‹ L'art dramatique à ValenciaChapitre 89 sur 343 · I. Acte I : « ^^Esperança? ^,Beatris? ^.Juana · texte numérisé non relu

I. Acte I : « ^^Esperança? ^,Beatris? ^.Juana

01a, Vicentilla, ^'.adonde

estays? /. ninouna responde?

(Sale Esperança, criada.) Esi'. — Ya van, seïïora, ^fjue mana,

que mana vosanierce?

Hip. — ^•,No

te he dicho que has de hablar

castellano?

Esp. — Descuydar

me suelo, mas yo lo haré...

Hn». — Habla siempre en castellano.

Esp. — Y perdona si hablo mal. »

discipline abolie, il y a lieu de croire, au contraire, que le valencien dans lequel ils étaient écrits précipita leur ruine. Timoneda était trop averti pour ne pas s'en apercevoir. En 107/1, au moment précis où il écrivait ses autos, Yiciana proclamait que (( tous les \alenciens comprennent le castillan, et beaucoup le parlent, oublieux de leur propre langue* ». Si l'amour de la petite patrie, si le i-espect des traditions locales eurent par deux fois assez de prise sur Timoneda pour qu'il valencianisât, il sut dans la plupart des cas se rallier au castillan. A un genre renouvelé par la substitution de Vauto au mystère, il comprit qu il convenait de donner une langue nouvelle. Telle fut son influence dans l'histoire du théâtre religieux à \alencia : plus grande par les circonstances que par les œuvres, plus considérable par l'à-propos que par le talent. Son originalité est toute locale; aux anecdotes pittoresques des mystères il a substitué l'enseignement théologique des autos, aux spectacles en plein air il a substitué des représentations plus édifiantes, au valencien il a substitué le castillan. Mais, de toutes ces innovations, il n'y en a pas une seule qui lui appartienne en propre. Il les pillait où bon lui semblait, les croyant siennes du moment qu'elles étaient opportunes. Son mérite, c'est d'être venu au bon moment. Nul plus que lui n'a possédé l'art de faire du neuf avec du vieux. Il a élevé la dextérité du rhabilleur à la hauteur d'un talent.

Il ne faut pas douter que le théâtre religieux de Timoneda n'ait trouvé un bon accueil auprès des contemporains. Auraitil répété six fois au moins le même effort, aurait-il imprimé deux volumes entiers d autos sacramentales si le succès ne l'y avait encouragé? La volonté de l'archevêque a suffi peut-être à créer autour des spectacles une atmosphère propice à surexciter 1 enthousiasme populaire. Mais, imposés d'autorité aux

I, « Todos los Valeocianos la entienden [la lengua castelIaDa|, y muchos la hahlan, olvidados de su propria lens^ua. » Viciana, op. cit., 18.

^ alenciens ou accueillis par eux avec une faveur spontanée, les autos de Tinioneda n'en sont pas moins l'indice que d'autres ont été composés et représentés en même temps qu'eux. De cette émulation il ne reste à peu près aucune trace, en dehors de V Auto de Gain y Abel, conservé à la Bibliothèque nationale de Madrid dans le fameux Côdice de los autos viejos et imprimé pour la première fois en 1901 .

Relique particulièrement précieuse, puisque par elle il nous est possible d étendre au delà de Timoneda l étude du drame sacré à Valencia dans la seconde moitié du seizième siècle. Que cet aafo, le seul qui ne soit pas anonyme dans le volumineux recueil où il figure, se rattache bien au mouvement suscité par l'archevêque et créé par Timoneda, on n'en doutera pas, lorsque la personnalité de lautevu- apparaîtra. Il s'appelait « maître Jaime Ferruz » et il était né en 1017*. Dans le diocèse, et particulièrement à 1 Université de \alencia, il fut l'auxiliaire le plus empressé, le plus clairvoyant, le plus respecté de D. Juan de Ribera. A vrai dire, bien avant que le nouveau prélat vînt exercer son apostolat sur la côte levantine, Jaime Ferruz était déjà une manière de grand homme. Dès i5Ai, on l'avait nommé professeur de logique (sumulas) au Sliidi r/eiieral et, quoiqu'il eiit à peine vingt-cinq ans, il avait déjà séjourné à Paris, oii il avait pris le titre de docteur en théologie. Comme il avait été un étudiant prodige, de même il se révéla professeur hors ligne, émerveillant par l'ino-énieuse solidité de son argumentation une ville où les esprits étaient naturellement déliés. Ne croyons pas pour cela que ses premières leçons filent une révoluli(^n : Lorenzo Palmyreno a embelli l'histoire de Ferruz à ses débuts de couleurs trop belles pour être vraies'-;

1. A. H. N. Orden de Montesa. Beneyto y Ferrer (Jerôiiiino). Valencia, i J77. Parmi les témoins de l'enquête qui eut lieu à Valencia en 1677, figure mossen Juijme Ferruz, doctor en sacra teologia, qui se déclare âgé d'environ soi.xanle ans.

