton que Timoneda aurait aimé, fait passer les paroles. Il a cru, en eifet, que rien ne valait, pour égayer des tirades austères, quelques chansons à danser. Ses modèles lui en fournissaient, et il les a presque toutes conservées. Dans Vauto de La Fee, il a supprimé un villancico, mais c'est parce qu'il était inséré au cours de la pièce et qu'il ne sied pas de détourner l'attention de l'audi-
clioqii.nit personne au seizième siècle et au dix-septième. Cf. Cervantes, Don Qiiijote, éd. de Fr. Rodriçuez .Mu-iu, II, ^oy , n. i. (Coll. Clùsicos castellaiios.)
LE THEATRE POPULVIUE. 2 1.)
loire, lorsqu'une fois elle s'est attachée à des objets sérieux. Au début et à la fin, il a eu bien soin de laisser quelques alertes refrains, et si le villancico initial qu il nous propose diffère de celui du modèle, la raison en est problablement qu'il a plié les paroles à un air familier des Valenciens.
Le peuple ne comprend jamais mieux que lorsqu'il se trouve en présence de phrases et de locutions familières. Les proverbes lui plaisent parce qu'il se reconnaît en eux. Timoneda a exploité ce penchant. Les maximes de la sagesse populaire, dans ses autos, sont habilement mises en valeur. Il souligne d'un trait plus fort les proverbes d'importation étrangère : (( Comme disent les Castillans, remarque-t-il dans La hjlesia, il n'est tel que dèlre libre'. » Ln de ses modèles a-t-il tronqué un proverbe, il s'empresse quant à lui de le rétablir tout au long- : ce sont reliques trop précieuses pour être mutilées.
Si les proverbes forment un langage spécial et en partie conventionnel, ils ne s'accordaient jamais mieux qu'avec le dialecte rustique, que depuis Jean del Encina les bergers parlaient invariablement sur le théâtre. Le langage des interlocuteurs, dans La Oveja perdida, ne présente sur ce point aucune nouveauté ; les soncas, les ahotas, les juvi à ml, les a la hé y foisonnent, et à peine y pourrait-on relever quelques formes^ qui ne se trouvent ni chez Encina ni chez Lucas Fernândez. L essentiel, c'est moins d en dresser la liste que de constater chez Timoneda dans le plus important de ses aatos l'emploi de ce dialecte. Il voulait évidemment laisser l'auditoire à ses habitudes. Proverbes et jargon concouraient à ne pas le dépayser, à lui faire entendre sur les planches un style déjà connu.
Les spectacles laïques avaient initié le public valencien à la manière d'Encina. Mais il y avait dans les aatos importés à Yalencia par Timoneda des traits de mœurs qui devenaient