Perque diu lo Castella | que el buey suelto bien se lame
2. Dans Ln Oveja perdida, B. A. E., LVIII, 8o a. Le modèle dit : « Que à Ip he mas vale un toma. » « Timoneda écrit : « Al fin, fin, nias vale un toma | Mue después dos le daré. »
3. Par exemple, grumado (= ayrumado =: abrumado), B. .\. E., LVIil, 8i b.
inintelligibles avec une organisation municipale et sous un climat fort difTérents du régime castillan. Timoneda, toujours vigilant, a pris ses précautions de ce côté. On s en rendra compte de préférence dans Yaido de La Fee qui. se référant à la vente du pain telle qu'elle se pratiquait en Castille, ne pouvait point être transporté à \ alencia sans modification. L'adaptateur supprime donc la mention de la calahorra, ou boulangerie municipale de type castillan, ouverte en temps de disette pour des distributions gratuites aux indigents : à Valencia, le blé acheté par les jurats pour la consommation locale était gardé dans les caves, ou sitjes, de Burjasot et distribué directement aux consommateurs*. Ailleurs, il tient compte de la différence entre les procédés de culture. Les paysans de Castille, dont les récoltes sont à la merci des eaux du ciel, entendaient fort bien cet éloge de l'Eucharistie : « C'est une ordonnance (concernant le pain), laquelle assure notre subsistance et notre bonheur, même si les pluies ne sont pas tombées. )) Mais dans la basse vallée du Turia. outre que le blé est peu cultivé, on s'est habitué depuis la domination arabe à compter sur l arrosage des canaux d'irrigation et jamais sur les pluies. De là. une ingénieuse correction de Timoneda : « C'est une ordonnance qui assure notre subsistance et nous conduit jusques au ciel"^. » Ainsi, rien ne subsistait dans ses autos qui put en compromettre le succès. Si leur objet est élevé, si leur ambition ne vise à rien moins qu'à la réforme des cœurs, leurs moyens d'expression restent à la portée du peuple et s'ajustent plus spécialement à la mentalité du public valencien.
Il ne fallait pas seulement que Timoneda conciliât les exigences contradictoires de son apostolat et de ses auditeurs; il fallait encore qu'il rendît plus aisément jouables les pièces qu'il adoptait, ^on qu elles n'eussent déjà subi sous leur forme pre-
1. Rouanet, op. cit., III, 255, v. 284 : « Este es pan de calahorra. » B. A. E., LVIII, 92 b. : « Que este es pan que nos ahorra. »
2. Rouanet, op. cit., III, 248, v. 70-71 : « Es prematica de vida | y de gloria, aunque no llueva. » — B. A.E., LN'III, 90a : « Que es pras^matica de vida, ' que al mismo cielo nos Ileva. »
LE THEATRE POPULVIHE. 2 10
mièrc l'épreuve de la représentation, mais elles étaient susceptibles cramcndcmenls. Les invraisemblances y abondaient, dont quelques-unes étaient inadmissibles. Dans la version primitive de La Oveja perdida, il y a, vers la fin^ une double conversation du plus fâcheux effet : Pedro et Cristobal occupent la scène, lorsque Miguel et Custodio y font leur entrée. ^ ont-ils engager un entretien à quatre.»^ Ce serait la seule hypothèse admissible, et c'est précisément celle qui ne se produit pas. Les nouveaux venus ne voient pas, quoiqu'ils l'aient sous les yeux, le groupe Pedro-Cristobal; ils conversent à deux, les autres en font autant, chaque groupe de son côté, et s'il y a là une convention que le théâtre moderne a trop souvent mise à profit, rendons grâce à Timoneda de l'avoir impitoyablement proscrite. Il n'a pas craint pour cela de réformer la coupe entière de la pièce. Il a reporté au début l'entretien de Miguel et de Custodio. Celui-ci tient la scène à ce moment; son camarade Miguel l'y vient rejoindre ; ils entreprennent à deux des pourjiarlers qu'aucune conversation parallèle ne trouble. La vraisemblance est rétablie.
Rien de plus contraire à la vraisemblance dramatique que la longueur exagérée des monologues. Les originaux copiés par Timoneda ne s'en étaient pas toujours gardés. Il était tentant, pour exposer ces vérités de la foi qui font le sujet des autos, de s'en remettre à un seul personnage, dont l'exposé devait être d autant mieux compris qu'il ne serait interrompu d aucune réplique. Timoneda a corrigé les abus où ses modèles étaient tombés. Voyez, par exemple, comme il a réduit à quelques traits expressifs le monologue redondant du pasteur qui rallie son troupeau menacé parle loup; non seulement il sacrifie les répétitions faciles, les imprécations banales, mais en même temps qu'il les ramène à l'essentiel, il en dégage, sous une forme familière, une leçon de conduite : « Quand le joasteur néglige les chiens, ceux-ci, à leur tour, négligent le troupeau* )), ce qui veut dire : du haut en bas de la hiérarchie,