2. Rhetoricne prolegomena Laurent io Palmyreno praelegente excepta, i564, fos 4o et 4i. I-'fi diplôme de hachelier en médecine que F*almyreno obtint sur le tard, et dont il sera parlé au chapitre suivant, lui fut délivré par « maître Ferruz ».

au moment où il dépensait ses périodes les plus cicéroniennes en l'honneur du théologien, notre latiniste avait besoin de se concilier, pour le bien de sa carrière, les faveurs de celui qui allait bientôt régenter souverainement le Stiidi, et celte circonstance explique, sans le justifier, l'enthousiasme de son dithyrambe. La logique pour commencer, puis l'hébreu à partir de i5/i7, enfin l'Ecriture sainte à partir de i553, tels furent les enseignements que Ferruz donna tour à tour à l'Université de Valencia. Entre temps, il avait accompagné l'évéque de Segorbe au concile de Trente, et il eut l'honneur de prêcher devant l'auguste assemblée, le jour de l'Assomption (i55i), un sermon dont le texte, imprimé à \enise, nous a été conservé. Dès lors, son rôle dans le diocèse valencien devint prépondérant. Il reçut, en i558, mais résigna bientôt un canonicat de la cathédrale : il voulait une fonction plus active. En i565, il fut la cheville ouvrière d'un concile provincial, organisé par l'archevêque Martin de Ayala, et dont il publia chez Juan Mey les procès-verbaux. 11 occupait donc une situation éminente lorsque D. Juan de Ribera arriva pour régénérer le diocèse. Entre ces deux hommes, animés d'une égale ardeur et prêts à de grandes œuvres, puisque la destinée les mettait face à face, l'indifTérence n'eût pas été de mise : il fallait ou qu'ils se détestassent, ou qu'ils s'unissent pour la plus féconde des collaborations. Bien vite ils se reconnurent et ils s'apprécièrent. Ferruz régenta, sous l'autorité de son archevêque, la vie ititellectuelle des Valenciens. Il devint, en 108/4, examinateur synodal de l'archevêché, puis vicechancelier de 1 Université; enfin, en 1090, prévôt de la cathédrale. Lorsque la mort brisa, le 19 décembre i594, cette vie harmonieuse et bienfaisante, on eut le sentiment qu'une force disparaissait qui avait toujours agi pour le bien de Valencia. Libre au docteur Baltasar Zapata de prodiguer les louanges dans l'oraison funèbre qu'il prononça en latin le 5 janvier 1095 : la vérité, pour une fois, était d'accord avec le panégyrique.

Cette existence, où il n'y eut aucune place pour les frivolités mondaines, devait un jour, par une conséquence imprévue

L ART r)l\V>f\TIOUE A VALENCIA.

du zèle apostolique dont elle était animée, se tourner vers le théâtre. Confident des pensées de l'archevêque, Ferruz ne devait-il point aider à leur réalisation? et s'il paraissait opportun d'employer les ressources de l'art dramatique à la diffusion de renseignement religieux, n'était-il pas doublement désigné, comme prêtre et comme lettré, pour s'associer à l'entreprise? Timoneda avait inauguré dès iSGg, en présence de l'archevêque, cette prédication scénique. Il est probable que la tentative de Ferruz se produisit dans les années suivantes ; peut-être coïncida-t-elle avec ce concours d\aifos où Timoneda fut lauréat et pour lequel l'archevêque tenait probablement à réunir le plus grand nombre possible de concurrents. h'Aato de Gain y Ahel serait donc contemporain de La Fueiite de los Siele Sacramentos . En tout cas, il date très certainement de la période oii le théâtre religieux valencien essayait de se renouveler par l'importation et l'imitation des pièces eucharistiques du type castillan.

Qu'un des personnages les plus notables de l'Eglise valencienne se soit associé activement à cette tentative, c'est la conséquence de l'ardeur avec laquelle en haut lieu on en désirait le succès. Mais c'est en même temps la preuve que les pièces de cette sorte n'étaient pas jouées par des baladins sur des scènes profanes. Ecrit par un ecclésiastique, VAufo de Gain y Abel a été représenté devant des spectateurs d'élite dans un lieu, probablement une église, qui était en rapport avec la gravité de l'auteur et de l'auditoire. Les premières strophes de la loa abondent en compliments qui dépassent la mesure habituelle, et chez un auteur dont nous verrons qu'il était jjarfaitement maître de sa plume, elles ne laissent aucun doute sur la qualité des assistants. La mise en scène suppose un emplacement plus vaste que celui des roqaes, ou chars, ordinairement employés pour les spectacles de la Fête-Dieu; la Mort, à la fin de la pièce, fait son entrée sur vni char, et il n est guère vraisemblable que ce véhicule ait évolué sur la plate-forme d'un autre véhicule. Supposez, au contraire, que des tréteaux aient été dressés dans la cathédrale, comme on y en dres-

