‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 86 sur 343 · I. B. A. E., LVIII, 80 a · texte numérisé non relu

I. B. A. E., LVIII, 80 a

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une discipline doit être respectée pour que Tordre règne dans la paix. Ailleurs, il s agissait moins pour lui d'éviter des longueurs que des répétitions. La Faente de San Juan s'ouvre par un interminable monologue. Or, en préparant pour la scène La Fuente de los Siete Sacramentos, Timoneda avait prévu un prologue de sa manière, où précisément il touchait quelquesuns des sujets traités dans le monologue. Il a vu le danger d'un double emploi : les soixante-dix vers du monologue primitif ont été, par ses soins, réduits à une quai'antaine. C'était donner à la pièce une allure plus simple et plus vraie.

Cette même recherche de la simplicité et de la vérité, il l'a tentée d'un bout à l'autre de ses autos. Il y a chez lui une préoccupation très visible de ne point divaguer, de dire seulement le nécessaire, de ramener sans cesse l'esprit du spectateur à l'objet même du dialogue. Or, cette sobriété, on s'en est déjà aperçu, a pour corollaire un surcroît de précision dans la pensée et dans les termes. Ce ^ alencien a écrit en castillan avec plus de propriété que ses modèles. La bourre des chevilles, qu'il s'agisse de compléter un vers ou une strophe, il l'a chassée des tirades qu'il faisait siennes, et ses vers, groupés cinq par cinq, en général dans l'ordre abbab, ont une plénitude de sens supérieure à celle des modèles. Voici, par exemple, dans Vauto imité par Timoneda, les recommandations que l'ange adresse à saint Jean à propos de la fontaine vivifiante ; (( Cette eau sans seconde. Dieu ordonne que vous la gardiez et que vous n'en donniez à personne, qui ne soit comme il faut être. » Un vers, dans cette version, a choqué Timoneda par son imprécision : rjui ne soif comme il faut être, et il l'a très heureusement corrigé : « Cette eau sans seconde. Dieu ordonne que vous la gardiez et que vous n'en donniez à personne, qui ne se soit purifié au préalable^ . » En somme, Timoneda, même dans une matière aussi abstraite que celle du dogme, veut être le plus possible concret et réaliste. Toujours il a visé, en remaniant les pièces de son choix, à les rendre

I. Rouanel, op. ri/., III, i84, v. 106-109; B. A. E., LVIII, 97 a.

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plus dramatiques, à les accommoder de plus près aux nécessités de la scène.

N'avait-il point, après cela, quelque droit à les signer de son nom? Plus constamment édifiantes, mises plus exactement à la portée du peuple, plus aisément jouables, tel est le triple bénéfice qu'elles ont gagné à passer par ses mains. Son originalité, pour s'exercer sur des détails, n en est pas moins de celles que l'on peut définir. D'un mot, elle se distingue par ceci, qu'elle s est toujours manifestée dans le sens même des lois auxquelles nul théâtre, même religieux, ne peut se soustraire sans cesser d'être vivant.

Comment s'étonner de ce que les autos de Timoneda, s'ils importent pour sa gloire, importent bien davantage à 1 histoire du théâtre valencien.^ Entre autres mérites, ils ont eu celui-ci, dont nul autre n'approche en matière dramatique : c'est d avoir été joués. Mieux que cela : ils ont tenu une grande place dans la vie de la cité au temps où ils se sont produits, leur naissance a été une manière d'événement, et, pour l'un d'eux au moins, elle fut saluée par une sorte de reconnaissance officielle : je veux parler de La Fiiente de los Siefe Sacramenfos, qui valut en prix à son auteur quatre aunes de velours cramoisi. Il y avait donc à cette date, pour la Fête-Dieu, des concours d'autos sacranientales avec un palmarès et des prix. Cette institution correspond trop exactement aux vues de l'archevêque D. Juan de Ribera pour que l'initiative ne lui en soit pas attribuée; mais la portée en dépasse de beaucoup sa personne. Car, s'il y a eu concours, il y a donc eu des concurrents ; et de là il faut déduire qu a Valencia une floraison de pièces religieuses s'est épanouie dont la mémoire même s'est perdue. Il serait imprudent de s'attarder sur leur disparition à de trop amers regrets. Si une pièce était primée, telle que celle de Timoneda, où l'apport personnel représentait plus d'application que de nouveauté, que penser de celles qui sont dès leur naissance retombées dans l'oubli ?

