I. Carboneres, 23-2^5, n. i
se fit dès le premier quart du quinzième siècle, et elle se fit par le moyen de figurants. En 1407, (( notre père Adam et Eve* )) ne sont plus des images inanimées; d'honnêtes Valenciens tiennent le rôle. En i4o8, les trois Rois d'Orient, saint Sébastien et saint Georges grossissent à leur tour le groupe des personnages vivants, et, dès lors, l'importance de la figuration humaine augmenta vite. Seulement, il semble que, le jour oii ces figurants se firent acteurs, c'est-à-dire le jour où ils ouvrirent la bouche, ce fut pour chanter plutôt que pour parler. Un document du 7 mars i/ii5"^ énumère les divers artistes qui ont organisé sur des entramesos une représentation en l'honneur du roi, de la reine et du prince héritier : il y a eu d'abord un poète, le prêtre Mossen Joan Sist, qui a composé les paroles; — puis un musicien, Joan Pérez de Pastrana, qui les a mises en musique et a dirigé les répétitions ; — enfin un menuisier, Joan Oliver, qui a construit et machiné les enlramesos . On voit, par là, que l'art dramatique distinguait déjà avec netteté les phases successives d'un sjiectacle : élaboration du livret et de la partition, aménagement du théâtre, mise en scène de l'œuvre, et que le soin de chacune d'elles était confié à un spécialiste. Mais on n'avait pas encore reconnu que la parole par ellemême, sans le secours des modulations musicales, peutavoir une signification artistique. Aussi n'est-ce pas la déclamation qui a précédé le chant, comme il semblerait naturel, mais bien le chant qui fut la forme la plus ancienne de la diction dramatique. Le théâtre religieux a commencé à Valenciapardes opéras, et l'on verra qu'il a conservé longtemps ce caractère musical, qui lui venait probablement de l'influence des chants liturgiques. Quant aux personnes qui prenaient part à ces représentations, on a cru trop facilement qu elles se recrutaient parmi des acteurs professionnels, désignés en ce temps-là du nom de jongleurs^ . En fait, les jongleurs ont fréquenté de bonne heure