LE THÉÂTRE POPULUHE. 23l

sait pour les représentations de l'Assomption, comme on y en avait dressé autrefois pour la Fête-Dieu. Dès lors, tout s'explique. La première partie de Vauto se serait déroulée dans le chœur au pied de l'estrade (v. 36-85). Puis, les personnages seraient montés sur l'estrade; ils ont soin de marquer qu'ils passent sur un lieu plus élevé : « Franchissons ensemhlc ces broussailles, et sur ces hauteurs faisons à Dieu un sacrifice » (v. 76-79); et il convient, en effet, que plus rien ne les masque aux regards de l'assemblée pour la récitation de la prière et le chant du cantique par lequel ils implorent la protection du Ïout-Puissant. Il n'est pas jusqu'au feu descendu sur l'offrande d'Ahel, il n'est pas jusqu'à l' «apparition » de Dieu le père*, dont le jeu n'ait été plus facile à régler à l'intérieur de la cathédrale; on y disposait de cet étrange ascenseur dénommé araceli et de tout le mécanisme qui à la Pentecôte imitait Ijes langues enflammées au-dessus de la tête des apôtres. Aurait-on pu trouver ailleurs des commodités analogues.^ et toutes les chances ne sont-elles pas pour que YAiilo de Gain y Ahel ait été représenté dans la cathédrale valencieime?

Peu de sujets dans la Bible semblent aussi dramatiques que la lutte fratricide de Caïn et d'Abel ; peu de sujets cependant ont été aussi rarement exploités par le théâtre du Moyen âge. En Catalogne, en France, en Portugal, à peine relève-t-on quelques tentatives malheureuses ou mal connues. Lope de A ega, en écrivant le deuxième acte de La creaciôn del mundo y primera eulpa delhomhre, allait réparer cette longue injustice; sous sa plume, les germes de tragédie contenus dans le récit de la Genèse ont pris une croissance magnifique. Ferruz a eu tout au moins le mérite de le devancer. On ne s étonnera pas qu'écrivant pour un public clérical, prêtre lui-même, il ait suivi de près les livres saints, et une fois au moins il en a

I. Le texte dit : « Aqui se le aparesce Dios Padre » (entre les vers i i.5-i 16). Ailleurs, même en parlant de Dieu le père (v. 280), le terme employé sera : « Entra. » Il est donc certain que la première fois il y avait véritablement une « apparition «.

transposé le texte en vers de sa manière ^ Il est probable cependant qne l'idée d'aménager en drame les versets de la Bible lui a été suggérée par la Victoria de Christo, de Bartolomé Palau. C'est à Valencia, en effet, et au cours de l'année lô-o, que ce recueil de pièces religieuses a été publié. Elles ont beau affecter la forme cyclique et former par leur juxtaposition un tableau d'ensemble depuis l'origine de l'humanité jusqu'à sa rédemption, chacune d'elles n'en conserve pas moins son indépendance. La troisième, notamment, traite le sujet repris par Ferruz; elle s'intitule : Aucto tercero en el quai se représenta la maerte de Abel, y como el fae el primera que se depositô en el lymho. Un autre auto, long seulement de trente-cinq vers, et qui porte le numéro 5, fournit, par la damnation de Gain, une conclusion à la scène du meurtre^. Si la Victoria de Christo, répandue dans la cité par les soins de Juan Navarro, n'a point pu y passer inaperçue, il serait faux, pourtant, de la considérer, comme une production de l'art dramatique à Valencia. Ecrit par un Aragonais, dédié à l'archevêque de Saragosse, D. Hernando de Aragon, le livre aspire à autre chose qu'à une célébrité locale; il fut vraisemblablement imprimé sur les rives du Turia par suite de la réputation que les presses valenciennes avaient acquise. Comme d'ailleurs sa naissance se produisit au moment d'une renaissance locale du théâtre religieux, il a été lu certainement avec un intérêt particulier.

Ferruz doit à la Victoria de Cristo non seulement l'idée de porter à la scène l'épisode de Caïn et d'Abel, mais encore celle de faire intervenir, à côté des acteurs proprements dits, deux personnages allégoriques, Culpa et Invidia. Peu importe que, chez Palau, Invidia soit baj)tisée Sathanas. De part et d'autre,

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