Sur la date de ces manifestations dramatico-religieuses. la

chronologie des œuvres de Timoneda nous renseigne approximativement. Lui-même nous a donné un renseignement précis dans l'épître liminaire de son Ternario sacramenlal : « J'ai eu le courage et l'audace, écrit-il à D. Juan de Ribera, de vous dédier ces autos qui ont été joués en votre aimable et bienveillante présence dans l'année mil cinq cent soixante-neuf*... » Par malheur, Y auto de La Iglesia contredit cette affirmation; il met en scène le pape Grégoire \II, quia reçu la tiare en 1672, il évoque la Saint-Barthélémy, qui est du mois d'août 1672, et la bataille de Lépante, qui est de 1571. Comme ces allusions aux événements contemporains prenaient d'autant plus d'intérêt que ceux-ci étaient plus récents, il y a lieu de supposer que La Iglesia a été jouée pour la Fête-Dieu au printemps de 1.573. En ce qui concerne le Seguiulo Ternario, une déclaration explicite de l'auteur reporte à l'année 1570 La Fuente de los Siete Sacramentos. D'autre ])(irl, dans Los Desposorios de Crislo, l'apparition d'un soldat qui vient de combattre à Lépante place presque certainement à la Fête-Dieu de 157a 1 époque de la représentation. Il apparaît donc que Timoneda, en distribuant ses autos entre les deux Teriiarios, n'a tenu aucun compte de l'ordre dans lequel il les avait fait représenter. Ceci, au contraire, s'impose comme une certitude que, de 1669, 011 le nouveau prélat assuma la direction du diocèse valencien, jusqu'à 1075, où les Ternarios furent publiés, six années se sont écoulées, et que, précisément, le recueil contient six autos, c'est-à-dire un par année. Serait-ce donc s'aventurer que d'en attribuer un à chacune des années écoulées? En 1670, La Fuente de los Siete Sacramentos; en 1573, Los Desposorios de Cristo; en 1573, La Iglesia, et pour les trois autres années iSGq, 1071 et 1574, sans qu'il soit possible de préciser, El Castillo de Emaus, La Oveja perdida et La Fee, voilà, dans la contribution de Timoneda à l'œuvre du théâtre religieux, les dates certaines et les dates probables.

I. « He tenido animo, y osadia de dirigirle estos présentes Autos representados delaute su affal^le y benigna presencia el ano de mil y quinientos y sesenta y nueve. »

A-t-il continué plus lard sa propagande eucharistique? Il est impossible d'en douter, mais il est peu probable qu'il ait encore employé la forme dramatique. Dans l'inventaire des ouvrages qui ont été trouvés dans sa librairie après décès, on lit l'indication suivante : « Cent soixante-trois œuvres intitulées Troisième partie de ce rjua la et composé Jean Timoneda à la louange du Très Saint-Sacrement dans l'année mil cinq cent f/uatre-vingt-un^.. . » L'indication qu'il s'agit d'une troisième jjartie donnerait à penser que nous sommes en présence d'un livre qui faisait suite aux deux Ternarios sacramentales, composé selon la même méthode et formé de pièces analogues. Mais, d'une part, le titre précise que cette œuvre avait fait l'objet d'une « lecture » et non d'une représentation; d'autre part, la longueur attribuée à ce volume et qui était d'une feuille et demie, ne correspond pas avec celle des Ternarios, qui, aux termes du même inventaire, atteignait à onze feuilles et demie. La brochure, quelle qu'elle fût, se signalait surtout par sa brièveté ; elle se rattachait à l'œuvre poétique et non aux entreprises théâtrales de Timoneda.

Sur le lieu où les représentations étaient données, l'hésitation n'est guère possible. Presque toujours, la présence de 1 archevêque et la présence de prêtres en grand nombre, (( élite du clergé'^ », auxquels Timoneda semble s'adresser particulièrement dans le second introifo de La Oveja perdida, donnaient au spectacle le caractère d'une cérémonie religieuse. L'auditoire, d'autre part, ce n'était pas, au témoignage de l'auteur, des gens en quête d'un plaisir, c était « un collège de chrétiens, assemblé par la grâce de Dieu^ ». Quant aux acteurs.

1. « Item cent sexaala très obres jut. tercera parle de lo que leyo y compuso Joan Timoneda en loor ciel Santissimo sacramento ano Mil quinientos ochenta y huno a pieg y mig' tenen non mans desset fulls. d (Serrano Morales, 553.) — Pastor Fuster (I, i63) a donné une description détaillée de cette Tercera parie; il y a lieu de la tenir pour très exacte, et elle exclut catés,oriquement toute confusion avec les Ternarios.

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